Visite du pape aux Etats-Unis: revue de blogs américains
Benoît XVI, un pape «minimaliste»?
New York/Paris, 25 avril 2008 (Apic) Au lendemain du voyage du pape aux Etats-Unis, les blogueurs et observateurs américains commentent le style de Benoît XVI. Le quotidien catholique français «La Croix» fait le tour des blogs américains et des commentaires dans les médias. Une vraie revue de presse signée Céline Hoyeau, que l’Apic reprend.
S’ils ont apprécié les qualités du «pasteur» de l’Eglise catholique, beaucoup attendaient qu’il aborde frontalement les questions de société comme la peine de mort ou la contraception, écrit Céline Hoyeau.
L’image qui revient le plus souvent sur les blogs et sites des médias confessionnels ou profanes, c’est bien celle de la «douceur» et de «l’humilité» du pape allemand. Benoît XVI n’est pas le «rottweiler» ou le «berger allemand» que décrivait il y a quelques années une presse peu amène envers le cardinal Ratzinger, mais un «bon berger», selon les mots de Sally Quinn, la reporter du Washington Post, qui écrit sur le blog «On Faith» : «Nous avons découvert un homme calme, gentil, qui parle doucement, ne se met pas en avant, un peu solennel et pas conflictuel (…). Il s’est montré diplomate, ne semblant jamais réprimander, mais plutôt appeler chacun au meilleur de lui-même».
Lors de ses premiers pas aux Etats-Unis, Benoît XVI a donné «une image plus douce», «très différente de sa réputation de conservateur cabochard», relève également Jane Lampman dans un article publié lundi 21 avril sur le site du Christian Science Monitor. «Il a affirmé sa propre identité dans un pays qui ne le connaissait pas bien et, en un sens, il est sorti de l’ombre de Jean-Paul II», résume quant à lui John Thavis de l’agence officielle des évêques américains Catholic News Service.
Peter Steinfels, chroniqueur religieux du New York Times également cité par «La Croix», ajoute quant à lui que «la facette de la papauté qu’il a choisi de souligner», n’est pas «celle du théologien, du gouverneur, du ’décideur’ – autant de fonctions qu’il a par ailleurs – mais celle du pasteur». Aucune des questions épineuses que l’Eglise américaine doit affronter ne sera traitée, selon Steinfels, de manière adéquate «sans la sensibilité pastorale pleine de bonté que Benoît XVI, a, très délibérément, choisi de projeter».
L’Amérique, blessée par le silence jugé hautain et coupable de la hiérarchie ecclésiale nationale, avait sans doute besoin de cette «bonté» papale. Mais beaucoup d’éditorialistes et de chroniqueurs, comme Jane Lampman, du Christian Science Monitor, soulignent aussi que ce changement de regard des Américains ne prouve pas qu’ils sont «prêts à changer leur point de vue sur l’enseignement de l’Eglise» : «Des questions sérieuses demeurent dans l’esprit des fidèles. Les trois survivants des abus sexuels qui ont parlé par la suite en public ont dit combien ils ont été réconfortés par le pape (…). D’autres victimes voient cette rencontre comme un pas en avant, mais affirment aussi que les mots doivent être suivis d’actions plus fortes».
«Une occasion manquée»?
Comment expliquer, par exemple, s’interroge Sally Quinn sur son blog, que «le cardinal Bernard Law de Boston, qui a été contraint à démissionner en raison du scandale, est aujourd’hui à l’honneur au Vatican et à Rome où il a sa basilique ?» «Tant que Law n’aura pas payé les conséquences de cette affaire, les catholiques ne pourront prendre au sérieux les mots du pape».
Céline Hoyeau fait encore remarquer que billets et articles notent que le pape aurait pu aller plus loin dans ses déclarations. Le journaliste catholique et blogueur du portail religieux Beliefnet, David Gibson, souligne «le manque de débat ouvert sur la pénurie de prêtres, le rôle des femmes qui font tourner les paroisses, le rôle des laïcs (…), la guerre en Irak, ou la peine de mort».
La théologienne catholique féministe Rosemary Radford Ruether déplore sur le blog du NY Times «A papal Debate», que le pape n’ait rien dit de la question de la contraception. (apic/cx/ch/pr)



