Washington: Mariage homosexuel pas au programme législatif

Fronde chrétienne contre Bush, qui «ne tient pas ses promesses»

Washington, 31 janvier 2005 (Apic) Un mouvement de chrétiens conservateurs ayant soutenu la réélection du président envoie une «lettre d’avertissement» au conseiller du président Bush. Leur grief: le mariage homosexuel n’est pas prévu dans le programme législatif à l’agenda du président.

Une nouvelle coalition d’influents groupes chrétiens, The Arlington Group, qui ont soutenu la réélection de Georges Bush, ont envoyé la semaine dernière un avertissement sous forme de lettre au conseiller en chef du président, Karl Rove. «Le président dit que rien de nouveau ne sera décidé pour l’instant sur la proposition d’amendement fédéral menant à une interdiction constitutionnelle des mariages homosexuels. Il n’a pas mentionné l’amendement sur la liste des 10 points de son agenda législatif», dévoilés par des responsables Républicains en congrès tout récemment.

Quelques-uns des plus influents soutiens à Georges Bush, réunis dans The Arlington Group, ont menacé de retirer leur soutien dans l’un des dossiers les plus brûlants du moment, la réforme du système de pensions américain, si le président n’appuie pas leur cause. «On ne peut que constater le contraste avec lequel le président traite de deux sujets chauds: la difficile négociation de la privatisation de la sécurité sociale où l’opinion est très divisée, et le mariage, où elle est massivement de son côté», dit la lettre signée du Arlington Group. Le texte poursuit en précisant que «ce serait un outrage fait aux nombreux votants qui ont été avec lui il y a quelques mois, y compris un grand nombre d’Afro-américains, de latinos et de catholiques, qui ont voté contre leur famille politique en soutenant le président, uniquement à cause de cette question».

Discours sur l’Etat de l’Union: Réforme néolibérale du système de pensions

Le débat intervient au moment où le président va tenir son Discours annuel sur l’Etat de l’Union mercredi, dans lequel il abordera la réforme du système de pensions, entre autres. Le mariage homosexuel a été, on s’en souvient, l’un des débats-clé pendant la campagne présidentielle, alors que 11 Etats soutenaient les referendums locaux pour l’interdire. Le président Bush a déclaré récemment au Washington Post qu’il ne harcèlerait pas les sénateurs avec ce sujet. Il a ajouté que beaucoup pensent que le Defence of Marriage Act, une loi existante, qui permet aux Etats de ne pas reconnaître un mariage homosexuel promulgué dans un autre Etat, était suffisant.

Le président du groupe conservateur «American values» (Valeurs américaines) et candidat républicain à la présidence en 2000, Gary Bauer, a déclaré au Sunday Telegraph la semaine dernière: «Beaucoup d’entre nous ont aidé le président dans sa réélection. Ils l’ont fait à cause de son opposition déclarée au mariage homosexuel».

Il a ajouté que beaucoup de ses supporters étaient des gens de la classe moyenne inférieure et ouvrière, ainsi que des minorités ethniques. Ce sont eux qui aujourd’hui sont particulièrement concernés par la réforme néolibérale du système de pensions. Pour James Dobson, le fondateur de Focus on the Family (l’Accent sur la famille) et l’un des responsables du Arlington Group: «Si les républicains font ce qu’ils ont fait par le passé, c’est-à-dire: «Merci de nous avoir porté au pouvoir. Maintenant nous ne parlons plus avec vous», ils en paieront le prix.

Les anti darwinistes montent aussi au créneau

Dans le Kansas et dans les Etats de la «ceinture de la Bible» qui ont voté massivement Bush, on veut sa revanche sur un sujet très controversé, l’enseignement de la théorie, reconnue, de l’évolution (darwiniste) à l’école. Dans un nombre croissant de petites villes américaines, les fondamentalistes chrétiens opposés au darwinisme montent au créneau par diverses tactiques leur permettant de passer au-dessus des lois qui interdisent la promotion de la religion dans les écoles.

Les tenants du «créationnisme» sont ressortis dopés par leur «victoire» au Kansas, à la fin de l’année dernière, où un établissement scolaire a vu élire à sa présidence un Conseil de direction majoritairement favorable à l’enseignement de l’évolutionnisme, «uniquement comme une théorie et non comme un fait». La théorie du «plan d’une intelligence supérieure» (»intelligent design») dans la Création, ou créationnisme, ne mentionne pas forcément un Dieu mais une puissance créatrice. Pour les «créationnistes» américains, le darwinisme est issu de l’athéisme.

Le président de l’»intelligent design», un «born again» (chrétien né à nouveau), a déjà proclamé son «scepticisme» à l’égard de la théorie reconnue de l’évolution des espèces, par le passé. Si l’on se base sur un sondage CBS récent, on voit que 55% des Américains et 67% parmi ceux qui ont voté Bush ne croient pas à l’évolution des espèces.

Les tenants de la création par une intelligence supérieure sont en train de faire valoir leur opinion, en se profilant comme des défenseurs de la liberté académique. Il est de ce fait, notent les observateurs, difficile de les contrer sans encourir le reproche d’être contre la liberté d’expression. (apic/bbcnews/vb)

31 janvier 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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