Ghana: Les catholiques accusés de faire obstacle à la prévention des séquelles d’un avortement
Vives critiques lors d’une conférence internationale
Accra/Dakar, 16 novembre 2010 (Apic) Les participants à une conférence internationale sur l’avortement, à Accra (Ghana), du 8 au 11 novembre, ont vivement critiqué l’Eglise catholique pour son opposition à l’avortement. Ils ont estimé que la résurgence du fondamentalisme religieux et la forte influence de certains dirigeants de l’Eglise sur la politique de santé publique des pays africains constituent «des obstacles majeurs» à la prévention des décès et des séquelles des femmes lors d’un avortement.
Selon le Service d’information catholique pour l’Afrique (CISA), 67’000 femmes meurent chaque année dans le monde des suites d’un avortement. Plus de la moitié d’entre elles sont originaires d’Afrique, où la moyenne est de 1 décès sur 7. Dans certains pays, comme au Nigeria et au Kenya, 30 à 40 % des décès sont dus à un avortement. «Les tentatives visant à lever les mesures restrictives des codes pénaux, hérités des administrations coloniales, et à libéraliser l’avortement ont été mises en échec par les Eglises, farouchement opposées à l’avortement», a relevé la conférence d’Accra.
Plus de 230 délégués, dont des ministres de la Santé, des parlementaires et des fournisseurs de soins de santé de 20 pays africains, y ont assisté. La conférence était organisée par l’IPAS (International protecting advencing women), avec le soutien du ministère de la Santé du Ghana. L’IPAS est une ONG créée en 1973 aux Etats-Unis. Elle œuvre à la promotion des droits de la santé reproductive des femmes et à la prévention des décès et des séquelles liés à l’avortement.
Apporter une solution
Dans certains pays africains, l’Eglise catholique possède «une mainmise sur les décideurs», a insisté Eunice Brookman-Amissah, vice-président de l’IPAS (International protecting advencing women) pour l’Afrique et ancien ministre de la Santé du Ghana. L’Eglise catholique s’oppose également à l’utilisation de moyens de contraception, ce qui signifie que «les femmes n’ont pas d’autre choix que de risquer leur vie en subissant un avortement dangereux», a-t-il encore souligné. «Le problème de l’avortement est un problème humain. L’Eglise devrait venir avec une solution plutôt que de dire non», a-t-il encore préconisé.
Un péché
Pour Koma Jéhu-Appiah, directrice de l’IPAS Ghana, «ce que nous voyons est une imposition de croyances personnelles (…). Les Ghanéens ont tendance à confondre la religion et, de ce fait, tout avortement est stigmatisé, considéré comme un péché». Or, selon elle, «on ne peut pas utiliser la religion pour résoudre les problèmes de santé publique». Elle a cité l’exemple d’un ministre de la Santé, au Kenya, qui avait décidé d’introduire des soins post-avortement, afin de lutter contre les décès et les séquelles liés à l’avortement. Il a été immédiatement dénoncé par l’Eglise catholique locale et sa carrière politique s’est arrêtée.
Au Nigeria aussi, l’Eglise catholique s’est opposée, il y a quelques années, à l’adoption d’une loi créant un «institut de santé de la reproduction», qui aurait réalisé des recherches dans ce domaine, a indiqué le directeur de l’IPAS du pays, Ejike Oji. «L’Eglise catholique a dénaturé le projet de loi, en le qualifiant de loi sur l’avortement, alors qu’il ne faisait aucune référence à l’avortement», a-t-il rappelé. Il a accusé un parlementaire catholique d’avoir fait échouer le processus d’adoption de la loi. Le parlement a alors rejeté le projet de loi, sans même que les députés se soient bien renseignés.
Toujours au Nigeria, dans l’Etat d’Imo, une tentative d’introduire des services d’avortement sans danger pour les victimes d’inceste et de viol a été bloqué par le parlement. Les femmes qui appuyaient le projet de loi se sont vu refuser l’accès de l’assemblée législative, pendant les débats.
Campagne anti-avortement
De plus, une campagne anti-avortement est en cours au Nigeria. Elle vise à modifier la loi qui autorise l’avortement sous condition, notamment dans le cas où la grossesse met en danger la vie de la future mère.
Dans le même ordre d’idées, le Conseil mixte chrétien d’Ouganda et la Coalition chrétienne du Nigeria attaquent régulièrement les gouvernements de leurs pays respectifs sur le Protocole de Maputo de 2003. Celui-ci reconnaît le droit des femmes à l’avortement en cas de viol, d’inceste ou lorsque la santé mentale et physique de la femme est menacée. Pour ces deux organismes, cette clause est une «importation occidentale», bien qu’elle soit rédigée par des africains, a déclaré Njoki Ndungu, directeur du Centre d’information juridique et de la communication au Kenya, qui lutte pour la promotion des droits de l’Homme.
En outre, Chris Smith, représentant du Congrès américain, a visité récemment le Nigeria. Durant ce séjour, il a rédigé une lettre avec les autorités fondamentalistes chrétiennes qui s’attaque au Protocole de Maputo. (apic/Ibc/nd)



