Les Eglises et le personnel soignant n’ont pas été entendus
Zurich: Le parlement de la ville ratifie l’autorisation de l’aide au suicide dans les EMS
Marie-José Portmann, APIC
Zurich,
(APIC) Le Parlement de la ville de Zurich a confirmé la décision de son exécutif d’autoriser l’aide au suicide dans les homes pour personnes âgées de la cité des bords de la Limmat, en rejetant, par 69 voix contre 40, une motion du Parti démocrate-chrétien demandant au Conseil municipal de revenir sur sa décision. Le législatif est ainsi resté sourd aux arguments des Eglises, des aumôniers et du personnel soignant zurichois.
Lors des débats du Parlement zurichois, relatés par la presse zurichoise de jeudi 8 février, le Conseil municipal a indiqué que deux parmi les 2’000 pensionnaires des EMS zurichois choisissaient chaque année de mettre fin à leurs jours par leurs propres moyens et qu’une personne âgée, voir deux, faisaient appel à une organisation d’assistance au suicide. Il a insisté sur le fait que ces morts volontaires étaient un fait avéré et qu’empêcher l’intervention d’organisations comme Exit» ou «Dignitas» était inhumain. Selon lui, deux tiers à trois quarts des pensionnaires concernés sont favorables à la nouvelle réglementation.
Le conseiller municipal évangéliste Willy Furter a pour sa part soutenu la motion PDC. Pour lui, la mort volontaire assistée contrevient aux principes de l’Evangile. «Nous vivons aujourd’hui comme par le passé dans un pays de culture chrétienne», a-t-il souligné. Interrogé par l’APIC, l’évêque auxiliaire de Coire responsables des fidèles de Zurich, Mgr Henrici, a regretté ce vote et répété que la ville de Zurich faisait fausse route.
Ecouter l’appel à l’aide derrière le désir de mort
Depuis le premier janvier, les pensionnaires des établissements pour personnes âgées peuvent recourir à l’assistance au suicide, pour autant qu’ils n’aient plus de domicile propre, qu’il n’existe aucun doute sur leur capacité de discernement, qu’ils ne fassent l’objet d’aucune forme de pression et qu’aucune autre prise en charge ne leur soit prescrite. Abrogeant une interdiction datant de 1987, la municipalité de Zurich est la première collectivité publique à autoriser la mort volontaire et accompagnée par des tiers dans les maisons de retraite. Même si elle continue d’interdire le suicide assisté dans les hôpitaux et les cliniques psychiatriques.
Au mois de novembre dernier, le secrétaire de la Commission Justice et Paix de l’épiscopat suisse, l’éthicien Christian Kissling a déclaré «inadapté et hautement discutable sur le plan éthique» de répondre à l’appel désespéré des patients en les aidant à mettre fin à leur jour. Selon l’éthicien, qui répondait à l’agence APIC, les expériences cliniques montrent que le désir de mourir exprimé par les malades chroniques et les vieillards est souvent un appel à l’aide, face à une solitude devenue insupportable et à de mauvais soins. Le théologien bernois s’est montré très clair: ce n’est en aucun cas le rôle des aumôniers catholiques d’aider les patients à suicider.
Vive préoccupation des aumôniers réformés et catholiques
Les équipes pastorales des EMS et des hôpitaux de la ville de Zurich ont renchéri au mois de janvier, reprochant à la municipalité de Zurich de ne pas tenir compte de la charge psychique – pour les personnes qui sont opposées à l’euthanasie – et du surcroît de travail qu’occasionneraient ces suicides accompagnés. Mieux vaudrait concentrer les forces sur des soins palliatifs de qualité – prévus du reste par le plan cadre de la santé zurichoise -, à l’heure des compressions d’effectifs et du plafonnement des ressources, estiment-ils.
Une délégation œcuménique composées du président du Conseil synodal de l’Eglise réformée, Ruedi Reich, de la conseillère synodale Irene Gysel, et de Mgr Peter Henrici, a relayé la position des aumôniers auprès du conseiller municipal Robert Neukomm, en charge du dossier. Le 22 janvier, la délégation œcuménique a fait part, de vive voix, de la préoccupation des aumôniers protestants et catholiques de voir le personnel des hôpitaux, directement confronté aux conséquences de l’autorisation du suicide dans les homes.
Le personnel impliqué contre son gré dans les suicides
Lors de rencontre avec le conseiller Robert Neukomm, la délégation œcuménique a mis en évidence la responsabilité du personnel d’encadrement dans l’évaluation de la capacité de jugement des pensionnaires des EMS. Il a souligné que cette démarche les impliquait, de facto et contre leur gré, dans des décisions pouvant aboutir au suicide.
Sans remettre en cause la liberté du patient de recevoir les visiteurs de son choix, les responsables ecclésiaux ont déclaré que la présence des associations d’assistance au suicide dans les foyers pour personnes âgées avait des retombées négatives sur l’ambiance des établissements médico-sociaux. Leur présence tend à renforcer la pression sur les personnes âgées pour qu’elles envisagent de mettre fin «dignement» à leurs jours. La délégation a aussi mis en cause l’absence de tout contrôle de l’activité de ces organisations. (apic/ats/ta/nzz/wm/mjp)



