Ne pas fermer les yeux sur l’injustice
Zimbabwe: L’archevêque Ncube dénonce le soutien de l’Eglise au président Mugabe
Harare, le 25 mai (ENI) L’archevêque catholique zimbabwéen Pius Ncube lance une mise en garde à sa propre Eglise. Si elle continue de soutenir un gouvernement injuste et enclin à recourir à la violence, elle risque de perdre la confiance du public, estime le prélat.
Dans un article publié dans la dernière édition de Catholic Church News, magazine de la Conférence épiscopale du pays, l’archevêque Ncube, de Bulawayo à 430 kilomètres au sud de Harare, écrit que l’Eglise ne devrait pas fermer les yeux sur l’injustice et qu’elle devrait risquer de se rendre impopulaire en remettant en cause des structures injustes.
De nombreux Zimbabwéens estiment pour leur part que les Eglises et les organisations qui y sont rattachées n’ont pas su remettre en cause les politiques et pratiques du gouvernement du président Robert Mugabe.
Depuis février de l’an dernier, le Zimbabwe a connu plusieurs explosions de violence, la plupart déclenchées par des partisans du parti au pouvoir – Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) – et ceux qui se présentent comme les vétérans de la lutte de libération pour l’indépendance dans les années 70. La violence était dirigée contre les fermiers blancs, les sociétés possédées par des blancs et les partisans du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), majoritairement noir. Au moins 30 personnes ont été tuées durant ces violences. Le gouvernement, qui exproprie des fermes appartenant à des blancs pour y installer des noirs selon un programme de redistribution des terres, a été accusé d’encourager les violences.
Accusé d’ingérence dans les affaires politiques
Des précédentes déclarations de l’archevêque Ncube lui avaient valu d’être accusé d’ingérence dans les affaires politiques. L’an dernier, il n’a pas été autorisé à célébrer une messe à la mémoire du vice-président Joshua Nkomo. Robert Mugabe aurait, semble-t-il, menacé de ne pas venir si Mgr Pius Ncube devait célébrer la messe.
L’archevêque de Bulawayo figure parmi les sept évêques catholiques qui, il y a deux semaines, ont publié une lettre pastorale critiquant le recours à la violence prôné par le président Mugabe et l’indulgence dont il fait preuve face aux actions illégales des vétérans.
Les commentaires de l’archevêque dans la revue de la conférence épiscopale contrastent fortement avec les positions prises par le nouvel évêque anglican de Harare, Nolbert Kunonga, qui s’est prononcé avec enthousiasme en faveur du programme de redistribution des terres. L’évêque anglican n’a pas manqué de critiquer l’ingérence des gouvernements occidentaux dans les affaires des nations africaines. De nombreuses nations européennes, notamment la Grande-Bretagne, ont dénoncé les violations des droits de la personne perpétrées au Zimbabwe l’an dernier. (apic/eni/bb)



