Washington:Trois évêques claquent la porte de l’organisation caritative «Food For The Poor»

«Nous étions une vitrine, pas un comité directeur»

Washington, 2 janvier 2002 (APIC) Trois évêques américains ont claqué la porte de la puissante ONG caritative chrétienne américaine «Food For The Poor» (FFP). Ils ont démissionné de son conseil d’administration, invoquant le manque de transparence sur l’utilisation des fonds et l’absence de surveillance ecclésiale. Ils reprochent aussi à l’?uvre d’entraide d’être par trop une «affaire de famille» en faveur des proches du président et directeur exécutif R. G. Mahfood.

Un quatrième évêque a prié les prêtres de son archidiocèse de ne plus récolter de fonds pour l’organisation qui collecte chaque année des millions de dollars pour financer des projets contre la faim dans les Caraïbes et en Amérique latine.

Les évêques n’étaient qu’une caution morale sans réel pouvoir

Robin G. Mahfood, président et directeur exécutif de «Food For The Poor» (Nourriture pour les pauvres), a déclaré que les évêques ont démissionné après que la majorité des membres du conseil d’administration ait refusé d’effectuer des changements qui auraient placé directement l’organisation sous le contrôle de l’archidiocèse de Miami. Il a déclaré à l’agence de presse catholique américaine CNS que les changements exigés par les évêques auraient sérieusement limité la portée de la mission de l’organisation caritative.

L’un des évêques démissionnaire, Mgr Thomas G. Wenski, évêque auxiliaire de Miami, a déclaré à CNS: «Nous n’étions qu’une vitrine, pas un comité directeur». Le fait d’avoir des évêques parmi les membres du conseil d’administration conférait plus de crédibilité à l’organisation, mais ne leur donnait pas pour autant d’influence et de responsabilité réelles. Les autres évêques qui ont démissionné sont Mgr Norbert M. Dorsey, évêque d’Orlando, Mgr Gordon D. Bennett, évêque auxiliaire de Baltimore.

Plus de collectes dans les églises pour l’organisation de la famille Mahfood

Dans une lettre envoyée à ses prêtres, Mgr John C. Favalora, archevêque de Miami, les prie de ne plus collecter d’argent pour l’organisation qui y a son siège dans son diocèse. Les fondateurs de FFP ont choisi de devenir une organisation chrétienne sectaire plutôt que de travailler sous les auspices de l’Eglise catholique, constate l’archevêque dans sa lettre.

Il a aussi mis en garde les prêtres contre le fait de permettre à des «organisations sectaires» de collecter des fonds dans les paroisses. Cela pourrait poser des problèmes, l’utilisation des fonds n’étant pas contrôlée par l’évêché. D’autre part, ce dernier a aussi fait savoir que l’organisation ne sera plus répertoriée dans l’annuaire catholique officiel, «le Kenedy directory», de l’archevêché de Miami, l’organisation n’étant pas affiliée à l’Eglise. Dans l’annuaire 2001, l’organisation était enregistrée sous la section «apostolat spécialisé» de l’archevêché.

Robin G. Mahfood a qualifié l’organisation fondée en 1982 d’organisation caritative «interdénominationnelle chrétienne et ?cuménique». Les changements proposés par les évêques auraient placé FFP sous contrôle direct des ?uvres d’entraide catholiques de l’archevêché de Miami, dont Mgr Wenski est président. C’est le refus de ces changements qui ont précipité le départ des évêques, affirme le président et directeur exécutif de FFP.

Détournement de fonds et affaire de m?urs

R. G. Mahfood précise qu’en 2001, son organisation a envoyé pour 275 millions de dollars de nourriture, de médicaments et d’autres fournitures à destination des populations pauvres aux Caraïbes et en Amérique latine. Une grande partie de ces aides ont été acheminées à travers des prêtres catholiques. L’ONG a été secouée par un scandale en septembre 2000, lorsque son fondateur et président d’alors, Ferdinand Mahfood, frère de Robin G. Mahfood, a été contraint de démissionner après avoir détourné plus de 400’000 dollars de dons en faveur de deux employées avec lesquelles il avait eu des relations sexuelles, et de leurs familles. R. G. Mahfood précise que son frère ne fait plus partie de l’organisation et que les comptes de FFP sont désormais soumis à des audits extérieurs tous les trois mois. (apic/cns/at)

4 janvier 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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