Prostitution, trafic humain et viol: des crimes contre l’humanité

Zoug: Sr Lea Ackermann a présenté son action aux Soeurs de Menzingen

Bernadette Kurmann / Apic – Traduction: Bernard Bovigny

Menzingen, 25 juillet 2007 (Apic) Le nom de «Soeur Lea Ackermann» est associé en Afrique et en Allemagne à la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des enfants. Durant toute sa vie adulte, elle s’est battue aux côtés des femmes en détresse. Elle a témoigné récemment de son engagement lors du chapitre général des Soeurs de Menzingen.

«La violence contre les femmes ne connaît pas de frontières. Là où des femmes doivent lutter pour leur survie, elles sont exploitables», affirme Sr Lea Ackermann, fondatrice du mouvement «Solidarité avec les femmes en détresse» (Solwodi), lors de son intervention à Menzingen. Cette membre de la congrégation des «Soeurs Blanches» (ou Soeurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique) a dénoncé sans équivoque la prostitution – elle part du point de vue qu’aucune femme ne s’y adonne en toute liberté -, le trafic humain et le viol: «Ce sont des crimes contre l’humanité».

Tout cela a peu à voir avec le sexe, mais beaucoup avec le pouvoir et son utilisation abusive. En fait, le pouvoir est quelque chose de positif, soutient-elle, avant d’ajouter: «Mais malheureusement peu savent en faire un bon usage. Les gens sont influençables, et le pouvoir se transforme vite en violence».

Indifférence face à la prostitution

Pour ce qui est de la prostitution et de la prostitution forcée, cela touche avant tout la violence physique, psychique et sexuelle, affirme Sr Lea, engagée depuis plusieurs décennies dans ce domaine. Elle est encore et toujours déçue de constater que le commerce des femmes est pris si peu au sérieux. La société s’emballe avec des thèmes comme la drogue, le trafic d’armes, la criminalité sur ordinateur et bien d’autres encore. Mais on se montre indifférent face à la prostitution. «Là derrière se cache toujours le point de vue selon lequel les femmes apprécient cela d’une façon ou d’une autre.»

La prostitution et la prostitution forcée ne touchent pas que le Tiers-monde. Dans chaque pays il existe une couche de population pauvre, laquelle est composée à 80% de femmes et d’enfants. En Europe, on a tendance à porter son regard sur ce qui se passe ailleurs. «Ainsi, il n’est pas nécessaire de balayer devant sa porte», lance la religieuse, rappelant qu’en Suisse, selon une étude de l’Université de Lausanne, près de 40% des femmes ont subi durant leur vie au moins une fois un acte de violence physique ou sexuelle, ou en ont été menacées.

Beaucoup ne peuvent sortir de la prostitution

Lea Ackermann dénonce le point de vue selon lequel la prostitution est un métier en soi. «Un métier doit être valorisant, choisi librement, et comporte souvent aussi une valorisation. La prostitution entraîne au contraire un statut de dépendance et est toujours dégradante. Qui connaît ce milieu sait que la prostitution est toujours accompagnée de violence. Beaucoup de femmes qui y sont entrées ne peuvent plus en sortir à l’aide de leurs seules forces, affirme-t-elle.

Sr Lea situe la prostitution et la prostitution forcée en lien avec une société conçue par les hommes. «Là où les hommes possèdent la parole, leur pensée est logiquement adoptée.» Et les femmes sont malheureusement trop souvent entraînées dans la perspective de ceux qui ont le pouvoir. Le fait que dans les pays industrialisés quelques femmes occupent des postes importants donne l’impression d’une égalité des droits. «Mais il s’agit là d’une illusion», souligne-t-elle.

Dans les sociétés où davantage de femmes sont au pouvoir, la prostitution et la prostitution forcée sont traitées différemment. Sr Lea prend comme exemple la Suède: «Dans une société où se vit une égalité des droits, il n’est pas possible qu’une moitié de la population puisse acheter l’autre moitié»: cet argument est largement développé dans les pays du nord. Sur la base de cette réflexion, en Suède les clients des prostituées sont punis. Des sondages démontrent que dans ce pays, près de 80% de la population rejette maintenant la prostitution, souligne Sr Lea Ackermann. BK/BB

Encadré:

Association pour les femmes en détresse

Solwodi (SOLidarity with WOmen in DIstress) est une association supra-politique et supra-confessionnelle fondée par Sr Lea Ackermann. Elle est à la tête de sept centres de consultations en Afrique et douze en Allemagne, où les femmes en situation de détresse sont aidées. En Allemagne, Solwodi est aussi un lieu d’accueil pour les étrangères venues dans le pays à travers le tourisme du sexe, la traite humaine ou une agence matrimoniale. Lea Ackermann a ouvert en 1985 à Mombasa (Kenya) la première organisation de conseils et d’aide pour les femmes qui oeuvrent dans la prostitution à cause de la misère économique. En 2002, elle fonde Solgidi (Solidarity with Girls in Distress / Solidarité avec les filles en détresse), une institution qui permet à des jeunes filles d’accomplir une formation scolaire et professionnelle. Solwodi soutient aussi un projet en faveur des veuves et des orphelins au Rwanda.

Infos: www.solwodi.de

Encadré:

Une vie pour l’Afrique

Lea Ackermann, née en 1937, a d’abord travaillé comme employée de banque à Saarbrücken et Paris. En 1960, elle entre dans la congrégation des Soeurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique (ou Soeurs Blanches). Elle étudie les langues, la théologie, la pédagogie et la psychologie à Toulouse et Paris, et obtient un doctorat en pédagogie.

Son parcours professionnel la mène, de 1967 à 1970, à l’enseignement. Puis de 1970 à 1972, elle est directrice de l’école professionnelle pour femmes à Nyanza au Rwanda. De 1977 à 1984, elle est responsable de formation à Missio à Munich et doctorante en pédagogie sociale à l’Université catholique d’Eichstätt.

C’est en 1985 qu’elle fonde à Mombasa au Kenya le projet Solwodi (Solidarity with women in distress / Solidarité avec les femmes en détresse). Elle a reçu de nombreuses distinctions pour son engagement social et missionnaire, notamment la Croix du mérite national 1ère classe, la distinction d’honneur «Femme d’Europe», l’ordre du mérite du Land de Rhénanie-Palatinat, et le Prix Ketteler 2006.

Indication aux rédactions: Une photo gratuite de Sr Lea peut être commandée à l’agence Apic: kipa@kipa-apic.ch

(apic/bk/bb)

27 juillet 2007 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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