Le parti du président Mugabe boycotte la rencontre
Zimbabwe: Les Eglises tentent une conciliation pour endiguer la violence
Harare, le 28 avril 2000 (APIC) Le parti politique du président Robert Mugabe, le ZANU-PF, refuse de participer à la réunion convoquée mercredi par le Conseil des Eglises du Zimbabwe (ZCC) pour tenter de freiner l’escalade de la violence politique qui, à ce jour, a fait dix morts et plusieurs blessés.
Le ZCC, principale organisation des Eglises du pays, a organisé cette rencontre en vue d’aider les leaders politiques à s’engager à faire cesser les affrontements. Ces violences ont entraîné la mort de Blancs et de Noirs. Elles ont éclaté entre des partisans du ZANU-PF et des membres du Mouvement pour changement démocratique (MDC) de Morgan Tsvangirai, qui s’oppose au régime de Robert Mugabe. Ce dernier est au pouvoir depuis 20 ans. Des élections législatives devraient avoir lieu ces prochains mois.
Selon certaines sources au sein du ZCC, le secrétaire de l’administration nationale du ZANU-PF, Didymus Mutasa, a déclaré que son parti ne peut s’asseoir aux cotés de représentants du MDC. Morgan Tsvangirai, un ancien leader syndicaliste, était présent à la réunion. A l’issue de la réunion des représentants du clergé et des politiciens ont reconnu la nécessité du dialogue et de la tolérance envers les autres par tous les partis politiques.
Pour le Zanu-PF, «Le Conseil des Eglises a une attitude partisane»
La même source a ajouté que le ZANU-PF estime que le Conseil des Eglises du Zimbabwe a une attitude partisane en raison de sa participation active dans l’établissement de l’Assemblée Constitutionnelle nationale (NCA), qui a fait campagne contre un projet de constitution présenté par le gouvernement. Le ZCC a retiré ultérieurement son soutien à la NCA, lui reprochant sa politique partisane et soulignant la nécessité pour le ZCC d’avoir une position impartiale en politique.
«Le ZANU-PF ne pardonnera jamais au ZCC cette attitude. Au sein du ZCC, certains estiment que cette association n’aurait jamais dû avoir lieu. Le rôle du ZCC est d’aider les Eglises et cela s’arrête là», a ajouté cette même source. A un journaliste qui lui demande pourquoi le parti au pouvoir n’est pas venu à la réunion organisée par les Eglises, Didymus Mutasa a répondu: «Les décisions du ZANU-PF ne sont pas prises par d’autres. Pourquoi devrions-nous participer? Nous étions seulement invités et nous avons le droit de refuser.»
Référendum national sur la Constitution
La violence s’est étendue au Zimbabwe depuis février, lorsque le projet de Constitution du gouvernement a été rejeté à l’issue d’un référendum national. Peu après, des anciens combattants de la guerre des années 70 du Zimbabwe contre le régime blanc ont commencé à occuper des fermes possédées par des blancs.
Les fermiers blancs possèdent la plus grande partie de la terre arable du pays. Les vétérans, dont la plupart soutiennent le ZANU-PF, ont occupé plus de 600 fermes. Mais plusieurs observateurs laissent entendre que certains d’entre eux sont trop jeunes pour avoir participé à la guerre d’indépendance.
A Genève, le Conseil oecuménique des Eglises (COE) et la Fédération luthérienne mondiale (FLM) ont proposé d’envoyer une équipe pastorale au Zimbabwe afin de soutenir le Conseil des Eglises du Zimbabwe dans ses efforts en vue de promouvoir, par ses orientations éthiques, la saine gestion des affaires du pays.
Dans une lettre commune adressée le 25 avril au secrétaire général du ZCC, le pasteur Ishmael Noko, théologien zimbabwéen et secrétaire général de la FLM, et le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE, se réfèrent à «ce temps de décisions cruciales pour la nation» face à la récente vague de violence et aux tensions politiques.
Dans une proposition en six points, les pasteurs Raiser et Noko expriment leur «conviction profonde» qu’on ne peut démocratiser la propriété des terres qu’en garantissant «leur juste répartition dans le cadre d’une réforme foncière clairement définie, équitable et démocratique». A cet égard, les Eglises ont l’obligation morale et spirituelle de donner des orientations et de promouvoir et défendre les droits de tous, en particulier des sans-pouvoir, des sans-voix et des marginalisés. (apic/eni/mk)



