Difficile financement pour les tâches de l’Eglise au niveau suisse
Zurich: journée de travail de la Conférence centrale catholique (051293)
Zurich, 5décembre(APIC) Comment parvenir à financer les activités pastorales au niveau national lorsque l’argent manque et que le revenu des impôts ecclésiastiques s’en va prioritairement dans les caisses des paroisses? Tel est le défi sur lequel se sont penchés les participants à une
journée d’étude de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse
(CCCRS) à Zurich. En gros, les paroisses disposent de 700 millions de
francs, les Eglises cantonales de 70 millions, et l’Eglise suisse de 7 millions de francs, a expliqué Urs Zehnder, secrétaire de la CCCRS.
Les représentants d’une quarantaine d’organismes recevant des subventions de la CCCRS (plus connue sous son sigle allemand RKZ) ont débattu des
possibilités de meilleure coordination et des mesures d’économie. C’est à
Urs Zehnder qu’est revenu la tâche de présenter les défis financiers auxquels est confronté la CCCRS. La Conférence gère un budget de 7 millions de
francs, dont environ la moitié provient de la collecte de l’Action de Carême, le reste étant versé par les Eglises cantonales au titre de contributions volontaires. Mais attention: ce montant pourrait déjà être sérieusement amputé en 1994. «Il manque pour le moment 900’000 francs».
Il n’est donc pas possible d’assurer la compensation du renchérissement,
ni même peut-être de maintenir les montants actuels. Un réel effort d’économie et de rationalisation est donc nécessaire. En cas de suppression de
contributions inscrites, on veillera à informer suffisamment tôt les instances concernées, on en discutera avec l’autorité ecclésiale et tout sera
entrepris pour éviter les cas sociaux, assurent les responsables de la Conférence centrale.
Cette rencontre, la première du genre, n’a pas permis de fournir des réponses concrètes aux défis financiers. La prise de contact, l’information
et l’échange d’idées ont néanmoins donné quelques pistes de travail: continuer et renforcer l’information faite auprès des cantons lors de la campagne «Eglise solidaire»; améliorer la coordination entre les diverses instances (il n’est pas rare que deux ou plusieurs organismes s’occupent du
même secteur); rechercher davantage de fonds propres.
Vouloir suivre les lois du marché n’est cependant pas la seule logique
qui doit guider le travail pastoral, rappelle le Père Roland-B. Trauffer,
secrétaire de la Conférence des évêques suisses. Le professeur Alfred Dubach, directeur de l’Institut de sociologie pastorale de St-Gall (un des
principaux organes subventionnés par la Conférence centrale), a présenté
une analyse sociologique de la religion en Suisse, tant à partir de l’étude
«Croire en Suisse(s)», qu’à partir des résultats du recensement fédéral de
1990.
Dans le domaine religieux, le moi est devenu la référence, a-t-il rappelé, d’où le relativisme, le pragmatisme et le rapport moins fort avec les
Eglises. Il est nécessaire de revoir en conséquence les pratiques pastorales, de renforcer le lien entre la foi et la vie, de retrouver une identité
«corporative», dans le bon sens du terme, de tenir compte du pluralisme radical de la société et d’une certaine disparition des frontières entre les
confessions, et enfin de s’engager franchement pour le service des pauvres.
Au niveau ecclésial, il s’agit de revoir les structures de direction
inadéquates, de s’orienter vers une pastorale plus spécialisée. L’Eglise
doit pouvoir compter sur la créativité de ses membres et un dialogue ouvert
est vital pour elle, insiste le professeur Dubach. Les instances financées
par la Conférence centrale sont souvent en première ligne dans la confrontation entre l’Eglise et la société contemporaine, en particulier les organes actifs dans les médias, a-t-il noté.
Il n’y a pas que l’argent qui compte…
L’abbé Max Hofer, relatant l’expérience du diocèse de Bâle, a encouragé
tous les organes à entreprendre un processus d’analyse courageux. Le délégué pour la pastorale du diocèse de Bâle, a estimé qu’il faut réfléchir non
pas d’abord sur le financement, mais sur le sens de l’activité en regard
avec les commandements évangéliques et les signes des temps. Rappelant le
principe «voir-juger-agir», l’abbé Hofer souligne que la valeur du travail
pastoral ne se mesure pas en termes quantitatifs, mais dans la qualité de
la présence aux hommes. Cela nécessite le travail en «réseaux», dans un
esprit oecuménique.
De l’avis des participants, cette première rencontre constitue un point
de départ pour une réflexion qui devrait être plus large encore. (apic/mp)



