Chili: Un projet de loi en faveur du mariage homosexuel divise la société

Vive réaction des Eglises catholique et évangélique

Santiago du Chili, 4 août 2010 (Apic) Au Chili, pays latino-américain conservateur et majoritairement catholique (70%), un projet de loi en faveur du mariage homosexuel divise la société, provoquant un vif débat après les critiques des Eglises catholique et évangélique.

Quelques jours après l’entrée en vigueur du mariage homosexuel en Argentine – premier pays d’Amérique latine à l’autoriser, c’est au Chili, pays voisin, que le débat rebondit avec ferveur. Mardi 3 août, le sénateur socialiste Fulvio Rossi a déposé au Congrès un projet de loi similaire en faveur du mariage entre personnes du même sexe. Le texte, qui provoque la polémique, propose de modifier le Code Civil qui définit le mariage comme «un contrat solennel entre une femme et un homme», remplaçant «une femme et un homme» par «deux personnes» et retirant la mention faite à la procréation parmi les engagements des époux.

Le sénateur Rossi a expliqué avoir avancé la présentation du projet de loi à la suite des propos de l’archevêque de Santiago, Mgr Francisco Errázuriz. Samedi 31 juillet, au lendemain des premiers mariages homosexuels célébrés en Argentine, Mgr Errázuriz avait considéré ces unions comme «une aberration». «Il se peut que deux personnes, deux hommes ou deux femmes, veuillent vivre ensemble et partager leur vie, mais appeler ceci mariage est une aberration dans laquelle tombent certains pays. Je regrette que l’Argentine y soit tombée», avait affirmé l’archevêque après la messe qu’il donnait sur le campus de l’Université Catholique à Santiago.

Des propos qui ont suscité l’indignation du Mouvement d’Intégration et de Libération Homosexuel, Movilh, première association à défendre les droits des minorités sexuelles au Chili. Pour le président du Movilh, Rolando Jiménez, les propos du cardinal «démontrent clairement la permanente et systématique homophobie de la Haute Hiérarchie de l’Eglise catholique, qui violente les droits de l’homme des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels d’une façon sanguinaire et crue, indigne du christianisme qu’elle dit promouvoir».

«Corriger» l’homosexualité, comme l’alcoolisme

Quelques jours auparavant, un autre cardinal chilien, Mgr Jorge Medina, évêque de Valparaiso, avait déjà déclenché la polémique en qualifiant l’homosexualité de «défaut», «comme lorsqu’il manque à quelqu’un un œil, une jambe ou un pied». Distinguant la «tendance» homosexuelle de la pratique homosexuelle, le cardinal avait invité les homosexuels à «corriger» cette tendance grâce à une cure, les comparant aux alcooliques.

L’Eglise évangélique s’est également prononcée contre le projet de loi, à travers la voix du président de la Table Large de l’Eglise évangélique, Emiliano Soto, pour qui «une des lignes d’action du mariage, du point de vue biblique, est justement de procréer».

Dans la classe politique chilienne, les réactions marquent aussi une profonde division. Et compte tenu des hésitations de plusieurs partis de l’opposition, le projet, rejeté par le gouvernement, a peu de chances d’aboutir. Soutenu par le Parti Pour la Démocratie (PPD), lui aussi membre de la Concertation (coalition de centre-gauche dans l’opposition depuis mars), l’initiative du sénateur PS a reçu des critiques dans son propre camp. Ainsi, pour le sénateur PS Osvaldo Andrade, la société chilienne ne serait «pas encore prête».

La Démocratie Chrétienne (centre, opposition) a, quant à elle, exprimé son désaccord avec l’idée de mariage, appelant plutôt à «régulariser les unions homosexuelles de droit, sans que cela affecte le statut du mariage en tant qu’union entre un homme et une femme».

Le gouvernement (coalition de droite et d’extrême droite) s’est aussi dit opposé à l’idée de mariage. Lors de la campagne présidentielle, Sébastian Piñera, premier président de droite après 20 ans de gouvernements de centre-gauche, au pouvoir depuis mars, avait toutefois secoué sa propre coalition en se prononçant pour une reconnaissance civile des unions homosexuelles, tout en refusant le «mariage». Un projet de loi dans ce sens devrait voir le jour d’ici la fin de l’année, des mains d’Andrés Allamand, sénateur de Rénovation National (centre-droit), le parti du président Piñera.

Au Chili, pays très conservateur, 70% de la population se dit catholique et l’Eglise conserve une influence forte sur la société et la vie politique. Le divorce n’a ainsi été légalisé qu’en 2004. Dès la mi-juillet, au moment de son adoption en Argentine, le mariage homosexuel avait fait irruption dans le débat chilien. Notamment après l’annonce du mariage de deux Chiliens résidents à Mendoza, en Argentine, parmi les premières célébrations permises par la nouvelle loi. (apic/str/bb)

4 août 2010 | 09:24
par webmaster@kath.ch
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