Les investisseurs étrangers privent les paysans de leurs terres
Zambie: Justice et Paix se mobilise pour défendre la cause des paysans
Lusaka, 30 mai 1997 (APIC) La Commission catholique «Justice et paix» (CCJP) de Zambie a mis en place un groupe de pression pour informer les paysans zambiens sur la question controversée de la loi foncière (Land’Act) qui, aux yeux d’un grand nombre, priverait les paysans de leurs terres.
Pour Martin Kalungu-Banda, président de la CCJP, le groupe de pression va s’employer sans relâche à obtenir l’amendement de la loi. Il a déjà commencé à dispenser conseils et informations dans tous les diocèses «pour aider les gens à savoir en toute connaissance de cause ce qu’est une bonne loi».
Selon Africa Information Afrique, agence de nouvelles basée à Harare, au Zimbabwe, la loi donne au président le contrôle sur toutes les terres du pays. Jusqu’à l’adoption de la loi, les chefs de villages contrôlaient la plus grande partie des terres cultivées par des paysans Les opposants à la loi prévoient qu’il sera plus facile pour les investisseurs étrangers de prendre le contrôle de terres et déplacer les paysans de terres qu’ils occupent depuis des décennies.
D’après Andrew Kani, représentant de la CCJP dans le nord de la Zambie, des investisseurs étrangers se sont emparés de grandes étendues dans la région, laissant de nombreux villageois sans terres.
La plupart des villageois affectés vivent dans ce que l’on appelle le corridor de Tazara, bande de terre de 30 kilomètres des deux côtes du chemin de fer entre la Tanzanie et la Zambie, allant de Kapiri Mposhi, en Zambie centrale, jusqu’à Nakonde, à la frontière avec la Tanzanie. «Les investisseurs étrangers arrivent de Lusaka dans la province du Nord avec des lettres les autorisant à occuper certaines parcelles de terre où les villageois sont installes, sans l’accord des chefs locaux», a expliqué Andrew Kani. Dans le nord-est du pays, les paysans sont constamment harcelés et menacés de poursuite pour violation de propriété par ces nouveaux investisseurs étrangers, la plupart des blancs.
Dans le diocèse de Chipata, dans la province orientale, Donald Muwowo, autre représentant de la CCJP, raconte que certains paysans, accablés par ces harcèlements et les déplacements, recourent à la sorcellerie contre les parlementaires qui, selon eux, n’ont pas su les défendre contre les agissements des investisseurs étrangers.
«Les villageois ont essayé de résister pour éviter l’expulsion mais sans résultat. Ils ne peuvent rien faire parce que la loi semble pencher en faveur des riches. Les pauvres ne peuvent gagner devant les tribunaux. Nombreux sont ceux qui ont perdu leurs terres. Ceux qui les représentent au parlement ne font rien. C’est pourquoi nous nous mobilisons pour essayer de les aider.»
Un des vice-présidents de la Zambie, Michel Sata, membre du Mouvement pour la démocratie multipartite (MMD) au pouvoir, estime cependant que «cette loi est la meilleure que nous aurons jamais pour créer un cadre propice aux bons investissements. Nous n’allons pas les laisser faire échouer nos plans. Nous avons tous les moyens d’expliquer aux gens les avantages de cette mesure.» (apic/eni/)



