Vœux du rabbin Di Segni au pape François
Vendredi-saint : Le grand rabbin de Rome regrette le poids d’une «histoire d’incompréhension»
Rome, 29 mars 2013 (Apic) Dans une lettre adressée au pape François le 28 mars 2013, à l’approche de la fête de Pâques, le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, a présenté ses vœux, regrettant toutefois que les prières du rite du Vendredi-saint soient «marquées par le poids d’une histoire d’incompréhension» entre juifs et catholiques.
Le rabbin Di Segni est également revenu sur les progrès faits en matière de dialogue, grâce à l’»œuvre d’assainissement» des relations entre les deux communautés.
Après l’échange épistolaire qui a suivi l’élection du pape François et les vœux de ce dernier à l’occasion de la Pâque juive, le rabbin Di Segni a lui aussi présenté ses vœux, «confirmant ainsi la belle et récente habitude d’échange de messages des deux rives du Tibre, à l’occasion des grandes festivités».
«Précisément en ces jours où les prières du rite (du Vendredi-saint, ndlr) sont marquées par le poids d’une histoire d’incompréhension», souligne cependant Riccardo Di Segni, souhaitant que Dieu rende juifs et catholiques capables «de comprendre de façon réciproque le sens de la différence et la valeur de la fraternité».
«L’occasion de Pâques est particulièrement significative car cette grande fête (…) représente aussi bien le lien que la séparation entre nos religions», affirme le rabbin. «Une séparation qui, au fil de l’histoire, s’exprimait, précisément en ces jours, par des manifestations d’hostilité et d’intolérance anti-juive», déplore-t-il encore.
Prière controversée dans la forme extraordinaire du rite romain
C’est la prière pour les juifs lors du rite du Vendredi-saint qui est particulièrement mise en cause, depuis que Benoît XVI a décidé de libéraliser la forme extraordinaire du rite romain, ou messe tridentine, par le Motu proprio Summorum Pontificum de 2007. Suite aux vives inquiétudes exprimées par la communauté juive dans le monde, le pape avait décidé en 2008 de modifier la prière pour les juifs qui figurait dans ce missel, en y retirant les appels controversés à «soustraire ce peuple de ses ténèbres» et de «l’aveuglement», maintenant toutefois la prière pour leur conversion à Jésus.
La forme ordinaire, celle du missel de Paul VI, communément utilisée, contient pour sa part une prière pour le peuple juif auquel «Dieu a parlé en premier», afin qu’ils «progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité à son alliance».
La formule du missel de saint Pie V (1566-1572) qui intégrait la formule «pour la perfidie des juifs» avait déjà été réformée par Jean XXIII en 1959. Le pape avait alors fait retirer l’adjectif «perfide» et le terme «perfidie» de cette prière en latin.
Joie commune
Dans son courrier, le rabbin Di Segni offre aussi sa prière «dans un esprit de respect et d’amitié fraternelle», même si les juifs sont «conscients» des difficultés de souhaiter un bien à l’autre, «aussi différent et non compréhensible qu’il soit».
Malgré tout, Riccardo Di Segni souligne les progrès réalisés en matière de dialogue. «Si aujourd’hui, contrairement au passé, ces jours sont vécus par les deux religions dans la joie et dans l’harmonie, assure également le rabbin, nous le devons à tous les hommes qui se sont engagés dans cette œuvre d’assainissement» des relations entre juifs et chrétiens. (apic/imedia/mm/mp)



