De notre envoyée spéciale Caroline Boüan

Visite du pape en Terre Sainte

Bethléem: Jean Paul II dans un camp de réfugiés palestiniens

Il dénonce les conditions «dégradantes» imposées aux réfugiés

Bethléem, 22 mars 2000 (APIC) En visite dans le camp palestinien de Deheisheh, près de Bethléem, le pape Jean Paul II a dénoncé les conditions «dégradantes» et «difficilement tolérables» dans lesquels sont forcés de vivre ces réfugiés depuis la création de l’Etat d’Israël. Mercredi après-midi, au cours d’une visite à hauts risques, le pape a lancé un appel aux responsables politiques du Moyen-Orient et à l’ensemble de la communauté internationale en faveur des réfugiés palestiniens.

De violents affrontements ont ééclaté entre policiers palestiniens et résidents du camp de réfugiés, juste après la visite de Jean Paul II. Après son départ du camp de Deheisheh, des dizaines de jeunes gens ont lancé des pierres en direction des forces de l’ordre palestiniennes qui ont répliqué par des coups de matraque en éloignant autant que possible les photographes.

Le Souverain pontife a ensuite quitté Bethléem pour Jérusalem par hélicoptère au terme d’une visite d’une journée dans les territoires palestiniens. Le président Arafat et son épouse Souha ont salué Jean Paul II avant son départ, la première dame palestinienne l’embrassant sur la joue. «Je suis très heureux d’avoir eu cette occasion de vous rendre la visite que m’aviez faite», a déclaré le pape au président de l’Autorité palestinienne. «C’est un moment très important dans la quête de la paix dans la région», a-t-il poursuivi.

Une visite aux damnés de la terre

Le pape a visité dans l’après-midi le camp de Deheisheh, qui abrite depuis 1948 des réfugiés chasés de leurs terres. Il héberge aujourd’hui environ 8.000 personnes. Le pape a rejoint ce camp depuis la basilique de la Nativité de Bethléem, en parcourant quatre kilomètres en papamobile. Après un tour rapide dans ce camp d’habitations de parpaings où les familles vivent entassées les unes sur les autres, il est arrivé dans une école sommairement installée dans un bâtiment de ciment, et c’est sous le préau de la cour qu’il a pris la parole, en présence de Yasser Arafat et d’environ 200 personnes.

«Seul un engagement résolu de la part des responsables du Moyen-Orient et de l’ensemble de la communauté internationale (…) pourra supprimer les causes de votre situation actuelle», a affirmé le pape. «Je lance un appel pour qu’il y ait une plus grande solidarité internationale et une volonté politique d’affronter ce défi. Je m’adresse aux responsables politiques afin qu’ils mettent en oeuvre les accords déjà obtenus, et poursuivent leurs efforts pour construire la paix.»

Le pape a salué le travail des organisations sociales et caritatives de l’Eglise et celui de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near Est), leur demandant de ne pas se décourager. D’après l’UNRWA, on compte une vingtaine de camps de ce genre en Cisjordanie, une dizaine dans la bande de Gaza, une dizaine en Jordanie, une douzaine au Liban, une dizaine également en Syrie. Ces camps rassemblent au total plus de 3,3 millions de Palestiniens. «Je prie pour que ma visite vous apporte un peu de consolation dans votre souffrance», a affirmé Jean Paul II à ceux de Deheisheh, en exprimant le souhait que sa venue attire l’attention sur leurs problèmes.

A la fin de son discours, interrompu par de nombreux applaudissements, le pape a improvisé sur un ton moins grave en s’adressant en particulier aux nombreux jeunes

présents. Leur rappelant la scène de l’Evangile où l’on voit les bergers arriver les premiers à la grotte de Bethléem, il les a décrits avec bienveillance comme les «descendants» de ces pasteurs privilégiés. «Vous ne devez pas penser que votre situation actuelle vous rend moins importants aux yeux de Dieu», a-t-il conclu. (apic/imed/cip)

23 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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