Manque de communication et de confiance au sein de l’Eglise
Zurich: Démission surprise d’Anne-Marie Holenstein, Directrice de l’Action de Carême
Zurich, 1er juin 2000 (APIC) La «profonde crise de confiance» entre le Conseil de fondation de l’Action de Carême – l’organe suprême de direction de cette importante oeuvre d’entraide des catholiques suisses – et la directrice Anne-Marie Holenstein, a provoqué la démission surprise de cette dernière lundi 29 mai. Mercredi, les protagonistes de cette affaire qui touche l’ensemble de l’Eglise suisse, se sont expliqués devant la presse à Zurich. Cette crise, qui porte atteinte à l’image de l’Eglise suisse, dénote un manque évident de communication et de confiance en son sein, relève-t-on du côté de plusieurs membres laïcs des organes dirigeants de l’Action de Carême.
Depuis 1995 à la tête de l’organisation, la directrice de l’Action de Carême, Anne-Marie Holenstein, 62 ans, a résilié son contrat de travail pour le 31 décembre 2000. Cette décision trouve ses raisons dans un conflit de loyauté entre ses convictions personnelles, non négociables, et le point de vue d’une partie importante du Conseil de fondation, composé de 16 membres, dont la moitié sont les évêques et les Abbés territoriaux. Les divergences portent sur l’orientation future de l’Action de Carême.
Divergences avec les évêques sur l’appartenance à l’Eglise et le concept de mission
«Il s’agissait aussi de savoir si les collaborateurs de l’Action de Carême sont vraiment attachés à l’Eglise catholique», a précisé mercredi Anne-Marie Holenstein. Les divergences portent aussi sur le concept de mission: l’Action de Carême a un concept ouvert, selon ses lignes directrices, mais je crains qu’il y ait une certaine tendance parmi les évêques à soumettre l’Action de Carême à une surveillance directe de ses activités, surtout dans le domaine de la pastorale et de la mission, et c’est contraire à l’histoire de cette ouvre d’entraide. » D’autres divergences portent encore sur les principes de direction de la Centrale de Lucerne. Le Bureau directeur du Conseil de fondation – présidé par Mgr Ivo Fürer, évêque de St-Gall – déplore officiellement ce départ. «Avec la directrice, il garantit que l’argent des donateurs continuera a être utilisé conformément aux règlements et aux buts de l’Action de Carême.»
«A l’Action de Carême, nous devons apprendre, dans des situation relativement complexes, à mieux communiquer ensemble, et il faut davantage de confiance», a déclaré mercredi Zeno Cavigelli, membre du Conseil de fondation et du Bureau directeur à la presse réunie nombreuse au centre paroissial «Liebfrauen» à Zurich.
Ne pas chercher la femme
«Ne faites pas de cette affaire une nouvelle histoire de femme victime dans l’Eglise catholique, car ce n’est pas du tout le cour du problème», a pour sa part insisté Anne-Marie Holenstein. La directrice démissionnaire de l’Action de Carême a relevé les différences de «culture de direction» qui se sont opposées. Il s’agit ici notamment de la conception de direction au sein d’une partie du Conseil de fondation que l’on trouve plutôt du côté de l’Eglise hiérarchique et la façon de diriger de la Centrale de Lucerne, qui fait appel à la délégation des compétences et des responsabilités. Il s’agit aussi de savoir quelle doit être la proximité entre l’Action de Carême et l’Eglise.
Des assertions dénuées de tout fondement
Pour Anne-Marie Holenstein, reprenant une expression de son prédécesseur Ferdinand Luthiger, il faut à la fois autant de proximité que de distance pour que l’oeuvre d’entraide puisse à l’avenir également «parler sa propre langue». Le conflit a débuté déjà en novembre 1998, quand certains évêques ont parlé d’une » profonde crise de confiance» lors d’une séance du Conseil de fondation. Pour eux, l’Action de Carême favorisait le secteur «coopération au développement» au détriment du secteur «travail pastoral» (» Mission «). Des dires au sujet du manque d’ «ecclésialité» à l’Action de Carême ont circulé.
On a même parlé de «sorties d’Eglise» de collaborateurs à des postes de responsabilité à la Centrale de Lucerne. Ces bruits colportés auprès du Conseil de fondation ont été pris pour argent comptant par certains. «Des peurs ou des assertions dénuées de tout fondement», déplore Anne-Marie Holenstein, qui ont créé un climat empoisonné «de méfiance mutuelle» également au sein du personnel de la Centrale, les collaborateurs se demandant «qui a bien pu dénoncer qui et auprès de qui ?».
En novembre 1999, le Conseil de fondation, après avoir déjà longuement discuté en avril sur les questions controversées de la «mission» et de «l’appartenance à l’Eglise», s’est mis d’accord à l’unanimité sur l’adoption de principes d’appartenance à l’Eglise des collaborateurs de l’Action de Carême. Celui qui travaille pour l’Action de Carême approuve l’Eglise catholique et «collabore loyalement» avec ses représentants compétents. On précise également que ceux qui traitent en particulier les projets du secteur «Mission» et les projets pastoraux suisses aient une bonne connaissance de l’Eglise catholique. Ces principes ont d’ailleurs toujours correspondu à la pratique de l’Action de Carême, précise Anne-Marie Holenstein.
Le rapport qui a fait déborder le vase
Le rapport qui a fait déborder le vase a été rédigé en novembre dernier par le groupe de travail «Mission» mandaté par le Conseil de fondation. Signé par deux de ses membres, Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion, et l’Abbé Georg Holzherr, d’Einsiedeln, il demandait, selon Anne-Marie Holenstein, sur la base de «reproches non fondés» et de dénonciations anonymes, le licenciement immédiat de Mark Schmid, chef du secteur Sud. Certes, le Conseil de fondation n’a pas suivi ces propositions, mais Mark Schmid ayant vu ses droits fondamentaux violés, il s’est finalement décidé à remettre sa démission et a quitté l’Action de Carême à la mi-janvier. «En accord avec le Conseil de fondation», a souligné Anne-Marie Holenstein.
Le rapport en question contient des formulations qui sont inquiétantes pour les activités futures de l’Action de Carême qui indiqueraient que l’on voudrait tendre à une «orientation tout à fait nouvelle» de l’oeuvre d’entraide et qui mettrait un terme à l’ouverture qui a toujours prévalu, affirme la directrice sortante. «En 40 ans d’existence, il y a eu à l’Action de Carême une grande liberté dans la collaboration avec les organisations partenaires au Sud – que ce soit avec des évêques et des organisations ecclésiales ou des groupes de base». C’est parce qu’elle n’est plus rien sûre du cours futur de l’Action de Carême, étant donné les rapports de force à l’intérieur du Conseil de fondation – «qui devenu pour moi imprévisible» – qu’elle a décidé de donner sa démission. Le dernier choc pour elle a été l’annulation par le Conseil de fondation «par des manoeuvres dépourvues de transparence » de l’élection à la présidence de la Commission administrative de l’Action de Carême de l’avocate lucernoise Ursula Sury.
Démission inattendue, pour Mgr Fürer
Mgr Ivo Fürer, président du Conseil de fondation , a relevé pour sa part qu’Anne-Marie Holenstein a été touchée humainement de manière presque insupportable par les difficultés à l’Action de Carême. Il a souligné l’engagement, l’efficacité et le professionnalisme avec laquelle la directrice sortante a menée l’oeuvre d’entraide. Son départ est «inattendu», pour le tout nouveau Bureau directeur qu’il préside, étant donné que les récentes décisions prises avaient déjà provoqué une amélioration de la situation. Concrètement, depuis la mi-janvier de cette année, le Conseil de fondation de 16 membres qui ne siège en règle générale que deux fois par an, et qui est «un organe de direction lourd», dispose d’un Bureau directeur, composé de Mgr Fürer, et de Mgr Norbert Brunner, du théologien zurichois Zeno Cavigelli et du professeur d’histoire Urs Altermatt, de Fribourg. Ce Bureau se rencontrera plus fréquemment.
Zeno Cavigelli a pour sa part insisté sur l’originalité de l’Action de Carême au sein de l’Eglise catholique suisse : «Il n’y a aucune autre institution de la sorte dans l’Eglise qui chaque année, dans le cadre de la campagne de carême, contribue àà façonner l’Eglise que l’Action de Carême ! » Le théologien zurichois a finalement parlé de l’Action de Carême comme d’une «perle de l’Eglise suisse» qui était très importante pour beaucoup, raison pour laquelle ses structures complexes sont très difficiles à manoeuvrer parce que le plus de milieux possibles y sont représentés. Ce qui provoque de la matière pour les conflits, que l’Action de Carême a toujours connus dans son histoire, «pourtant jamais de cette ampleur». Raison pour laquelle il faut davantage de communication et de confiance, car si l’Action de Carême ne résout par rapidement ce conflit, «ce serait une catastrophe ! » Rappelons que l’Action de Carême finance des projets en faveur de l’Eglise suisse pour un montant de 4,4 millions de francs (sur 30,1 millions). Le Bureau directeur du Conseil de fondation, avec la directrice sortante, garantit que l’argent de la collecte de carême et les dons continueront à être utilisés conformément aux règlements et aux buts de l’Action de Carême. (apic/com/ob/be)




