Homélie du Vendredi-Saint 3 avril 2026 (Jn 18,1 – 19,42)

Abbé Paulino Gonzalez – Eglise  Saint-Pierre, Fribourg

Méditation de la Croix fleurie
« Il n’y a pas de roses sans épines » ou bien, « il n’y a pas d’épines sans roses »

Chers frères et sœurs, chers auditeurs et auditrices,

            Cette expression populaire « il n’y a pas de rose sans épines » nous rappelle que toute belle chose, plaisir ou succès cache inévitablement un inconvénient ou une difficulté. Elle souligne aussi qu’aucun bonheur humain n’est parfait et que les aspects positifs s’accompagnent souvent d’un lot de désagréments. La « rose » représente la beauté ou ce qui est agréable, tandis que les « épines » symbolisent la peine ou les obstacles.

Nous voulons transformer cette métaphore par le geste symbolique que nous allons poser tout à l’heure en une : « il n’y a pas d’épines sans roses ». La croix fleurie est une invitation à découvrir que dans chaque douleur, dans chaque échec ou désagrément, nous pouvons mettre une fleur, une rose, signe de l’espérance qu’elle portera un fruit nouveau.

Jésus a transformé la croix, signe de mort, en un signe de vie

            Voilà donc le bois de la croix ! Voilà la croix douloureuse ! Voilà le signe du supplice et de la mort ! Jésus a voulu transformer la croix signe de mort en un signe de vie et de résurrection !

            Cette belle tradition de la croix fleurie nous invite à méditer la passion du Seigneur d’une manière particulière. Elle nous invite à voir comment le Christ a transformé le supplice de la croix en signe d’amour.

La croix, arbre de Vie

            Dans la tradition chrétienne, la croix a souvent été représentée comme l’arbre de Vie. Alors que Adam et Eve ont mangé du fruit de l’arbre interdit du jardin d’Eden, Jésus a dressé l’arbre de la croix dans le jardin de Gethsémani pour donner à l’humanité de se réconcilier avec Dieu.

            Dans la tradition arménienne, en particulier, la croix est représentée comme un arbre avec des feuilles et des branches pour nous rappeler cela. (Contrairement à la croix doloriste), la croix arménienne, souvent sculptée avec des extrémités épanouies, est symbole de la résurrection et la joie spirituelle. Les Khatchkars sont ces stèles, typiques de la culture arménienne. Elles sont des monuments sculptés uniques, souvent érigés pour le salut des âmes, la protection ou la commémoration. Chaque croix arménienne est unique, avec des motifs finement travaillés. Elles rappellent l’arbre de vie du paradis. Les khatchkars témoignent, non seulement de la foi chrétienne des Arméniens, mais aussi de leur résistance et de leur persévérance face aux difficultés et aux persécutions.

            Aujourd’hui par ce geste symbolique nous allons à nouveau transformer le bois mort de la croix en arbre fleuri. Planter une fleur dans le bois mort de la croix signifie…

  • Reconnaître dans la croix du Christ le mystère d’un don total de lui-même
  • Cela signifie aussi que sur la croix Jésus a pris toutes nos souffrances, toutes nos maladies et nos blessures, pour nous donner la possibilité de les transformer en un signe de pardon, de réconciliation, … de don de soi…

Donner un sens nouveau aux croix de notre vie et du monde

La croix est toujours présente dans nos vies. Elle peut prendre de multiples visages. Elle vient à notre rencontre quand nous ne l’attendons pas. Elle nous blesse de la manière que nous n’avons même pas pu imaginer…

            C’est en demandant au Seigneur la grâce de reconnaître la présence du Christ crucifié dans toutes les croix de notre vie et de notre monde que nous pouvons donner un sens nouveau à toutes les croix que nous rencontrons… pour savoir y reconnaître le visage du Christ…
Chers frères et sœurs, que par notre geste nous puissions méditer la passion du Christ et reconnaître sa présence dans toutes les croix de notre vie. Amen.

Célébration de la Passion du Seigneur
Lectures bibliques : Isaïe 52, 13 – 53,12; Psaume 30; Hébreux 4, 14-16; 5, 7-9; Jean 18,1 – 19,42

Homélie du 29 mars 2026 (Mt 26, 14 – 27, 66)

Abbé Boniface Bucyana – Eglise Saint-Joseph, Lausanne

Chemin de Croix, chemin de Vie

L’attitude de l’homme est ambigüe, dans ses paroles, dans ses gestes. Le Serviteur souffrant ne s’y trompe pas. La foule l’accueille et l’acclame, la même foule le hue. Il connaît l’homme du dedans. « Il m’a donné un langage d’homme afin que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. » Il fait le chemin vers l’homme pour faire le chemin avec lui, avec son humanité faible et fragile.

Ce n’est pas évident à vivre ni pour le Christ ni pour nous-mêmes. Des oppositions parfois douloureuses arrêtent notre élan vers l’homme. Et pourtant je dois ne pas cesser d’écouter Dieu et les hommes, d’annoncer Dieu à mes frères et sœurs même si je rencontre des hostilités qui me poussent à avoir honte de moi, honte de Dieu. Puisqu’il était devenu « semblable aux hommes », Jésus en accepte toute la réalité de subir la souffrance inhérente à la condition humaine. Son Chemin de croix, devient chemin de vie… “Je suis venu pour faire Ta volonté” quoi qu’il m’en coûte. Il lui faut souffrir pour s’offrir et nous avec. ”C’est dans cette volonté, c’est dans cette offrande de tout l’être humain de Jésus, que nous avons été sauvés.”

Bien sûr, il y a des moments où nos pas dérapent, où nos mains nues lâchent prise, s’écartent ou se referment. Il y a des moments où nos cœurs s’affolent dans les remous d’une vie qui a perdu son sens et des moments où notre esprit s’égare. C’est le vertige et la solitude de l’existence. Mais cette solitude ne doit pas m’enfermer sur moi-même. Elle m’appelle à m’offrir. Parce que vivre est plus fort, je dois sortir de moi et du filet qui m’enserre. Je dois jaillir hors de mes nuits et me tendre vers Dieu pour retrouver, malgré tout, sa lumière.

La passion mène à la vie qui taille une brèche dans le mur de la mort

Le jour des rameaux, c’est le jour de la passion, de la souffrance qui mène non à la mort, à la vie qui taille la brèche dans le mur de la mort pour passer de la vie à la vraie vie de l’éternité divine. Les palmes des rameaux, deviennent ainsi les palmes vertes d’espérance quoi qu’il arrive. Devant la passion du Sauveur, pas de discours, c’est l’invitation au silence présence, au cœur à cœur avec celui qui a ouvert son cœur pour arroser les sécheresses de nos cœurs. Dans la passion, dans les maux (m a u x), les mots se taisent, on y entre, on médite, dans le face à face avec le porteur de toutes nos croix, le Crucifié, le Sauveur… Le Roi avec les palmes, le Serviteur sous la croix !

Aujourd’hui, au dimanche des Rameaux, on retient plus les palmes vertes, on enjambe souvent le bois mort de la croix ! On entend Jésus acclamé comme Roi, on se détourne devant le serviteur croulant sous la croix de supplice. Le Serviteur du salut de tous les pécheurs devient la victime de son grand amour. Cet amour débordant se révèle comme la passion incompressible qui défit toute souffrance, qui toise la mort et fait régner la vie. A la souffrance, il oppose le silence habité par une présence humble. « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté. » A la violence, il répond par la tendresse bienveillante. Au déchainement de la haine, il calme par l’amour passionné qui transforme nos cœurs de pierre en cœurs de chair, qui apaise, qui réjouit. Ainsi il vient simplement comme le Roi des cœurs de bonne volonté et nous partage son règne d’amour.

La semaine sainte : temps de la contemplation du Serviteur souffrant, de l’adoration

Le jour des rameaux clôture le temps de Carême, ouvre au temps de la semaine sainte, semaine intense… C’est le temps de se taire, de faire taire le tumulte en nous, c’est le temps de l’adoration, de la contemplation du Serviteur souffrant. Celui-ci se donne pour ceux qu’il aime afin de leur éviter la souffrance et la mort, afin de leur offrir la vie comme un fruit mûr cueilli sur l’arbre de croix. La croix, au lieu d’être un objet de honte, devrait faire notre fierté, notre signe de reconnaissance du grand amour du Sauveur qui ne recule devant rien, même pas devant la souffrance et la mort. Le Crucifié n’est pas le criminel, mais le sacrifice offert pour tous les hommes. Aucun péché, aucun obstacle ne peut défier un tel amour. Et devant le crucifix, puissions confesser « Vraiment, celui-ci était et est Fils de Dieu Amour. »

Alors, malgré nos chutes et nos reniements, le chemin doit continuer, avec Lui, et ne pas s’arrêter au pied de la croix. Il doit surplomber, surmonter la croix, traverser la mort. La croix devient alors la clé de la résurrection, qui ouvre à l’humanité la porte du ciel, de la vie éternelle. Au bout de la Croix, il n’y a pas la croix, mais la vraie Vie.
Bonne Fête de la Pâques déjà, Bone fête de la Vie !

Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur
Lectures bibliques :
Procession : Matthieu 21, 1-11; Messe de la Passion : Isaïe 50, 4-7; Psaume 21; Philippiens 2, 6-11; Matthieu 26, 14 – 27, 66

Homélie du 22 mars 2026 ( Jn 11, 1-45)

Abbé Martin Glusek – Eglise Saint-Jean l’Evangéliste, Cressier sur Morat, FR

   La résurrection de Lazare

Introduction

Depuis le 1e dimanche de carême, de dimanche en dimanche, la liturgie de la parole nous invite à parcourir un chemin de foi, avec le Christ, dans la vérité ; un chemin qui conduit à la joie de Pâques, c’est ce que nous rappelle chacune des préfaces en écho avec les Evangiles.
Car cette année liturgique a la particularité de mettre en dialogue chacun de Evangiles de ce carême avec la préface qui a sa place juste avant le Sanctus.

Les préfaces

Ce chemin de foi a commencé au désert où Jésus affronte le père du mensonge. La préface nous dit : « En jeûnant quarante jours au désert, il consacrait le temps du carême ; lorsqu’il déjouait les pièges du Tentateur des origines, il nous apprenait à écarter le ferment du mal ; ainsi pourrons-nous célébrer dignement le mystère pascal et enfin passer à la Pâques éternelle. »

Le deuxième dimanche du Carême nous a conduit sur la montagne de la Transfiguration. Ecoutons la préface : « Après avoir prédit sa mort à ses disciples, il leur a manifesté sa splendeur sur la montagne sainte en présence de Moïse et d’Elie. Ainsi la Loi et les Prophètes témoignaient qu’il parviendrait par sa passion jusqu’à la gloire de la résurrection. »

Au troisième dimanche, Jésus a rencontré la Samaritaine au puits de Jacob. La préface résonne : « Quand il demandait à la Samaritaine de lui donner à boire, il lui faisait déjà le don de la foi ; de cette foi, il manifesta une telle soif qu’il fit naître en elle le feu de l’amour de Dieu. »

Puis l’Évangile nous conduit à la rencontre de l’aveugle-né le quatrième dimanche. La préface entre ici aussi en dialogue avec l’Evangile : « Par le mystère de son Incarnation, il a guidé vers la clarté de la foi l’humanité qui marchait dans les ténèbres : et par le bain qui fait renaître, il a élevé à la dignité de fils, en les adoptant, ceux qui étaient nés esclaves du péché. »

Chacun de nous à travers ces événements de la vie de Jésus, avec ses rencontres particulières, peut reconnaître ses manquements à l’amour, ses mensonges, ses aveuglements.  Chacun peut découvrir la présence de Jésus dans sa vie en faisant la vérité sur sa propre vie, en ouvrant ses yeux à la lumière de la parole de Dieu, en allant à la source de la vie de son être, en professant Jésus fils de Dieu. Nous ne sommes pas seul sur ce chemin.

Lazare

Aujourd’hui, la Parole de Dieu nous met en présence de la mort, la mort physique à laquelle nul ne peut échapper. Cette mort qui angoisse, qui fait peur, qui attriste, qui est insupportable et que l’homme recherche quand il est dans le désespoir. Jésus affronte, dans son humanité, la mort terrible qui touche un être cher, un ami. Il s’unit à la tristesse de sa famille, ses sœurs et ceux qui les accompagnent.

Jésus arrive très en retard après la mort de son ami Lazare, celui-ci est déjà dans la tombe et son corps commence à se décomposer. En la présence de Marthe et Marie, les sœurs qu’il aimait et de tous ceux venus les consolées, il est pris d’émotion Par deux fois Jean nous dit que Jésus est pris par l’émotion : à la rencontre avec les sœurs de Lazare et à la vue du tombeau. Jésus montre ainsi de quel amour il les aimait. Comme il est dur de voir mourir ceux qu’on aime !

Puis Jésus demande que la pierre du caveau soit enlevée et il prie son Père. Il crie d’une voix forte « Lazare, viens dehors ! » Comment ne pas penser au cri de Dieu dans le jardin d’Eden après la désobéissance d’Adam et Eve « Adam où es-tu ? » Lazare, Adam, reviens près de moi, tu sais que je t’aime. La mort qui était entrée dans la vie dès le commencement est ici vaincue.

 Elle le sera définitivement à la résurrection de Jésus. La Résurrection de Lazare s’inscrit dans la prophétie d’Ezékiel qui se réalisera à la mort de Jésus. Jésus crie aussi afin que tous puissent l’entendre et croient qu’il est vraiment le fils envoyé de Dieu. Les paroles qu’il dit à Marthe « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. », sont au cœur de notre foi.

La préface ici résume : « Lui-même, homme véritable, il a pleuré son ami Lazare : Dieu éternel, il le releva du tombeau : ainsi, dans sa compassion pour le genre humain, il nous conduit par les sacrements de Pâques jusqu’à la vie nouvelle. »

Appelés à contempler l’amour de Jésus

A la suite de Pierre, Jacques, Jean, la Samaritaine, l`Aveugle-né, Marthe, Marie sa sœur, chacun de nous déjà baptisé et chacun des baptisés de Pâques prochain, nous sommes appelés à contempler l’amour de Jésus source d’eau vive, Jésus lumière du monde, Jésus vainqueur de la mort et maître de la vie.

5e dimanche de Carême
Lectures bibliques : Ezékiel 37, 12-14; Psaume 129; Romains 8, 8-11; Jean 11, 1-45

Homélie du 8 mars 2026 (Jn 4, 5-42)

Abbé Daniel Agbeti – église Saint-Laurent, Villaraboud, FR

Chers frères et sœurs,
Chers auditeurs et auditrices de la RTS
,

Notre méditation, en ce troisième dimanche de Carême, nous conduit au cœur d’une des rencontres les plus profondes de l’Évangile : celle de Jésus avec la Samaritaine, au bord du puits, lieu symbolique de la rencontre entre Dieu et l’homme. C’est là que Jésus rencontre la Samaritaine et révèle le mystère d’un Dieu qui vient chercher l’humanité.

Lorsque la femme arrive, Jésus est déjà présent. Ce détail nous rappelle une vérité essentielle de la vie spirituelle : Dieu prend toujours l’initiative de la rencontre. Avant même que nous le cherchions, il nous cherche. Avant que nous l’invoquions, il est déjà présent. Toute rencontre avec Dieu commence par cette initiative silencieuse de sa grâce. Son amour précède notre prière et accompagne notre histoire.

Dieu choisit de se révéler dans le quotidien le plus ordinaire

La Samaritaine vient simplement puiser de l’eau, comme chaque jour. Mais c’est dans le quotidien le plus ordinaire que Dieu choisit souvent de se révéler. L’Évangile nous enseigne que la rencontre avec Dieu n’est pas réservée aux moments exceptionnels de la vie.

Lorsque Jésus dit : « Donne-moi à boire », sa parole dépasse la soif physique. Elle révèle le désir de Dieu de rejoindre l’homme dans sa fragilité et dans son histoire.

Peu à peu, Jésus conduit la Samaritaine vers l’« eau vive », symbole de la vie divine et du don de l’Esprit Saint. Le cœur humain porte des désirs profonds que les réalités matérielles ne peuvent pleinement combler, car il est fait pour l’infini de Dieu.

Dieu est celui qui donne et celui qui est donné

Le sommet du dialogue se trouve dans cette parole : « Si tu savais le don de Dieu… » Le don de Dieu n’est pas d’abord une chose, mais une personne : le Christ lui-même, qui se donne à l’humanité pour nous conduire à la communion avec lui. En lui, Dieu est à la fois celui qui donne et celui qui est donné : le Don et le Donateur.

La rencontre transforme la Samaritaine. Elle découvre qu’elle est connue et aimée sans condition. Elle laisse alors sa cruche : elle était venue chercher de l’eau, et elle repart ayant trouvé une source plus profonde. La rencontre authentique avec le Christ libère le cœur et oriente la vie vers l’essentiel.

Ce témoignage de la samaritaine prend aujourd’hui une résonance particulière avec la Journée internationale des droits des femmes. L’Évangile nous rappelle que la dignité de chaque femme et de chaque homme trouve son fondement dans le regard du Christ, qui appelle chacun à la liberté, à la vérité et à la mission.

Un coeur qui désire la présence de Dieu

Frères et sœurs, en ce temps de Carême, posons-nous cette question : de quoi notre cœur a-t-il vraiment soif ? Nous avons soif d’amour, de paix et de sens… Cette soif n’est pas un vide à supprimer, mais l’espace intérieur où Dieu veut se révéler.
Dieu n’attend pas un homme parfait ; il attend un cœur qui désire sa présence. Puissions-nous rencontrer le Christ au puits de notre vie quotidienne, afin que jaillisse en nous l’eau vive de son Esprit. Car la plus belle vérité de notre foi demeure celle-ci : Dieu a soif que nous ayons soif de lui.   Amen.

3e Dimanche de Carême
Lectures bibliques : Exode 17, 3-7 ; Psaume 94 ; Romains 5, 1-8 ; Jean 4, 5-42

Assemblée générale 2026 de Cath-Info


L’assemblée aura lieu mardi 5 mai à 16h00 à Lausanne

Dans les locaux de Cath-Info, rue de Genève 88bis, 3e étage

Voici les documents disponibles en lien avec l’assemblée :