Evêque catholique de Belgrade: pas de solution pacifique en vue

Yougoslavie: Le pape ne se rendra pas à Belgrade, ce serait soutenir Milosevic

Belgrade, 2 mai 1999 (APIC) Alors que des voix orthodoxes de plus en plus nombreuses appellent le pape Jean Paul II – qui sera en fin de semaine pour la première fois en visite pastorale dans un pays à majorité orthodoxe, en Roumanie – à se rendre à Belgrade, un tel geste prophétique n’aura pas lieu. «Se rendre à Belgrade dans les conditions actuelles signifierait soutenir Milosevic, et le Saint-Siège ne peut pas faire cela», déclare l’archevêque catholique de Belgrade, Mgr Franc Perko.

Mgr Perko, dans une interview accordée à l’hebdomadaire italien «Famiglia cristiana», déclare exclure un tel geste spectaculaire qui pourrait favoriser la paix dans les Balkans: «Le pape s’est toujours prononcé contre les bombardements et c’est pour cette raison que les autorités de Belgrade l’apprécient…» Mais une telle visite en ce moment reviendrait à cautionner le régime en place, estime le prélat catholique, qui est très pessimiste sur l’issue du conflit actuel: «Je ne vois pas d’autre solution : la victoire ou la défaite. C’est la voie que Milosevic et l’OTAN ont choisie. La guerre ira jusqu’au bout.»

Les Serbes ont perdu toutes les guerres entreprises ces dix dernières années

Cité par l’agence Zenit à Rome, le chef de la petite communauté catholique en Yougoslavie – lui-même d’origine slovène – relève que les religieux comme lui sont obligés de chercher tous les moyens possibles pour trouver une solution pacifique. «Mais soyons francs: en ce moment, ce serait un vrai miracle. C’est très dur, mais il faut voir la réalité en face».

Mgr Franc Perko, qui connaît de l’intérieur et à fond le cœur et la mentalité des Serbes, rappelle qu’en Yougoslavie, après la chute du mur de Berlin, tous les Etats ont essayé de se soustraire à l’hégémonie de Belgrade. Les Serbes ont fait la guerre pour défendre l’idée de la Grande Serbie, mais ils ont en fait perdu toutes les guerres entreprises ces dix dernières années.

De l’avis de l’archevêque de Belgrade, les Serbes ont tort de ne pas faire confiance à l’Occident. Ils pouvaient signer les accords de Rambouillet et commencer une négociation, peut-être illimitée, mais qui aurait évité les massacres. Les bombardements ont détruit toutes les possibilités de rencontre à l’avenir entre Serbes et Albanais. «C’est comme un cercle vicieux: il n’y a pas de solution. On ne peut pas satisfaire en même temps les espérances serbes et les espérances albanaises.»

La guerre renforce la position de Milosevic, les Serbes chantent, mais au fond ils ont peur

Mgr Perko pense que la guerre a renforcé la position de Milosevic, car «c’est lui qui défend le sol sacré des Serbes, le Kosovo, berceau de l’Eglise orthodoxe. Aucun Serbe, même modéré, n’acceptera de vivre dans une Serbie sans le Kosovo. Les Serbes ont déjà perdu une fois le Kosovo, en 1389. Ils iront jusqu’au bout, jusqu’à la victoire ou la défaite. Et s’ils perdent, ils construiront de nouveaux mythes, de nouvelles souffrances pour les futures générations».

A quand un prophète Jérémie, pour convertir le peuple serbe ?

«Les Serbes», poursuit l’archevêque de Belgrade, «chantent, mais au fond d’eux mêmes ils ont peur. Je vois les concerts, les chaînes de personnes sur les ponts et je me dis: ’bravo’, mais en attendant, je pleure sur le sort du peuple serbe que j’aime. Car la tragédie humanitaire viendra frapper la Serbie. Les bombes ont détruit l’économie. Nous avons 40 % de chômeurs. La guerre est en train de réduire le peuple à la misère. Aujourd’hui les Kosovars. Bientôt les Serbes. Le peuple serbe a besoin d’un prophète comme Jérémie, qui lui fasse reconnaître ses fautes et le convertisse». (apic/zenit/be)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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