Marchandisation des services publics, menace pour la démocratie

Yverdon-les-Bains: Assemblée des socialistes chrétiens romands

Yverdon-les-Bains, 6 février 2006 (Apic) Les «Socialistes chrétiens romands», réunis samedi en assemblée à Yverdon-les-Bains, s’opposent à la «marchandisation» des services publics aussi bien au niveau suisse que dans le domaine des échanges Nord-Sud. Ils considèrent cette tendance comme une grave menace pour la démocratie et pour la justice sociale.

Pour ces militants, qui s’inspirent à la fois du socialisme démocratique et du message chrétien, l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) prôné par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), va à l’encontre des intérêts de la majorité de la population. Une méditation d’ouverture du curé de la Chaux-de-Fonds, l’abbé Joseph Demierre, a d’emblée mis les participants en face de leur responsabilité de chrétiens: la solidarité est le nouveau nom de l’amour du prochain !

Christian Pauletto, chef du secteur «politique et commerce des services» au Secrétariat d’Etat à l’économie (seco) de la Confédération, a défendu avec patience et conviction, face à une salle poliment hostile, la nécessité de lever les entraves au marché. Il a précisé que l’AGCS ne visait pas à modifier la législation des pays partenaires et ne constituait pas une incitation à privatiser des services que chaque pays est libre de laisser sous contrôle public.

Membre du mouvement altermondialiste ATTAC, Ounsi el Daïf a au contraire dénoncé le modèle économique qui sous-tend ces accords: le libéralisme dont le bilan est manifestement catastrophique (accroissement des inégalités, soustraction de secteurs vitaux au contrôle démocratique). Il a plaidé pour un large service public de redistribution en lieu et place de la commercialisation en cours.

Les localités de Romainmôtier et Le Locle proclamées «zones hors AGCS»

Pascal Lugon, syndic de Romainmôtier, et Denis de la Reussille, président du Locle, ont expliqué pourquoi leurs communes se sont proclamées «zone hors AGCS»: l’AGCS ne correspond manifestement pas à une conception solidaire du service public et, même si leur résistance est essentiellement symbolique, elle est représentative des craintes de la population face à une évolution économique durement ressentie dans les régions périphériques. Des craintes alimentées par les exemples récents de la Poste et de Swisscom: la soumission aux lois du marché pose plus de problèmes qu’elle en résout.

Quant Martin Watson, membre du bureau quaker auprès de l’ONU, il a mis en évidence le bilan négatif de l’AGCS pour les pays du Sud: espoir (déçu) d’envoyer leurs travailleurs dans les pays développés, en échange de l’obligation (appliquée) d’accepter la prise en mains de leur économie par des cadres étrangers.

Le débat a démontré l’attachement des socialistes chrétiens à la démocratie sociale et économique ainsi que leur refus de considérer l’économie de marché comme un état de fait (et encore moins de bienfait) à développer: «le bien commun ne saurait passer par le triomphe de Mammon», ont-ils laissé entendre lors de la réunion d’Yverdon-les-Bains. (apic/com/jfm/be)

6 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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