Banja Luka: Le pape encourage l’entrée de la Bosnie-Herzégovine dans l’Union européenne
Visite pastorale du pape Jean Paul II à Banja Luka
Pour une «purification de la mémoire» entre les nationalités
De notre envoyé spécial en Bosnie-Herzégovine Antoine Soubrier
Banja Luka, 22 juin 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II a encouragé dimanche à Banja Luka, au coeur de la «Republika Srpska» (RS), l’entrée de la Bosnie- Herzégovine dans l’Union européenne. A l’occasion de son 101e voyage à l’étranger, dans la place forte des Serbes de Bosnie, le Souverain pontife a insisté sur la nécessité d’une «purification de la mémoire» entre catholiques, orthodoxes et musulmans.
Devant une foule de plusieurs dizaines de milliers de fidèles venus de la partie croate de la Fédération, mais également de la Croatie voisine, pour assister à la cérémonie de béatification d’un enfant du pays, le laïc croate Ivan Merz (1896-1928), décédé à l’âge de 31 ans, le pape a demandé pardon pour les crimes commis «par les enfants de l’Eglise catholique».
Dès son arrivée à l’aéroport de Banja Luka, dans la partie serbe de la Bosnie-Herzégovine, le 22 juin 2003, Jean Paul II a encouragé l’entrée de ce fragile pays pluriethnique dans l’Union européenne. Dans un grand déploiement de mesures de sécurité, le pape a notamment insisté sur la nécessité d’une «purification de la mémoire» entre catholiques, orthodoxes et musulmans.
Accueil plutôt froid
Dans cette région à forte majorité serbe orthodoxe – sur les 70’000 Croates victimes de l’»épuration ethnique» durant la guerre de Bosnie très peu ont pu revenir y vivre – , l’accueil réservé au Souverain Pontife a été plutôt froid. Aucun drapeau aux couleurs vaticanes n’avait été hissé dans les rues de Banja Luka, qui n’avaient pas été pavoisées pour cette visite contestée par les nationalistes serbes. Des affiches du pape ont été maculées du «U» signifiant «oustachi», pour rappeler le mauvais souvenir laissé là par les fascistes croates alliés des nazis durant la Deuxième Guerre mondiale.
Seules quelques affiches annonçant la venue du pape bordaient la route empruntée par Jean Paul II. Une centaine de personnes en tenue traditionnelle a tout de même accueilli le chef de l’Eglise catholique en agitant de petits drapeaux jaune et blanc aux couleurs du Saint-Siège. Selon des statistiques non officielles -, plus de 60% des Serbes de Bosnie étaient opposés à une telle visite.
Au cours de son discours, Jean Paul II a abordé le thème de l’ouverture de la Bosnie-Herzégovine à l’Europe. Même si ce pays n’a pas encore présenté officiellement sa candidature, il a déjà fait part de son désir de participer à la construction de l’Union européenne. «Puissent les problèmes existants trouver une solution heureuse», a-t-il lancé devant un parterre d’hommes politiques et d’évêques de toute la Bosnie. «Que l’aspiration de ce pays à faire partie de l’Europe unie (.) soit accueillie positivement», a-t-il ajouté.
Reconstruire l’homme de l’intérieur
Pour ce faire, le pape a insisté sur l’importance de reconstruire la Bosnie-Herzégovine avec la collaboration de tous les peuples qui la composent. «Pour que la société ait un visage authentiquement humain et que tous puissent affronter l’avenir avec confiance, il est nécessaire de reconstruire l’homme de l’intérieur, en soignant les blessures et en travaillant pour une véritable purification de la mémoire à travers le pardon réciproque», a déclaré Jean Paul II. «C’est du plus profond du coeur», a-t-il expliqué, «que le changement doit commencer».
Les autorités religieuses et politiques de Bosnie-Herzégovine – dont les trois membres de la présidence tournante bosniaque, le Serbe Borislav Paravac, le Croate Dragan Covic et le Musulman Sulejman Tihic – étaient présentes lors de la cérémonie d’accueil, ainsi que le Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie, le Britannique Paddy Ashdown.
Conscient des tensions encore très vives au sein de la population qu’il visitait pour la seconde fois son premier voyage en Bosnie- Herzégovine remonte en avril 1997 -, le Souverain Pontife a tenu à saluer, outre la communauté catholique d’origine croate, largement affaiblie après la guerre contre les Serbes entre 1991 et 1995, les orthodoxes, les musulmans et les juifs.
Le pape ne cite ni les responsables ni les victimes des exactions passées
S’adressant à eux tous sans citer ni responsables ni victimes d’exactions passées, le pape leur a fait part de son soutien. Il a également tenu à attirer l’attention de la communauté internationale sur la situation de ce pays situé dans la région des Balkans, surnommée la ’poudrière’ en raison de la fragilité de sa position politique et de la présence de nombreuses ethnies.
«Je sais que vous avez vécu une longue épreuve, que le poids de la souffrance vous accompagne, et que la tentation du découragement et de la résignation vous guette quotidiennement dans vos vies», a-t-il lancé. «Je suis venu à vos côtés pour demander à la communauté internationale, qui a déjà tant fait, de continuer à être proche de vous pour vous permettre de parvenir au plus vite à une situation de pleine sécurité dans la justice et l’entente».
Une visite «à haut risque»
Jean Paul II a ensuite loué la «ténacité» du caractère bosniaque, ainsi que «les riches traditions humaines, culturelles et religieuses» qui composent la population de Bosnie-Herzégovine. Tous ces atouts, a conclu le pape, doivent permettre aux Serbes comme aux Croates et aux Musulmans de collaborer à la reprise de la société bosniaque. Une reprise, a-t-il aussitôt ajouté, «qui demandera des sacrifices et de la constance, l’art de semer et la patience de l’attente».
Deux hélicoptères de la SFOR, la force militaire multinationale de stabilisation présente en Bosnie, survolaient l’aéroport pendant toute la cérémonie de bienvenue. Des policiers avaient par ailleurs été déployés tout autour de la piste et du trajet que devait emprunter Jean Paul II. La visite ayant été qualifiée «à haut risque» par la police, de grandes mesures de sécurité ont ainsi été prises. Une tentative d’attentat à l’explosif avait été déjouée lors de la première visite de Jean Paul II à Sarajevo, en 1997. (apic/as/be)




