Le régime de Mugabe serre la vis à 3 semaines des élections

Zimbabwe: Arrestation d’un missionnaire catholique et de 9 membres d’Eglises protestantes

Harare, 18 février 2002 (APIC) Un missionnaire catholique et 9 membres et responsables d’Eglises protestantes participant à une rencontre de prière interconfessionnelle pour la paix au Zimbabwe ont été arrêtés samedi à Bulawayo, annonce lundi l’agence vaticane FIDES. Le climat dans le pays s’est sérieusement dégradé ces derniers jours, notamment avec l’expulsion de Pierre Schori, ambassadeur suédois auprès des Nations Unies, et chef de la mission des observateurs électoraux de l’Union européenne au Zimbabwe.

Pierre Schori a qualifié son expulsion par les autorités zimbabwéennes de «malheureuse». Il a dénoncé le régime du président Robert Mugabe, accusé de «serrer la vis» trois semaines avant le scrutin présidentiel des 9 et 10 mars.

Le Père Kevin O’Doherty, de la Congrégation des Missionnaires de Mariannhill, et 9 membres d’Eglises protestantes, ont été accusés de s’être réunis à Bulawayo sans permission et de violer ainsi l’ordre public. La réunion de prière de samedi 16 février, débutée à l’église du Christ-Roi, s’est achevée à l’église anglicane de l’Ascension. Dès le départ, la police avait cherché à empêché la manifestation, faisant obstacle aux mouvements des fidèles d’un lieu de culte à l’autre.

A la fin de la rencontre de prière, les policiers ont arrêté le Révérend Noel Scott, recteur anglican de l’église de l’Ascension, alors qu’il était encore à l’ambon. Il a été conduit ensuite au Commissariat central de la police de Bulawayo. En signe de solidarité, un groupe de fidèles, qui avait assisté à la cérémonie, s’est rassemblé pour prier devant le Commissariat, et les policiers les ont arrêtés eux aussi.

Les Eglises ne veulent pas se laisser manipuler

Les policiers ont ensuite arrêté le Père Kevin O’Doherty, âgé de 68 ans, originaire de Detroit, qui assure le ministère pastoral dans la paroisse du Christ-Roi, le Révérend Graham Shaw, responsable de l’Eglise méthodiste à Hillside, le Révérend Ron Marillia, responsable de l’Eglise presbytérienne de Hillside, et 5 laïcs, dont une femme. Le 3 février, le Ministère de la Justice et du Travail avait proposé de patronner la rencontre de prière, mais les organisateurs avaient refusé, craignant que la rencontre ne dégénère en une manifestation de propagande en faveur du gouvernement.

L’arrestation des représentants religieux s’insère dans le cadre des tensions politiques qui se sont encore aggravées alors qu’approchent les prochaines élections présidentielles des 9 et 10 mars. Le président Mugabe, qui veut conserver le pouvoir à tout prix, a ordonné l’expulsion, le 16 février, du diplomate suédois Pierre Schori, chef des observateurs de l’Union Européenne pour les élections présidentielles. Mugabe rejette les accusations de la Communauté européenne qui lui reproche de violer les droits de l’homme, d’intimider et de manipuler l’électorat. Mugabe a refusé le visa d’entrée aux observateurs électoraux des pays considérés comme les plus critiques à son égard: Grande Bretagne, Suède, Danemark, Hollande, Finlande, Allemagne. L’Union européenne étudie l’éventualité de sanctions contre le régime en place à Harare.

Les violents affrontements politiques causent des pertes très grandes à l’économie. Depuis le mois de février 2000, les anciens combattants de la guerre d’indépendance de 1980 occupent les fermes des Blancs – qui détiennent encore la majeure partie des terres cultivées (12 millions d’hectares, soit 70% des terres arables) – , ce qui a entraîné une baisse profonde de la production agricole. Pour la première fois dans son histoire, le Zimbabwe doit importer du maïs pour faire face à la famine dont sont menacés des centaines de milliers de Zimbabwéens. (apic/fides/bia/be)

18 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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