En échange de leur silence
Zimbabwe: L’archevêque Ncube accuse le gouvernement soudoyer des membres du clergé
Le Cap, 1er mars 2004 (Apic) Mgr Pius Ncube, archevêque catholique de Bulawayo, affirme que de nombreux membres du clergé au Zimbabwe ont été soudoyés afin qu’ils gardent le silence sur les violations des droits de la personne perpétrées par le gouvernement du président Robert Mugabe.
L’Eglise est divisée par le président Robert Mugabe qui utilise, selon l’archevêque de Bulawayo, «une stratégie visant à acheter certaines Eglises et certains prêtres et évêques». Au sein de l’Eglise catholique, a- t-il affirmé, quatre évêques critiquent l’administration et quatre ne le font pas. La situation est semblable pour l’Eglise anglicane.
Mgr Ncube a fait ces remarques durant une visite en Afrique du Sud au correspondant de l’agence de presse oecuménique ENI, qui lui a demandé si l’Eglise avait fait assez pour s’opposer au gouvernement de Robert Mugabe. Les initiatives de Njongonkulu Ndungane, archevêque anglican du Cap, en Afrique du Sud, qui a tenté d’appeler Robert Mugabe à négocier avec l’opposition dans son pays, se sont soldées par un échec.
Silence de nombreux prêtres et pasteurs acheté par Mugabe
Pour l’archevêque Pius Ncube, de nombreux prêtres et pasteurs ont été achetés en échange de leur silence sur les atrocités et abus des droits de la personne et les méfaits du gouvernement. Des fermes confisquées aux fermiers blancs leur ont été offertes en échange de leur silence. Une proposition semblable lui a été faite, qu’il a refusée.
L’archevêque estime que négocier avec l’opposition ou quelqu’un d’autre pour résoudre l’impasse politique dans lequel se trouve le pays, gangrené par l’inflation et la famine, «n’intéresse» pas le président Mugabe, dont le seul désir est de rester au pouvoir.
«Ces trois dernières années, des évêques zimbabwéens ont fait tout leur possible pour que Robert Mugabe parle à l’opposition. Ils l’ont fait, ils ont rencontré tous les ambassadeurs au Zimbabwe et visité Thabo Mbeki, Joaquim Chissano, Bakili Muluzi et Sam Nujoma (qui étaient alors présidents de l’Afrique du Sud, du Mozambique, du Malawi et de la Namibie), et tout ceci sans résultat», a expliqué Mgr Ncube à l’ENI.
«Ils ont rencontré des représentants de l’Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) 45 fois et du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) 41 fois afin d’instaurer le dialogue», a-t-il constaté. Ce fut sans résultat parce que Robert Mugabe n’est pas intéressé par la négociation et veut rester au pouvoir en recourant à l’armée, aux mensonges, à la manipulation et à la tricherie». (apic/eni/be)



