Aux barricades contre la nouvelle loi imposée par Mugabe

Zimbabwe: Les Eglises dénoncent les restrictions imposées à la liberté de rassemblement

Harare, 27 février 2002 (APIC) Les représentants de quinze Eglises réunis à Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, ont condamné une nouvelle loi qui restreint entre autres la liberté de rassemblement pour les Eglises et les organisations civiques.

Les responsables religieux ont aussi demandé aux deux principaux partis politiques – l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF) et le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) – de s’abstenir de toute violence avant les élections présidentielles du mois prochain. Durant ces élections, le président Robert Mugabe, plus aux abois que jamais, se trouvera face au défi le plus difficile de ses 22 ans de pouvoir.

Une déclaration publiée à l’issue de la rencontre des leaders religieux du 20 février condamne la nouvelle loi sur l’ordre public et la sécurité, qui interdit les rassemblements non autorisés et affecte toutes les réunions religieuses à l’exception des services.

«L’Etat n’a aucun droit de nous interdire de prier et de nous empêcher de tenir des rassemblements pacifiques «, écrivent les responsables d’Eglise. «Au nom de nos communautés, devoir demander l’autorisation à l’Etat pour tenir des rassemblements de prières en public nous est insupportable. Nous sommes préparés à accepter les conséquences alors que le monde nous observe», ajoutent-ils en suggérant qu’ils sont prêts à défier la loi.

Les responsables représentaient plusieurs traditions – entre autres catholique romaine, anglicane, évangélique luthérienne, presbytérienne et la Foi apostolique. Ils exhortent les partis politiques à s’abstenir de toute violence avant les élections présidentielles, disant que celles-ci ont déjà causé la mort d’au moins 100 personnes et le déplacement de quelque 60’000 familles depuis deux ans.

Attaques verbales contre l’archevêque de Bulawayo

«La violence est inacceptable et non chrétienne et elle doit cesser immédiatement». «Nous rejetons vigoureusement l’idée selon laquelle il est acceptable d’agresser, de violer, de torturer, d’intimider et harceler des citoyens pacifiques qui ne font qu’accomplir leurs taches quotidiennes et légitimes». Les représentants d’Eglise dénoncent également la description de certains responsables d’Eglise présentés par des médias contrôlés par l’Etat comme des marionnettes au service de gouvernements et organismes étrangers «comme si nous, les Zimbabwéens, n’étions pas capables de penser pour nous-mêmes».

Les responsables religieux faisaient apparemment référence à une série d’attaques publiées par le journal «Chronicle» contre l’archevêque catholique de Bulawayo, Pius Ncube.

L’archevêque avait été accusé publiquement par le président Mugabe d’avoir joué un rôle dans la défaite de la ZANU-PF dans la province du Matabélé lors des élections parlementaires de juin 2000.

Il est en outre reproché à la police d’appliquer de façon partiale la nouvelle loi concernant les rassemblements publics. Le 24 février, Le MDC a déclaré que la police avait invoqué des paragraphes de la nouvelle loi pour interdire au moins 64 rassemblements que le parti d’opposition voulait tenir la semaine dernière dans le cadre de la campagne électorale. Or, le parti du président Mugabe, la ZANU-PF a apparemment pu organiser des rassemblements sans aucune restriction.

Amendes et prison

A la mi-février, 11 responsables religieux qui avaient entamé une marche pour la paix à Bulawayo ont été arrêtés et détenus pour avoir enfreint les clauses de la Loi sur l’ordre public et la sécurité. Ils ont été libérés contre versement d’une caution de 1’000 dollars zimbabwéens chacun par décision du tribunal.

Le prêtre anglican Noël Scott, l’un des organisateurs de la marche, a eu son passeport confisqué. S’ils sont déclarés coupables, les ecclésiastiques encourent une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à six mois ou une amende de 10’000 dollars zimbabwéens, voire les deux. (apic/eni/pr)

27 février 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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