Zambie: L’Eglise montre du doigt les compagnies étrangères, dont les firmes chinoises

Les travailleurs sont souvent «très mal traités»

Lusaka, 22 décembre 2006 (Apic) L’Eglise catholique en Zambie montre du doigt les compagnies étrangères installées dans le pays, qui doivent être surveillées de près en raison de leurs pratiques de «dumping social». Elles sont souvent accusées de traiter les travailleurs «très mal», tant en ce qui concerne le salaire qu’en matière de sécurité et de maladie. Parmi les firmes visées, celles venues de Chine.

La mort de 51 mineurs zambiens, tués l’an dernier par une explosion dans la plus grande mine en mains chinoises, à Chambishi, près de la frontière congolaise, confirme les craintes sur les standards de sécurité dans ces compagnies.

Le Père Joe Komakoma, secrétaire général de la Conférence épiscopale catholique de Zambie, estime que les conditions de travail dans les compagnies étrangères sont souvent «très mauvaises», et les mesures de sécurité sont inadéquates. Ces entreprises doivent être contrôlées plus sévèrement pour mieux protéger les travailleurs.

Ainsi, dans les entreprises dirigées par les Chinois, «les travailleurs sont payés moins que le salaire minimum et sont licenciés avant d’avoir travaillé six mois», ce qui leur aurait permis de recevoir automatiquement les soins médicaux ainsi que les subsides pour le logement et le transport. Le Père Komakoma rappelle que des milliers d’investisseurs chinois sont actifs dans le secteur minier, l’agriculture, la construction et les usines en Zambie, un pays qui compte près de 12 millions d’habitants.

L’agence IRIN, un réseau d’informations humanitaires des Nations Unies, cite Musiyalela Sitali, un responsable du marketing et de la promotion économique auprès du Centre d’investissement (Investment Centre) de Zambie à Lusaka, qui relève que les entreprises chinoises ont créé plus de 10’000 emplois pour les Zambiens ces 13 dernières années. «Les investissements chinois ont augmenté au cours des années, et en ce moment, nous avons un total de 145 projets dirigés par les Chinois en Zambie». Les entreprises chinoises enregistrées ont apporté plus de 378 millions de dollars en capital d’investissement durant ces années, relève-t-il.

On estime que 80’000 Chinois résident en Zambie. A part les entreprises enregistrées auprès de l’Investment Centre, on pense qu’il y a des milliers d’autres actives dans le pays. Dans le passé, les relations de la Chine avec la Zambie, pays «progressiste du tiers-monde», étaient basées sur des motifs idéologiques. Cet engagement était symbolisé par la construction sur 1’800 km du Tanzam Railway dans les années 1970. Il relie ce pays enclavé au port de Dar-es-Salaam, en Tanzanie voisine.

Les investisseurs chinois avertis

A l’heure actuelle, c’est le «business» qui est à la base des investissements chinois, et désormais les analystes constatent que les Zambiens sont moins enthousiastes à propos de la présence chinoise, en bonne partie à cause de leur façon de traiter les travailleurs locaux. Souvent les salaires ne dépassent pas 40 dollars mensuels, alors que le salaire minimum officiel tourne autour des 90 dollars.

Secrétaire permanent du Ministère du travail et de la sécurité sociale, Ngosa Chisupa relève que les Chinois ne sont pas les seuls en cause, car près de 80% des investisseurs étrangers en Zambie ne paient rien par exemple pour les retraites de leurs employés, ou les emploient sans contrat signé sur les conditions de travail.

Ngosa Chisupa rappelle que les autorités zambiennes ont signé un accord avec le gouvernement chinois concernant notamment «l’exploitation salariale» et ce dernier a promis de s’engager afin que les investisseurs chinois soient au courant des lois sur le travail en vigueur en Zambie avant de venir s’installer dans le pays. (apic/irin/cns/be)

22 décembre 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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