La quête en faveur d’un autocrate impopulaire
Zimbabwe: Eglise évangélique violemment critiquée pour un don au président Mugabe
Harare, 22 mars 2004 (Apic) Le pasteur Tom Deuschle, leader du mouvement évangélique «Hear the Word Ministries», a fait scandale en remettant 30 millions de dollars zimbabwéens au très contesté chef de l’Etat zimbabwéen. Le responsable pentecôtiste affirmé pour sa défense que ce geste a «ouvert la voie au dialogue et poussé le président Mugabe à admettre ses échecs».
Si le montant de la somme est plutôt symbolique (quelque 9’000 francs suisses), ce geste intervient alors que de nombreux leaders religieux d’Afrique australe dénoncent depuis des mois le silence «honteux» des leaders politiques de la région devant les violations des droits de l’homme au Zimbabwe. Beaucoup ressentent comme une trahison le fait que le chef d’une Eglise évangélique fasse la quête pour le président Mugabe.
Dirigé par des évêques anglicans et catholiques romains du Zimbabwe et d’Afrique du Sud – notamment l’archevêque catholique de Bulawayo, Pius Ncube, connu pour ses dénonciations courageuses – , «Solidarity Peace Trust» relèvent que les leaders politiques qui font preuve de solidarité avec le président Robert Mugabe et son régime «ferment les yeux sur la souffrance de citoyens zimbabwéens ordinaires».
Engager Mugabe sur la voie du dialogue
«En remettant ce don au président, notre but n’était pas d’approuver sa politique mais de l’engager sur la voie du dialogue», a déclaré le pasteur Deuschle à l’hebdomadaire «Zimbabwe Independent». «Ce don est sans précédent dans ce pays et le président l’a reconnu.» Depuis quelques années, les cas de violations se multiplient au Zimbabwe. Il y a trois ans, le gouvernement de Robert Mugabe a entamé une réforme agraire hasardeuse et souvent violente conduite par les partisans de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF). Ceux-ci ont occupé des fermes qui appartenaient à des fermiers blancs.
Tom Deuschle a précisé que Robert Mugabe avait «publiquement admis que son gouvernement avait échoué dans les domaines de l’économie, de la réforme agraire et d’autres problèmes nationaux. C’est une grande révélation et confession faite par le chef de l’Etat et nous pouvons donc aller de l’avant.» Le pasteur et son Eglise, auparavant connue comme l’Eglise Rhema, ont été vivement critiqués après la parution dans un journal local d’un article sur ce don fait au président, révèle l’agence de presse oecuménique ENI basée à Genève.
«Avoir le pasteur Deuschle dans sa poche est utile pour Mugabe qui, à côté de ses discours souvent effrayants, emplis de haine, trouve parfois utile de prononcer des discours à consonance religieuse», écrit ainsi le journaliste Chido Makunike dans le «Zimbabwe Independent». L’Eglise du pasteur Deuschle compte parmi ses fidèles des hommes d’affaires, des musiciens, des personnalités connues du monde de la mode et du sport.
Le pasteur a déclaré au journal qu’il espérait que ce geste de l’Eglise déboucherait sur un dialogue national impliquant le gouvernement, les partis d’opposition et les groupes de la société civile.
Une précédente initiative prise par trois dirigeants religieux en vue de faciliter le dialogue entre le gouvernement et l’opposition avait échoué l’an dernier, des représentants du ZANU-PF, le parti au pouvoir, ayant accusé ces responsables d’être des «militants de l’opposition portant l’habit religieux». (apic/eni/be)



