Les Eglises en appellent au respect de l’indépendance des juges

Zimbabwe: Le gouvernement reproche à la Cour suprême de soutenir les fermiers blancs

Harare, 19 mars 2001 (APIC) Le gouvernement et le parti au pouvoir – l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) – exercent sur les juges du pays des pressions inacceptables, estiment plusieurs responsables d’Eglise zimbabwéens. Le gouvernement reproche en particulier à la Cour Suprême ses sympathies pour les fermiers blancs, opposés au programme de réforme agraire du président Mugabe.

La Commission catholique «justice et paix» (CCJP) a constaté avec inquiétude que les juges de la Cour Suprême étaient en butte à des pressions pour les pousser à démissionner. C’est inacceptable, estimeTarcicius Zimbiti, directeur de la CCJP.

L’Union baptiste du Zimbabwe a elle aussi lancé un appel au gouvernement. L’Union baptiste du Zimbabwe demande pour sa part au gouvernement de s’abstenir de toute intimidation politique, de rétablir l’autorité de la loi, de respecter l’indépendance des juges, leur intégrité et leur impartialité.

Le gouvernement de Robert Mugabe accuse de nombreux juges de la nation d’avoir une mentalité rhodésienne, allusion au régime blanc qui a pris fin il y a plus de 20 ans. «Nous devons exorciser de toutes nos institutions le fantôme raciste de l’ancien Premier ministre Ian Smith et écarter ses disciples et partisans», a lancé le ministre de la Justice, Patrick Chinamasa. Ce qui a provoqué au Zimbabwe et à l’étranger, une vague de déclarations pour défendre la magistrature.

Vague de soutien à la magistrature du Zimbabwe

Le 25 janvier, le Rapporteur spécial des Nations Unies chargé de l’indépendance des juges et avocats, Param Cumaraswamy, a publié un communiqué attirant l’attention du gouvernement sur le deuxième principe de base des Nations Unies quant à l’indépendance des juges: les juges doivent en effet pouvoir s’acquitter de toutes leurs fonctions professionnelles sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence. La Commission internationale des juristes à Genève a approuvé ce communiqué du Rapporteur spécial.

La Cour Suprême du Zimbabwe subit des pressions de la part du gouvernement de Robert Mugabe depuis quelques semaines. Son président Anthony Gubbay ainsi que le juge Nicholas McNally sont blancs, le juge Ahmed Ibrahim est d’origine asiatique et les juges Simbarashe Muchechetere et Wilson Sandura sont noirs.

Taxés d’être opposés aux réformes agraires

Le gouvernement reproche en particulier à la Cour Suprême ses sympathies pour les fermiers blancs, opposés au programme de réformes agraires du président Mugabe qui veut que ces les terres possédées par les blancs soient données aux Zimbabwéens noirs. Le gouvernement est aussi irrité par une décision récente de la Cour, favorable, à ses yeux, au Mouvement pour un changement démocratique (MDC) – premier parti menaçant l’hégémonie du ZANU-PF du président Mugabe, au pouvoir depuis 21 ans.

Patrick Chinamasa a exercé des pressions sur les juges Gubbay, Mcanally et Ibrahim pour les forcer à partir. Les vétérans de la lutte de libération du Zimbabwe ont proféré des menaces contre les juges.

Les juges McNally et Ibrahim ont refusé de démissionner. Toutefois, après des mois de pressions et de diffamation, le juge Gubbay, âgé de 68 ans, a accepté de partir immédiatement. Il s’est attiré le mécontentement du gouvernement par une décision qui a fait date: il a en effet condamné la violence et les occupations de plus de 1’700 fermes par les vétérans. «Des violences ont été commises, avait déclaré le juge, et continuent. Les actions perpétrées ces neuf derniers mois doivent être condamnées.»

«De bons serviteurs du pays»

Selon le directeur de la Commission «justice et paix», Tarcicius Zimbiti, les juges Gubbay et Ibrahim ont bien servi le pays et le juge Nicholas McNally, ne s’est jamais compromis avec le régime raciste. Durant la période coloniale, il n’a pas hésité à défendre des prêtres chrétiens menacés de la peine de mort pour `ne pas avoir dénoncé des terroristes». De nombreux militants des droits de l’homme et le MDC reprochent à certaines Eglises de ne pas critiquer le gouvernement. Une caricature publiée dans un quotidien a même montré une Eglise léchant les bottes sales du gouvernement.

Mais selon Densen Mafinyane, secrétaire général du Conseil des Eglises du Zimbabwe, qui regroupe les grandes Eglises protestantes, «l’Eglise n’a jamais hésité à s’exprimer, depuis la Conférence de Lancaster House qui a conduit à l’indépendance en 1980, jusqu’à ce jour. Le problème est que certains voudraient que l’Eglise parle sans s’informer. (…) Nous croyons en la réconciliation. Les politiciens sont choqués par les jugements de la Cour mais les juges ne font qu’interpréter les lois votées par les politiciens. Les pouvoirs exécutif et judiciaire doivent régler leurs problèmes à l’amiable.» (apic/eni/mjp)

19 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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