Le délicat sujet des limites de la générosité
Yverdon-les-Bains: Les socialistes chrétiens romands contre le démantèlement social
Yverdon-les-Bains, 7 février 2005 (Apic) La Fédération romande des socialistes chrétiens (FRSC) se prononce contre le démantèlement et les économies dans le secteur social. Réunis pour leur traditionnelle journée de rencontre dans l’ancien «cercle ouvrier» d’Yverdon-les-Bains, les «chrétiens de gauche» se sont demandés si le système social suisse était trop généreux.
Les participants de cette Fédération, fondée au début du XXème siècle pour regrouper des croyants cherchant à mettre leur foi en pratique, ont planché tout le samedi sur le thème «Générosité: jusqu’où ? – Solidarité et responsabilité individuelle».
Ils sont repartis convaincus non seulement de la nécessité de maintenir, voire de développer, le système social mais aussi de lui conserver le côté universel qui lui est souvent reproché. Pas question donc pour eux de plaider pour une augmentation de l’âge de la retraite, de diminution des prestations de l’assurance maladie, de couper dans les prestations en matière de chômage, d’assistance et d’invalidité.
Le théologien Denis Müller, professeur d’éthique à la Faculté de théologie de Lausanne, Jean-Pierre Fragnière, professeur à l’Ecole d’études sociales et pédagogique de Lausanne, Pierre-Alain Praz, directeur de Caritas Vaud, et Gisèle Ory, conseillère aux Etats socialiste neuchâteloise et directrice de Pro Infirmis Neuchâtel, ont successivement apporté des éclairages éthique, social, pratique et politique.
La responsabilité individuelle ne peut tout pallier
Si l’on ne peut nier l’importance de la responsabilité individuelle, un système social solidaire est seul à même d’assurer des conditions de vie décentes à chacun, ont estimé les participants. Le ciblage des prestations aurait principalement des effets pervers: stigmatisation des bénéficiaires, oubli au bord du chemin de ceux qui ne savent ou ne peuvent affronter la complexité des administrations, accentuation des problèmes pour beaucoup et, en définitive, coût plus élevé pour la collectivité.
Les orateurs ont également nuancé l’idée largement répandue que les difficultés financières des institutions sociales sont dues au luxe des prestations et aux abus. Elles s’expliquent avant tout par l’augmentation du nombre des personnes concernées: il y a plus de retraités, qui vivent plus longtemps, l’économie provoque du chômage et des cas d’invalidité psychique inconnus (ou non reconnus) autrefois.
Il est dangereux d’augmenter la fracture sociale
Les attaques régulières des milieux de droite ont fini par convaincre une large part de l’opinion publique que la Suisse était trop pauvre pour se payer un système social digne de ce nom, ont-ils déploré. Pour les socialistes chrétiens romands, il n’est pas question d’accepter un tel défaitisme: au nom de l’amour du prochain, mais aussi parce que la société n’a rien à gagner (même du point de vue économique) à augmenter la fracture sociale, ils encouragent les politiciens à défendre des assurances sociales et un système de santé réellement solidaires. (apic/com/jfm/be)




