De note envoyée spéciale Caroline Boüan

Visite du pape Jean Paul II en Terre Sainte

Jérusalem: Rencontre oecuménique au patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem.

Le scandale de la division des chrétiens

Jérusalem, 26 mars 2000 (APIC) Au cours d’une chaleureuse rencontre œcuménique avec le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem Diodoros Ier, le pape Jean Paul II a relevé samedi soir l’urgente nécessité d’œuvrer pour l’unité des chrétiens. A son arrivée au patriarcat, le pape a donné l’accolade et embrassé le vieux patriarche, premier des évêques de Jérusalem, qui, malade, a dû rester assis.

Au siège du patriarcat grec-orthodoxe, le chef de l’Eglise catholique a condamné la division des Eglises chrétiennes, estimant qu’elles donnaient une «scandaleuse impression» dans une ville où les trois religions monothéistes devraient pouvoir coexister en paix.

«En Terre Sainte, où les chrétiens vivent côte à côte avec les fidèles du judaïsme et de l’islam, et où il y a presque tous les jours des tensions et des conflits, il est essentiel de dépasser l’impression scandaleuse suscitée par nos dissensions et nos controverses. Dans cette ville particulièrement, les chrétiens, les juifs et les musulmans devraient pouvoir vivre ensemble dans la fraternité et la liberté, dans la dignité, la justice et la paix».

Jean Paul II n’a pas mâché ses mots dans son adresse aux 200 personnes présentes, évêques et archevêques provenant essentiellement des Eglises grecque-orthodoxe, arménienne, copte orthodoxe et syrienne.

Le pape II a spécialement salué le patriarche arménien apostolique Torkom II. Les Eglises grecque-orthodoxe et arménienne apostolique sont celles qui ont autorité, avec les franciscains de la Custodie de Terre Sainte, sur l’essentiel des parties de la basilique du Saint Sépulcre de Jérusalem. Jean Paul II tenait donc à s’adresser particulièrement le patriarche arménien, auquel il devait d’ailleurs rendre une visite privée le matin du dimanche 26 mars, avant d’aller célébrer la messe au Saint Sépulcre.

Un encouragement pour les chrétiens de Terre Sainte

Placé dans un fauteuil à côté de Jean Paul II, après y avoir été amené en fauteuil roulant, le patriarche Diodoros, bien que malade, a accueilli le pape très courtoisement à son arrivée, dans la «salle du trône» de son patriarcat, ornée de lustres de cristal et de fleurs. Son porte-parole, Mgr Timothée, secrétaire du patriarcat, a traduit en anglais les paroles de bienvenue qu’il a adressées en grec à Jean Paul II. Il a ensuite lu au pape l’ensemble du texte préparé par le patriarche, qui y dénonçait le prosélytisme de certaines Eglises profitant du chômage, des besoins au niveau social et éducatif pour augmenter le nombre de leurs fidèles. Cette attitude est l’un des principaux obstacles au progrès de l’unité des chrétiens et à la poursuite du dialogue, a-t-il souligné.

Dans ce discours, Diodoros Ier a souligné le caractère «exceptionnel» de cette rencontre, et décrit la venue du pape en Terre Sainte comme un «sans aucun doute un événement historique». Cela donne un «encouragement» aux chrétiens de Terre Sainte, a-t-il affirmé, tout en évoquant leurs difficultés. Le patriarche grec-orthodoxe a également parlé à Jean Paul II des «efforts» de son Eglise pour favoriser le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens, de la «nécessité de renforcer les relations entre les Eglises pour étudier ensemble les problèmes sérieux auxquels les chrétiens et l’humanité en général doivent faire face», et même de l’importance de la recherche de l’unité des chrétiens.

Dépasser la méfiance et la rivalité héritées du passé

«Je suis un grand admirateur de la culture et de la philosophie grecque», a spontanément lancé Jean Paul II à l’issue de son discours. «Mais l’anglais est devenue la langue commune du monde moderne, comme le grec l’était pour les anciens dans cette région. Je vais donc parler en anglais», a-t-il poursuivi, apparemment souriant et détendu. «Je suis profondément encouragé par cette rencontre», a confié le pape. «Elle confirme que nous avons entrepris de mieux nous connaître les uns les autres, avec le désir de dépasser la méfiance et la rivalité héritées du passé».

Le souvenir de la rencontre Paul VI-Athénagoras

Jean Paul II a rappelé alors la «rencontre historique» entre Paul VI et le patriarche orthodoxe de Constantinople Athénagoras, qui avait eu lieu dans ce même patriarcat, le 5 janvier 1964. «Cet événement a jeté les bases d’une ère nouvelle de contacts entre nos Eglises», a affirmé le pape, avant d’ajouter toutefois: «au cours des années qui ont suivi, nous avons appris que la route vers l’unité est une voie difficile». «Cela ne doit pas nous décourager !», s’est pourtant exclamé Jean Paul II avec conviction. «Nous devons être patients et persévérants, et continuer à avancer sans vaciller».

En se penchant ensuite plus particulièrement sur la situation des Eglises chrétiennes à Jérusalem, le pape a souligné la nécessité d’une «coopération fraternelle» entre elles, pour leur permettre d’affronter ensemble les «difficultés pratiques» et «les défis sociaux, culturels et politiques d’une situation en évolution». «C’est seulement par leur réconciliation que les chrétiens peuvent accomplir pleinement leur rôle en faisant de Jérusalem la cité de la paix pour tous les peuples», a insisté le pape.

Jean Paul II a parlé de l’unité des chrétiens avec d’autant plus d’insistance qu’il venait de se rendre en privé dans la basilique du jardin de Gethsémani. Située sur le flanc du Mont des Oliviers à l’est de la vieille ville de Jérusalem, cette basilique moderne abrite près de son autel le rocher auprès duquel il semble que le Christ ait vécu son agonie, juste avant son arrestation suite à la trahison de Judas. Là, le pape a prié en silence dans la pénombre pendant de longues minutes avant que ne soit lu le passage de l’Evangile relatant cette scène. Or c’est ce moment de la vie du Christ auquel Jean Paul II se réfère à chaque fois qu’il aborde la question de l’unité des chrétiens, puisque c’est ce soir-là que le Christ, en pensant à ses disciples, avait prié «pour que tous soient un».

Malaise dans l’assemblée

Si les propos du pape ont été écoutés avec attention, une certaine atmosphère de malaise a pourtant gagné l’assemblée à l’issue de son discours. Le nonce apostolique, Mgr Piero Sambi, a en effet proposé à tous les participants de réciter la prière du «Notre Père» chacun dans sa langue. Or, seul le «Notre Père» en latin s’est entendu dans l’assemblée. Les membres des autres Eglises, surpris, n’avaient pas répondu à cette invitation.

La rencontre s’est néanmoins conclue dans un climat plutôt cordial. Il était assez tard lorsque le pape a finalement quitté le patriarcat grec-orthodoxe. Cette rencontre oecuménique, prévue en fin d’après-midi, avait en effet été retardée d’une heure à la demande des autorités israéliennes, afin de permettre aux membres des services chargés d’assurer la sécurité du pape, de respecter le repos du Sabbat dans la mesure du possible. Leur travail avait été particulièrement compliqué au cours de cette soirée, Jean Paul II étant entré pour la première fois dans le dédale des petites ruelles de Jérusalem, où se trouve le patriarcat orthodoxe. Jean Paul II a d’autre part estimé que l’année du Jubilé de l’an 2000 constituait un «moment favorable» pour le mouvement oecuménique, «un moment providentiel pour se tourner vers le Seigneur afin de demander pardon pour les blessures que les membres de nos Eglises se sont infligés les uns aux autres à travers les siècles». (apic/imed/jpost/be)

26 mars 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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