Cofinancement et article constitutionnel sur les religions

Zurich: Assemblée plénière d’hiver de la RKZ

Zurich, 8 décembre 2002 (APIC) L’assemblée plénière d’hiver de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ) s’est déroulée les 29 et 30 novembre au siège de son secrétariat à Zurich. Le cofinancement des institutions actives à l’échelon de l’ensemble de la Suisse ou des régions linguistiques, ainsi que l’article constitutionnel sur les religions soumis récemment au débat public par la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse ont constitué les thèmes centraux de cette rencontre.

Les décisions prises concernant le cofinancement des tâches supracantonales et supradiocésaines en 2003 ont marquées par la réduction de 500’000 francs de la somme affectée au cofinancement par le secteur Suisse de l’Action de Carême, laquelle est tombée à 2,7 millions de francs. De son côté, la RKZ a maintenu au même niveau sa participation au crédit global du cofinancement, soit la somme de 5,07 millions de francs, et elle compte l’augmenter de 200’000 francs l’année prochaine. De son côté, l’Action de Carême espère, elle aussi, pouvoir relever sa contribution. Avec ces fonds, la Conférence centrale et l’Action de Carême financent 55 offices et structures qui contribuent de manière déterminante à la cohésion de l’Eglise catholique en Suisse.

Au sein de ceux-ci sont rassemblés à la fois les diverses régions linguistiques, la direction de l’Eglise et la base des fidèles, les forces dites progressistes et celles dites conservatrices, des hommes et des femmes ainsi que les diverses générations, précise la RKZ dans son communiqué.. Maintenir ce large éventail est important pour une Eglise qui se veut ouverte à tous et aspire à ce qu’un maximum de personnes puissent s’y identifier. Parallèlement, les institutions cofinancées jettent des passerelles en direction de la société. Qu’elles s’activent au sein des médias, publient des contributions sur des sujets d’éthique sociale et économique, proposent des parcours de formation à des personnes intéressées par la religion ou se tenant plutôt en marge de l’Eglise, mènent des recherches dans le domaine de la sociologie religieuse, se préoccupent des besoins de la jeunesse ou luttent pour la condition des femmes dans la société, elles contribuent à ce que l’Eglise reste en lien avec le monde dans lequel se meuvent les gens d’aujourd’hui, continue le communiqué.

Afin d’assurer que les fonds alloués soient utilisés avec un maximum d’efficacité, il a été décidé de conclure des contrats de prestation avec les institutions subventionnées. De telles conventions ont été élaborées pour les prochaines années avec des institutions actives dans le domaine des médias et celui de la pastorale des jeunes.

Article sur les religions

En diffusant un rapport d’experts sur un projet «d’article sur les religions», la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse a relancé le débat sur les fondements constitutionnels des rapports entre l’Etat et les communautés religieuses. La RKZ salue cette initiative et souhaite formuler, en collaboration avec la Conférence des évêques, une position commune au sujet de la proposition d’article sur les religions. Dans cette question fondamentale du droit régissant la religion, elle attend de la part des évêques et de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse d’être associée aux discussions, cela sur pied d’égalité avec d’autres Eglises et communautés religieuses ainsi qu’avec les milieux politiques, souligne le communiqué.

La RKZ estime qu’un article sur les religions dans la Constitution fédérale ne devrait pas porter pas atteinte à la souveraineté des cantons en matière de réglementation des rapports entre l’Eglise et l’Etat et garantit entièrement aux organisations ecclésiastiques catholiques romaines de droit public leur droit à l’existence et la sauvegarde de leurs intérêts, estime la RKZ.

Participation active à la vie de l’Eglise dans son ensemble

Dans son exposé intitulé «Le concile Vatican II (1962-65), quarante ans après son ouverture», Albert Gasser, professeur honoraire d’histoire de l’Eglise à la haute école théologique de Coire et recteur de l’institut «Theologie für Laien», replaça l’événement du concile dans l’évolution générale de l’Eglise catholique romaine aux XIX e et XX e siècles, lors de son intervention durant la réunion de la RRKZ. Dans ce contexte, il affirma que celui-ci s’est produit dans la dernière phase d’une période de «haute conjoncture» de l’Eglise, unique dans son histoire. C’est par les trois termes «attente – désenchantement – déception» qu’il a résumé l’attitude actuelle vis-à-vis du concile, tout en précisant que ce refroidissement se serait de toutes façons produit avec ou sans Vatican II. Il n’y a dès lors pas lieu de l’imputer au concile.

En ce qui concerne l’évolution de la conception que l’Eglise nourrit d’elle- même, Albert Gasser évoqua un problème lié aux documents conciliaires eux- mêmes qui ne contiennent ni définitions dogmatiques ni concepts juridiques. Il en est résulté le dilemme suivant: «d’un côté le peuple de Dieu et la fonction épiscopale ont pris un éclat nouveau sur le plan spirituel, tandis que du point de vue juridique, les anciens schémas ont été maintenus tels quels». Le centralisme romain s’est renforcé plutôt qu’il n’a diminué. Or, cette volonté centralisatrice n’est pas seulement en contradiction avec le fédéralisme helvétique. Elle l’est également avec le principe de subsidiaire affirmé par la doctrine sociale de l’Eglise et la volonté d’inculturation, c’est-à-dire d’intégration dans l’Eglise des forces créatrices profanes, spirituelles et sociales du lieu.

«Des valeurs qui impliqueraient, sous nos latitudes, des éléments démocratiques», affirme Albert Gasser. En outre, ce centralisme, qui se manifeste avec acuité lors de la nomination des évêques par exemple, déroge en réalité à une longue tradition historique de l’Eglise. Dans les premiers temps de l’Eglise et au Moyen-Age, les structures ecclésiales se sont adaptées avec infiniment plus de souplesse aux données socioculturelles prévalant à l’époque. L’exigence conciliaire d’une «participation active» de tous à la vie de l’Eglise ne s’est pas traduite dans le droit canonique par un ancrage de droits de participation et de codécision des laïcs. «Il en est résulté que les structures de droit public ecclésiastique et la gestion des fonds par les laïcs à l’échelon paroissial et supraparoissial, cantonal et supracantonal ont été ressenties dans une certaine mesure comme un substitut à la séparation des pouvoirs dont l’absence est si amèrement regrettée dans le cadre de l’Eglise universelle. La dignité et la responsabilité des laïcs si souvent invoquées en référence au concile a certainement contribué au développement de ces éléments», explique encore le professeur.

Malgré des attentes non remplies et en partie trop élevées, malgré aussi une lassitude croissante face à l’Eglise et souvent une amère résignation, Albert Gasser tira un bilan positif de l’apport décisif qu’a représenté le concile: «Ce dernier a suscité une participation active à la vie de l’Eglise dans son ensemble, vie à l’égard de laquelle, de tous côtés, on s’est senti des responsabilités. Développé dans de telles proportions, ce phénomène a représenté une nouveauté absolue dans l’histoire de l’Eglise», conclut-il. (apic/rkzcom/sh)

8 décembre 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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