Brésil: Les Eglises réagissent à une émission de la TV Globo (300194)

apic/TV Globo/CIMI et CONIC

«Accuser les missionnaires en Amazonie de collusion avec

les compagnies minières européennes, est faux et diffamatoire»

Sao Paulo, 30janvier(APIC) Le Conseil national des Eglises chrétiennes

(CONIC) et le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI) protestent contre une

émission de la TV brésilienne Globo diffusée la semaine dernière à une heure de grande écoute. Ce reportage accuse notamment «les missionnaires auprès des Indiens de lutter pour la démarcation des terres des tribus indiennes dans le but de les transformer en réserves de minéraux pour être

exploitées ensuite par des compagnies minières européennes». Aux yeux des

deux organisations catholiques, les informations données durant le TV Journal sont «fausses et diffamatoires».

Le CONIC et le CIMI s’étonnent aussi que le reportage fait par la TV

Globo s’en prenne également à un mystérieux «Conseil mondial des Eglises

chrétiennes» que l’on peut confondre avec le Conseil oecuménique des Eglises (COE).

Pour donner du crédit à sa nouvelle-choc, TV Globo a montré un reporter,

Marcos Losekan, affirmant avoir survolé durant 5 heures les territoires indiens. Ce reporter a dit que ces derniers n’étaient pas toujours habités

par des Indiens. Il ajoutait: «La superficie des territoires indiens augmente régulièrement dès qu’une organisation internationale ou que des membres des Eglises découvrent l’existence de minéraux dans le sol».

Indignation du CONIC

Mgr Sinesio Bohn, évêque de Santa Cruz du Sul et président du CONIC, a

réagi immédiatement en publiant une note de protestation à Porto-Alegre

(Etat de Rio Grande do Sul). L’évêque dit son indignation devant des informations «totalement fausses, tendancieuses et de mauvaise foi», diffusées

par des moyens de communications de masse et qui fragilisent finalement les

peuples indigènes de l’Amazonie. Le CONIC dénonce aussi la présentation à

la TV d’un faux document qui lie le CIMI à une prétendue organisation religieuse mondiale qui n’existe pas, à moins qu’on ne veuille sournoisement et

sans aucun fondement mettre en cause le Conseil oecuménique des Eglises

dont le siège est à Genève. Le CONIC rappelle encore que toutes les activités du CIMI en terre brésiliennes sont appuyées par les Eglises, en mission

de service et de témoignage au peuple indien.

Une politique contre l’actuelle Constitution

Pour le CONIC enfin, les personnes qui ont intérêt à fournir l’argent et

la matière pour ce reportage télévisé ne sont pas difficiles à démasquer:

«Il s’agit de personnes qui veulent restreindre les droits des Indiens garantis par l’actuelle Constitution, droits durement conquis en 1988. Une

telle pression s’inscrit dans le contexte de l’inopportune revision de la

Constitution fédérale actuellement en cours».

La note de Mgr Bohn critique nommément la chaîne «Globo»de télévision

qui a accepté une vile manoeuvre visant à désinformer le peuple brésilien

et en servant les intérêts de groupes économiques attirés par les richesses

des terres indiennes.

Objectif final: extermination du peuple indien?

Le CIMI a exprimé également une vive réaction contre l’émission de la TV

Globo. Par plusieurs exemples, il montre que les terres des Indiens ne sont

pas agrandies arbitrairement par les missionnaires lorsqu’on découvre de

nouveaux minéraux sur le sol. Cette accusation est absurde. Les responsables du CIMI démontrent qu’au contraire la démarcation des terres des Indiens est ralentie, voire obstruée par la découverte, comme dans le cas de

la tribu des Yanomami, par la découverte de mines qui ont provoqué l’invasion de chercheurs d’or. Le CIMI donne aussi l’exemple du peuple WaimiriAtrari qui a vu son territoire occupé par l’entreprise Taboca, du groupe

Paranapanema, qui a installé la plus grande mine à ciel ouvert du monde.

Pour le CIMI, les peuples indiens continuent «d’être la cible de campagnes

orchestrées dont l’objectif final est leur extermination». Les programmes

de la TV Globo participent à ces campagnes qui visent en premier lieu à modifier le chapitre consacré aux Indiens dans la Constitution fédérale. Le

deuxième objectif veut favoriser les intérêts de grandes compagnies minières ou d’exploitation de bois tropicaux dans les territoires réservés aux

Indiens.

De plus, dénonce encore le CIMI, ceux qui brandissent ostensiblement la

bannière nationale, font le contraire de ce qu’ils disent. Ils sont intéressés à offrir l’exploitation des mines pour les intérêts de compagnies

étrangères. Pour faciliter ensuite la participation d’entreprises brésiliennes. Le CIMI enfin lance un appel pour une grande mobilisation des Brésiliens afin de défendre la vie des Indiens: «Il ne convient surtout pas de

se laisser influencer par la propagande ’terroriste’ de Rede Globo ou de

n’importe quel autre monopole privé de communication sociale».

Dernier élément survenu dans cette controverse nationale à propos de

l’émission controversée de la TV Globo: Le Mouvement des Droits des Indiens

du Brésil vient de rendre public un reçu émis par l’entreprise de location

d’avions «Mesquita Taxi Aereo», qui prouve que l’entreprise minière «Timbo

Diamantes» a payé un voyage d’avion de cinq heures pour le reporter de la

TV Globo pour faire son reportage sur les territoires des Indiens. (apicem/ba)

30 janvier 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
Partagez!