Lausanne: Prise de position des Eglises sur l’aide au suicide en EMS

Votations cantonales vaudoises

Lausanne, 2 avril 2012 (Apic) Les Eglises réformée et catholique du canton de Vaud, ainsi que la Communauté israélite de Lausanne et du canton de Vaud tiennent à faire entendre une voix commune en vue de la votation de juin 2012 sur l’initiative «assistance au suicide en EMS» et sur le contre-projet du Grand Conseil.

Dans leur déclaration datée du 30 mars 2012, les Eglises affirment: «Nous croyons que Dieu seul est Seigneur de la vie, et qu’il nous en confie la responsabilité. Créés à son image, Il nous a fait don de la raison et de la liberté pour orienter nos vies. La foi chrétienne et la foi juive reconnaissent que la mort n’est pas la fin ultime. Les décisions personnelles peuvent donc porter sur la vie, la fin de la vie et les conditions de sa propre mort, sans renier l’espérance et la foi. Dans ce sens, chacun peut rédiger des directives anticipées; exprimer des choix quant à ses soins, sa façon de mourir ou ses dernières volontés. Il est souhaitable que l’approche de la mort soit l’occasion, à un moment donné, d’un franc dialogue et que l’éventail des choix possibles face à la souffrance, la dépendance, la perte d’estime de soi, soient discutés.»

L’assistance au suicide est, selon les Eglises, une question complexe. Elle appelle une réflexion imprégnée de respect et de responsabilité. Nous croyons qu’il est de notre devoir de juifs, de chrétiens et de citoyens de participer à ce débat de société et donc à cette votation.

«En tant que juifs et chrétiens, nous sommes attachés à la défense de deux valeurs

complémentaires: d’une part, le droit de chaque personne à faire ses choix en conscience et de l’autre, le devoir des pouvoirs publics de veiller au bien commun. Nous reconnaissons que la volonté de mourir est un choix mystérieux et douloureux qui échappe, en dernière instance à nos jugements de type moral ou juridique. C’est donc bien à la lumière de la sagesse divine que nous nous en remettons pour éclairer notre conscience dans ce choix de société.»

Sans préjuger de la libre décision de chacun, la déclaration veut attirer l’attention sur quelques points importants dans ce débat :

Le suicide assisté

Médicalement ou non, le suicide assisté demeure un acte grave qui touche aux fondements de la vie et marque profondément l’entourage familial, social et professionnel de la personne. Il ne peut pas être banalisé.

Selon le droit en vigueur en Suisse (art.115 du code pénal), l’assistance au suicide n’est pas un délit dans la mesure où celui qui prête son aide à cet acte n’est pas mu par des motifs égoïstes. Cette disposition législative originale préserve la liberté de choix, comprise comme «droit à ne pas être empêché» de mettre fin à ses jours, mais elle ne peut pas être comprise comme le droit absolu à une prestation, relèvent les Eglises.

Objet de la votation

L’objet de la votation doit également être précisé. Elle porte sur l’assistance au suicide dans les établissements de soin.

Un lieu de vie institutionnel comme un EMS n’est pas une simple reproduction du lieu de vie privé de la personne tel qu’elle peut l’avoir connu avant son entrée. Au-delà du cercle familial ou amical, ce lieu touche aussi la vie d’autres personnes qui y résident ou y

travaillent ; on ne peut pas ignorer les répercussions que les choix d’un résident, surtout quand ils touchent à la mort, peuvent avoir directement ou indirectement sur elles. Toutefois, les contraintes institutionnelles ne peuvent, par principe, restreindre gravement

les choix de l’individu.

Dignité humaine

Enfin, le vote présente un enjeu concernant la dignité. Cette dernière est, selon le communiqué, une valeur constitutive de la personne humaine, étroitement liée à l’autonomie et à l’estime de soi mais aussi à la reconnaissance et à l’estime d’autrui. Elle ne saurait disparaître avec la perte de facultés ou aptitudes liées à l’âge, le handicap, la maladie. Les notions de dignité et d’autonomie ne doivent pas être exclusivement associées à l’acceptation du suicide. Aucune instance ne peut réclamer à elle seule le monopole du

respect de la dignité de la personne en fin de vie.» (apic/com/js)

2 avril 2012 | 13:59
par webmaster@kath.ch
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