Mgr Alexandre Ineichen – Basilique de l’Abbaye de Saint-Maurice, VS
Jetés dans le monde, nous subissons les outrages du temps. Nous regrettons un passé qui n’est plus. Nous espérons un avenir qui n’est pas encore. Nous méprisons un présent qui n’est pas ce que nous voudrions qu’il soit. Rien ne semble pouvoir donc nous soustraire au temps qui passe. Nous en souffrons toujours un peu.
Même la prière n’échappe pas à cette situation. La liturgie déploie ses mystères tout au long de l’année et chaque dimanche, chaque fête, nous célébrons la source et le sommet de notre foi : la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Pourtant, nous devons sans cesse reprendre les mêmes gestes, les mêmes paroles. Parfois, cela nous lasse et nous n’y prêtons plus l’attention qu’il faut. Pire, aucune émotion ne nous saisit vraiment. Tout n’est que routine, ennui.
Il en est de même dans notre combat spirituel contre le mal. Pour une bataille gagnée, combien d’affrontements perdus ! Nous retombons dans nos mêmes travers comme si la victoire est impossible, inatteignable. Nous capitulons. L’ennemi occupe notre âme. Nous résistons, mais, comme avec le temps, comme lors de trop de nos célébrations, nous partons vaincus et avons baissé notre garde.
Comment retrouver la grâce des sacrements que nous célébrons ? Comment croire en cette éternité que nous percevons de si loin ?
Cette situation tragique, mais humaine, incite à douter. Combien cette répétition reste-elle sourde à la miséricorde de Dieu ? Comment retrouver cette fraicheur, la grâce de chacun des sacrements que nous célébrons ? Comment croire en cette éternité, que nous percevons de si loin ? Comme Thomas, « si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté », alors l’éternité n’est qu’une chimère, nos célébrations que des ersatz d’émotions par trop émoussées, notre vie spirituelle, des batailles perdues.
Ainsi, le doute de Thomas, comme notre perplexité, est une conséquence de notre enracinement dans ce temps qui nous use, dans cette répétition forcée, dans ces défaites trop fréquentes. A force d’attendre, de croire sans voir, de nous convaincre malgré tout ce qui nous pousse à ne plus croire, notre bonheur s’étiole.
Pourtant, si le temps use notre foi, si nos célébrations manquent d’espérance, si notre vie intérieure est sans charité, si nous sommes comme les Apôtres enfermés, nous savons que le Verbe fait chair, le Christ ressuscité, Dieu, nous rejoint toujours comme dans l’Évangile de ce dimanche.
En effet, au jour de Pâques, le Christ venu dans le temps manifeste l’éternité. Au jour de Pâques, nous avons avec conviction célébré la résurrection de Jésus. Au jour de Pâques, les disciples d’Emmaüs, c’est-à-dire chacun d’entre nous, avons eu le cœur tout brulant tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures.
Le Fils du Père s’est révélé dans le temps pour nous partager son éternité
Malgré le poids des jours, malgré l’ennui, malgré notre incrédulité, huit jours plus tard, c’est-à-dire dimanche, le jour de la résurrection, il nous rappelle son éternité, sa miséricorde, son amour. Le Fils du Père s’est révélé dans le temps pour nous partager son éternité. Le Verbe, la Parole de Dieu, s’est fait signe pour nous donner la vie, pour nous donner sa vie. Le Christ est devenu mortel comme nous pour nous rendre immortels comme lui.
Il fallait donc qu’il apparaisse à Thomas pour nous convaincre du miracle de Pâque. Huit jours sont passés, mais ce n’est que l’unique jour que Jésus veut nous partager. Huit jours qui ne sont que le déploiement d’un unique jour, le jour du Seigneur, jour de joie et d’allégresse.
Alors, huit égale un. Dans le temps se manifeste pour nous l’éternité.
Chacune de nos célébrations réalise ce qu’elle signifie : le don de Dieu. Le pain et le vin, c’est le Corps et le Sang de Dieu.
Enfin, notre vie trouve dans la miséricorde divine, dans l’infinie miséricorde de Dieu la possibilité d’un pardon qui nous relève toujours et nous unit à l’unique bonheur : Dieu, éternel et tout-puissant qui de huit fait un ou d’un fait huit.
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En ce dimanche de la Divine Miséricorde, « d’un seul cœur », tournons-nous vers le Christ ressuscité et présentons-lui notre action de grâce et nos supplications.
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Béni sois-tu, Seigneur, toi le gardien de notre foi ! Nous te prions pour l’Église, née des sacrements de Pâques. Seigneur, comble-la de ta joie !
« La paix soit avec vous ! » Béni sois-tu, Seigneur, toi qui nous donnes ta paix ! Nous te prions pour les gouvernants, qu’ils cherchent la paix plutôt que la guerre.
« Dans sa miséricorde, Dieu le Père, nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts. » Béni sois-tu, Seigneur, toi qui nous donnes ta vie ! Nous te prions pour toutes les personnes qui traversent une épreuve. Ô Christ, comble-les de ta joie !
« Les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » Béni sois-tu, Seigneur, toi qui nous donnes la communion fraternelle et la persévérance ! Nous te prions pour les membres de notre communauté, de notre paroisse. Ô Christ, comble-les de ta joie !
Dieu Père de Jésus Christ et notre Père, ne laisse pas les portes de notre cœur se fermer du fait de l’incrédulité, mais ouvre-les toutes grandes à la présence de ton Fils. En ce premier jour de la semaine, qu’il vienne au milieu de nous et nous emplisse de sa joie, lui qui est vivant pour les siècles des siècles. Amen
Dimanche de la Divine Miséricorde
Lectures bibliques : Actes 2, 42-47; Psaume 117; 1 Pierre 1, 3-9; Jean 20, 19-31
