Jordanie: 91ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie

Visite du pape en Terre Sainte

Le pape lance un appel à la poursuite des efforts pour la paix

De notre envoyée spéciale Caroline Boüan

Amman, 20 mars 2000 (APIC) A peine arrivé sur sol jordanien lundi en début d’après-midi pour une visite de 27 heures en Jordanie, dans le cadre d’un pèlerinage de six jours en Terre sainte, Jean Paul II a lancé un vibrant appel aux Arabes et aux Israéliens afin qu’ils poursuivent le processus de recherche de la paix au Moyen-Orient. Le pape a également plaidé pour la coexistence entre chrétiens et musulmans et une coopération toujours plus concrète entre les peuples qui reconnaissent «le Dieu unique, vrai, indivisible».

Le Souverain pontife, qui a déjà foulé le sol de la Terre Sainte en décembre 1963 alors qu’il était archevêque de Cracovie, répond par ce pèlerinage aux sources de la foi à l’une des aspirations spirituelles les plus profondes de son pontificat.

Après quatre heures de vol depuis Rome, l’avion du pape a survolé le nord du pays, une vaste plaine désertique, accompagné depuis la frontière jordanienne par des chasseurs à réaction «Mirages» lui formant une escorte d’honneur. Accueilli par le roi Abdallah II à sa descente d’avion, Jean Paul II a salué des enfants musulmans et chrétiens qui ont lâché pour lui des colombes en signe de paix. Le pape semblait assez en forme lorsqu’il a parcouru une centaine de mètres sur un tapis rouge en compagnie du roi, au son des hymnes pontifical et jordanien. Un important dispositif de sécurité a été déployé sur le parcours du pape.

Le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le suivait en s’adressant quant à lui à la reine Rania. Ils étaient suivis de représentants de la hiérarchie catholique de Jordanie – de rites latin et melkite -, de membres du gouvernement – dont certains coiffés de «keffieh», et de dignitaires musulmans portant des coiffes blanches. Tous sont entrés dans une large tente colorée où devaient avoir lieu les échanges de discours officiels.

«Aussi difficile et aussi long qu’il soit, le processus de recherche de la paix doit continuer», a déclaré le Souverain Pontife dans un bref message prononcé à l’aéroport international peu après son arrivée à Amman. «La paix est tellement importante», a-t-il poursuivi soulignant la nécessité de prier pour un règlement pacifique dans la région.

Saint Jean-Baptiste a prêché dans le désert jordanien

En prenant la parole, Jean Paul II a immédiatement évoqué la figure de Saint Jean-Baptiste, qui selon l’Evangile a prêché précisément dans cette région désertique. Le pape a présenté en effet son arrivée en Jordanie comme le début d’un «pèlerinage religieux» visant à «commémorer le bimillénaire de la naissance du Christ».

«Depuis le début de mon ministère comme évêque de Rome, j’ai éprouvé un grand désir de célébrer cet événement en me rendant pour prier sur quelques-uns des lieux liés à l’histoire du salut», a-t-il affirmé. Jean Paul II avait en effet, dès les premiers mois de son élection en 1978, exprimé le souhait de se rendre à Bethléem pour y célébrer son premier Noël en tant que pape.

Respect de la justice et du droit des peuples, condition pour une paix durable

S’adressant ensuite directement au roi de Jordanie, Jean Paul II a ensuite abordé la question du processus de paix au Moyen-Orient. «Je sais combien vous vous préoccupez pour la paix sur votre terre et dans toute la région», lui a-t-il dit. «Je sais aussi combien il est important pour vous que tous les Jordaniens – musulmans et chrétiens – se considèrent un seul peuple et une seule famille». «Dans cette région du monde, il y a des questions graves et urgentes concernant la justice, les droits des peuples et des nations, qui doivent être résolues pour le bien de tous ceux qui y sont impliqués. C’est une condition pour une paix durable». «Bien que difficile parce que long, le processus de recherche de la paix doit continuer», a donc affirmé Jean Paul II, en soulignant l’importance, dans ce domaine, de «l’engagement reconnu de la Jordanie pour garantir les conditions nécessaires à la paix».

«J’espère vivement que ma visite va renforcer le dialogue déjà fécond entre chrétiens et musulmans qui avance en Jordanie», a par ailleurs lancé le pape. «Construire un avenir de paix demande une compréhension toujours plus mûre et une coopération toujours plus concrète entre les peuples qui reconnaissent le Dieu unique, vrai, indivisible».

Le roi Abdallah qualifie le pape d’homme de paix et de symbole de pureté et de noblesse

Prenant la parole sur le même thème, le roi Abdallah a affirmé accueillir le pape comme un «croyant en Dieu», un «homme de paix», un «symbole de tout ce qui est pur et noble dans cette vie» – la foi, la prière et le pardon -, et un «rappel» pour tous que le «pouvoir de l’amour» est plus fort que celui de la haine.

Qualifiant cette visite d’historique, le roi a souligné par ailleurs qu’elle apporte une «espérance» pour les Palestiniens, dans leur désir de justice et de stabilité, une «promesse» pour les Israéliens dans leur besoin de sécurité et de reconnaissance, un «réconfort» pour les Libanais qui espèrent un avenir meilleur, et un «espoir» de paix pour les Syriens. Enfin, le roi a évoqué les souffrances des Irakiens, et insisté sur «la nécessité absolue du pardon pour les ennemis». «Nous vivons un moment historique et émouvant», a-t-il conclu. «Un moment où un saint homme accomplit un pèlerinage au carrefour de l’histoire et de la géographie, là où sont nées les religions, et où les premières civilisations ont émergé».

Importance des institutions sociales et caritatives de l’Eglise

Jean Paul II a tenu d’autre part, lors de ce premier discours, à rendre hommage à l’Eglise catholique présente en Jordanie, où elle représente un peu plus de 1 % d’une population estimée à 6,3 millions d’habitants. Celle-ci était notamment représentée à l’aéroport par le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, président de l’Assemblée des Ordinaires catholiques de Terre Sainte. L’expression «Terre Sainte» inclut en effet la Jordanie. Les deux évêques d’Amman étaient également présents, à savoir l’archevêque grec-melkite catholique «de Petra et de Philadelphie – l’ancien nom grec d’Amman -, Mgr Georges El-Murr, et le vicaire patriarcal latin pour la Jordanie, Mgr Selim Sayegh.

Le pape a donc souligné le rôle important que joue l’Eglise catholique à travers ses écoles et ses institutions sociales et caritatives. «Votre noble tradition de respect pour toutes les religions garantit la liberté religieuse qui rend cela possible», a-t-il fait remarquer au roi et aux membres du gouvernement présents.

A 35km au sud d’Amman, à Madaba, près du site biblique du Mont Nebo, musulmans et chrétiens ont travaillé d’arrache-pied ces derniers jours pour accueillir le pape dignement, sa venue étant une occasion unique de promouvoir le tourisme et les pèlerinages. L’ancienne cité byzantine aux fameuses mosaïques est ornée de banderoles saluant la venue au pape et de posters de Jean Paul II et du roi Aballah. Des arbres ont été plantés sur le passage emprunté par la papamobile. Des dizaines de milliers de personnes agitant des drapeaux étaient alignées le long des 8 kilomètres de route – refaite à neuf – séparant Madaba du Mont Nebo. La route vers Machéronte, la citadelle où a été décapité saint Jean-Baptiste, a également été réparée.

En fin d’après-midi, après la visite au Mont Nebo – où selon la tradition biblique, Moïse meurt après avoir vu de loin la Terre promise – , Jean Paul II devait se rendre à la résidence royale d’Abdallah II pour l’y rencontrer en privé, et saluer sa famille. Le pape devait ainsi rendre une visite que le roi et sa femme lui avaient effectuée le 18 septembre 1999 à Castelgandolfo.

Dans le quotidien italien «Il Corriere della Sera», publié le matin même, la Reine Rania avait elle-même exprimé son «accueil sincère et chaleureux» à Jean Paul II, en affirmant avoir été frappée par «la bienveillance et la gentillesse» du pape, en septembre dernier. «Sans aucun doute, ajoutait-elle, le pape touchera le coeur de tous en Jordanie, un pays qui est fier d’être un modèle de tolérance religieuse et de coexistence fraternelle». Mardi, le pape célébrera une messe en l’honneur de Saint Jean-Baptiste dans le stade «Al-Hussein Sports City» d’Amman, à laquelle sont attendus également nombre de chrétiens orthodoxes et même des musulmans. Le pape, avant de quitter le royaume hachémite pour Israël, deuxième étape de son pèlerinage en Terre Sainte, se rendra encore sur le site biblique de Wadi al-Kharrar, au bord du Jourdain, un des deux sites probables du baptême du Christ, l’autre se trouvant sur la rive droite du Jourdain, en territoire palestinien occupé par Israël. (apic/imedia/jt/be)

20 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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