Faire preuve de courage pour éviter la justice sélective
Zimbabwe: Un évêque appelle les juges à résister aux pressions politiques
Harare, 22 janvier 2003 (APIC) L’évêque Cephas Mukandi, chef de l’Eglise méthodiste du Zimbabwe, a exhorté les juges et magistrats de son pays à résister aux pressions politiques. Il leur demande de «faire preuve de courage pour éviter la justice sélective».
«Nous devons éviter une justice sélective qui traite d’autres enfants de Dieu comme des citoyens de deuxième classe», a dit l’évêque lors de l’ouverture de l’année civile à la Cour suprême de Harare le 13 janvier.
La Commission internationale des juristes (CIJ) et un enquêteur des Nations Unies sur les droits de la personne ont accusé le parti du gouvernement, l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), de s’immiscer dans les affaires judiciaires et de nommer ses partisans à la Cour suprême.
En 2001, le gouvernement a augmenté le nombre des juges de la Cour suprême de cinq à neuf. Puis ce nombre a été réduit à cinq après le départ du président du tribunal, Antony Gubbay, et des juges Nicholas McNally et Ali Ebrahim, poussés à la démission, et après le décès d’un autre juge, Simbarashe Muchechetere, en décembre 2001.
Patrick Chinamasa, ministre de la Justice et des Affaires légales et parlementaires, avait accusé les trois juges de servir les intérêts des fermiers blancs, car ils considéraient comme illégales les occupations de fermes encouragées par le gouvernement au début de l’année 2000 par des anciens combattants et sympathisants de la guerre de libération des années 70. Le ministre avait alors averti que le gouvernement ne pouvait plus garantir la sécurité des juges.
Les anciens combattants menacent les juges
Selon le rapport 2002 de la Commission internationale des juristes sur la justice au Zimbabwe, les anciens combattants ont menacé de «recourir à la violence» pour chasser les juges de la Cour suprême et certains magistrats d’autres tribunaux.
Devant les juges et les magistrats présents le 13 janvier, l’évêque Mukandi a aussi déploré la détérioration de la situation économique du pays, en la mettant sur le compte de la famine qui affecte l’Afrique australe, et de l’incapacité du gouvernement Mugabe à rétablir l’autorité de la loi depuis le début des occupations des fermes. La stagnation de l’économie a aussi entraîné des pénuries de produits de base, empêché la distribution des services, et favorisé un marché noir florissant.
«Une nation, autrefois riche de promesses, est aujourd’hui devenue la nation des files d’attente», a lancé l’évêque Mukandi. «Les produits de base sont devenus rares et des milliers de Zimbabwéens sont menacés par la famine. L’économie, qui était autrefois prospère, tombe en ruines.» (apic/eni/bb)



