Zimbabwéens déterminés à lutter contre les violences et l’injustice

Zimbabwe: Commémoration des brutalités policières de 2007

Harare, 27 mars 2008 (Apic) Dans un communiqué publié début mars par la Save Zimbabwe Campaign (Campagne pour sauver le Zimbabwe), des Zimbabwéens passés à tabac lors d’un rassemblement affirment avoir été endurcis par ces épreuves et se déclarent prêts à poursuivre leur lutte contre les atrocités de la dictature.

La Save Zimbabwe Campaign, alliance d’Eglises, d’organisations chrétiennes, de partis politiques et d’organisations de la société civile, commémorait au début mars le premier anniversaire des brutalités qui auraient été commises par la police à l’encontre de centaines de personnes qui avaient prévu de participer à un rassemblement de prière au parc Zimbabwe Grounds de Harare le 11 mars 2007.

Organisé par la Campagne afin d’invoquer une intervention divine en réponse à la crise, le rassemblement de prière avait été perturbé par des policiers armés. Ils avaient arrêté et passé à tabac des militants de la société civile et des opposants politiques, notamment Morgan Tsvangirai, président du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), principal parti d’opposition. La police avait également tué par balles un militant de la National Constitutional Assembly (NCA, Assemblé constitutionnelle nationale), Gift Tandare, qui avait l’intention de participer au rassemblement de prière. Aucune charge n’avait été retenue contre les personnes arrêtées lors du rassemblement de prière.

Témoignages de victimes lors de la cérémonie de commémoration

Le 12 mars 2008, lors d’une cérémonie de commémoration organisée dans un hôtel du centre de Harare par le MDC et la société civile, plusieurs victimes d’actes de tortures ont raconté les supplices qui leur auraient été infligés par certains des policiers zimbabwéens qui ont perturbé la réunion. «Quelques collègues et moi-même sommes partis de la réunion pour aller à un poste de police ; nous voulions voir si tout allait bien pour certains de nos collègues qui, nous avait-on dit, avaient été arrêtés en venant à la réunion de prière», a raconté Sekai Holland, 65 ans, secrétaire de la recherche au MDC. A son arrivée au poste, a-t-elle poursuivi, certains policiers lui ont demandé si elle ne ferait pas mieux d’être à la maison et de jouer avec ses petits-enfants. «J’ai répondu en disant : ’Le président Robert Mugabe [aujourd’hui âgé de 84 ans] ne ferait-il pas mieux d’être à la maison et de jouer avec ses petits-enfants ?’ C’est alors que cinq policiers ont commencé à me frapper au moyen de matraques en caoutchouc à cinq endroits différents du corps, sans jamais manquer leur cible. Lorsqu’ils se furent lassés, cinq autres policiers ont pris la relève.» Sekai Holland affirme avoir eu des cotes cassées et avoir dû être transportée en Australie pour recevoir un traitement spécial. Ses blessures n’ont pas encore complètement guéri.

Gladys Hlatshwayo, coordinatrice de la Coalition Crisis in Zimbabwe, qui regroupe quelque 500 organisations non gouvernementales et de défense des droits de la personne, a déclaré qu’elle a été torturée et détenue avec 50 autres personnes, y compris le président du MDC Morgan Tsvangirai et le président de la NCA, Lovemore Madhuku.

Selon elle, les événements qui ont eu lieu il y a un an sont historiques, car ils ont permis de faire admettre à la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) l’existence d’un problème au Zimbabwe. En mars 2007 à Dar es-Salaam, capitale économique de la Tanzanie, un sommet des chefs d’Etat des 13 pays de cette organisation régionale avait confié au président sud-africain Thabo Mbeki le rôle de médiateur entre le gouvernement zimbabwéen et l’opposition, représentée par le MDC. «Ces pourparlers n’ont rien résolu. Des civils innocents continuent d’être victimes de violences», pouvait-on lire dans un communiqué de la Campagne pour sauver le Zimbabwe du 7 mars.

Inamovible président Mugabe

Les négociations multipartites arbitrées par Thabo Mbeki ont échoué lorsque Robert Mugabe a rejeté les demandes faites par le MDC en faveur d’une nouvelle constitution conçue pour le peuple. Le président Mugabe a également refusé de repousser les élections présidentielle, parlementaire et locales prévues pour le 29 mars de manière à donner du temps pour mettre en oeuvre certains accords à la fin des négociations.

«Les événements du 11 mars 2007 ont endurci certains d’entre nous. Je ne peux pas oublier ce jour, car j’ai vu beaucoup de gens baignant dans une mare de sang», a déclaré le président du NCA Lovemore Madhuku pendant les commémorations. Le 29 mars, «allez voter mais souvenez-vous que le dictateur peut faire n’importe quoi pour rester au pouvoir. Nous luttons contre une dictature qui est prête à tuer en plein jour.» (apic/eni/js)

27 mars 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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