Yémen: Mis en place d’un «Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice»
A l’instar de l’Arabie saoudite
Sanaa, 15 août 2008 (Apic) Au Yémen, des oulémas, ou savants musulmans, ont lancé un «Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», à l’instar de ce qui se fait en Arabie saoudite. Ces nouveaux «chevaliers yéménites de l’ordre moral», comme les nomme le quotidien libanais «L’Orient-Le Jour», veulent imposer le même type de police des moeurs que dans le pays voisin.
«Le Yémen est le pays de la foi et de la sagesse. Mais avec la mondialisation, notre pays a subi une invasion d’immoralité», affirme cheikh Hamoud al-Tharihi, à l’envoyée spéciale du quotidien libanais. Pour lutter contre cette «invasion», un groupe d’oulémas yéménites a mis en place un «Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice», dont cheikh al-Tharihi est vice-président. Le président du comité est Abdel Majid al-Zindani, un religieux qui affirme avoir trouvé un traitement contre le sida et est accusé par les Etats-Unis de soutenir le terrorisme.
Dans la ligne de mire de ces nouveaux «chevaliers de l’ordre moral», comme l’écrit la journaliste Emilie Sueur: les restaurants qui vendent de l’alcool, les hôtels «diffusant des films sexuels», les pubs et autres night-clubs. Ce sont des institutions «en guerre contre Dieu», si l’on en croit un document officiel publié par le Comité. «Les oulémas du Yémen veulent immuniser la société contre cette vague de vice que la société ne connaît pas», affirme cheikh al-Tharihi à l’envoyée spéciale de «L’Orient-Le Jour».
L’idée de la mise en place d’une «police du vice et de la vertu» semble largement rejetée aussi bien au sein de la population que par la société civile et les instances politiques. «Demander aux gens d’être vertueux, c’est bien, mais pas par la force», estime ainsi Yahya Joman, un commerçant de 48 ans rencontré dans la vieille ville de Sanaa, la capitale du Yémen. «Danser, chanter, tout cela fait partie de notre vie. Si on veut nous interdire cela, ça ne passera pas», assure-t-il.
Salma Abdullah Masaabi, directrice du Bureau de l’éducation du district de Saana, militante politique et sociale et membre du parti au pouvoir, pense pour sa part qu’une police des moeurs serait une «insulte». «Ils disent s’appeler le Comité de la vertu, mais c’est le groupe du vice !», s’insurge Salma, dont les yeux, seule partie visible de son visage voilé de noir, brillent de colère. Pour étayer son propos, elle présente deux feuilles, dont elle affirme qu’elles sont un extrait d’un document distribué aux oulémas lors d’une réunion du Comité de la vertu.
Les femmes mises au placard
Sur ce document, on peut lire que «le rôle de la femme est d’assurer la continuité de l’humanité en procréant et en allaitant». On lit encore que «Dieu a voulu que la femme soit belle et que l’homme soit attiré par sa beauté. Mais la femme doit cacher sa beauté devant les étrangers afin de préserver l’harmonie du couple et éviter les problèmes sociaux. Si une femme est autorisée à sortir de la maison, à côtoyer des hommes sur le lieu de travail, à montrer sa beauté à tous, l’homme sera séduit, et des relations hors mariage auront lieu. Un tel phénomène, s’il est généralisé, mènera au chaos sexuel».
Pour Salma Abdullah Masaabi, «les femmes représentent 50 % de la société au Yémen, elles génèrent des revenus pour la famille. On ne peut pas les laisser à la maison». «Nos mères et nos grands-mères ont été privées de leurs droits. Il est hors de question de revenir en arrière», ajoute-t-elle.
Il semble que le président yéménite ne va pas entrer dans une confrontation directe avec les oulémas, parce qu’il a besoin d’eux et ils l’ont aidé lors de la guerre en 1994. «Il va toutefois limiter leur pouvoir», estime, pour sa part, Fouad al-Salahi, analyste politique et professeur à l’université de Sanaa. Selon lui, les groupes à l’origine de ce comité de la vertu sont soutenus par l’Arabie saoudite. (apic/orj/be)



