Zaïre: pour les évêques, des élections précipitées (150993)

ne peuvent qu’être «une mascarade» et une «mystification»

Kinshasa, 15septembre(APIC) Faute de conditions et d’un environnement favorables, le recours aux élections ne sera qu’une «mascarade» et une «mystification», estiment les évêques zaïrois dans un message rédigé au terme

d’une Assemblée plénière extraordinaire récemment tenue à Kinshasa. Les

évêques n’y mâchent pas leurs mots en dénonçant «l’assassinat de l’Etat».

Ce document est le troisième publié par l’épiscopat zaïrois depuis le

début de l’année, le douzième depuis mars 1990. Le texte était déjà rédigé

au moment de l’annonce par le président Mobutu de son intention d’organiser

des élections avant la fin de l’année, précise-t-on.

Les évêques commencent par dénoncer «l’assassinat de l’Etat» . Si «nous

n’y prenons garde, écrivent-ils, l’Etat zaïrois va mourir assassiné par

ses dirigeants. Les évêques visent autant ceux qui «font pourrir la situation pour justifier une mainmise musclée sur le pouvoir», que ceux qui

pourraient considérer cette situation comme «un tremplin pour accéder au

pouvoir».

En attendant, constatent les évêques, le peuple est laissé à lui-même

et réduit à se débrouiller. Il y a pire: «Pour avoir osé mettre en cause la

dictature et les privilèges de ceux qui en vivent à l’intérieur comme à

l’extérieur, le peuple est soumis par ses propres chefs aux pillages, aux

humiliations, aux enlèvements, aux déplacements forcés, aux massacres par

milliers et aux violences qui visent à l’asservir et à l’anéantir».

Les évêques voient dans ces violences «des signes qui ne trompent pas»,

et qui attestent «la folie et la mort morale» d’un Etat «déchaîné contre

sa propre population». D’un Etat devenu incapable d’éduquer sa jeunesse beaucoup d’écoles sont fermées, voire détruites -, d’administrer la justice…» «L’Etat zaïrois gît pour ainsi dire par terre, agonisant…»

Pour «remettre sur pied l’Etat zaïrois», les évêques estiment qu’il est

nécessaire de trouver un consensus, mais également que les politiciens doivent se retrouver autour d’une table. Le dialogue politique seul «créera un

environnement favorable aux élections». Des conditions essentielles sont en

outre à remplir, estiment-ils, notamment un délai raisonnable permettant

une préparation «soigneuse et non précipitée», la sécurité des personnes et

de leurs biens, la liberté d’expression pour tous, entre autres à travers

la radio et la télévision nationales, la réhabilitation minimale des voies

de communication, indispensable à la libre circulation des personnes…

Les évêques adressent en conclusion des recommandations. Les premières

vont aux autorités, pour leur demander de respecter la légalité et l’ordre

institutionnel de la transition adoptée par la Conférence nationale souveraine (CNS) et de faire cesser le très nuisible dédoublement des institutions. La seconde s’adresse au peuple, pour lui demander de faire preuve de

solidarité dans un esprit de partage. Une troisième enfin, dirigée aux partenaires extérieurs du Zaïre, afin de les mettre en garde contre la complicité, déjà dénoncée, de certains milieux étrangers dans l’endettement du

pays. (apic/cip/pr)

15 septembre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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