Troisième visite de Jean-Paul II à Prague du 25 au 27 avril

APIC-Dossier

Une société et une Eglise désenchantées

Rome, 23 avril 1997 (APIC) Le 23 avril 997, il y a tout juste 1000 ans, saint Adalbert, évangélisateur de la Bohème et de la Pologne mourrait martyr à Prague. «Ce passé d’un millénaire pèse plus que la période du communisme», commentait Jean-Paul II en 1995. C’est ce passé que le pape veut mettre en valeur par la visite qu’il fera en Tchéquie ce prochain week-end, du vendredi 25 au dimanche 27 avril.

«Le communisme a été un incident qui a duré quasiment cinquante ans. Mais je garde toujours en mémoire ce que l’on appelle la porte de Moravie par laquelle saint Adalbert est passé, il y a 1000 ans, allant de Bohême en Pologne pour l’évangéliser. Ce passé d’un millénaire pèse plus que la période du communisme», avait déclaré Jean-Paul II le 20 mai 1995, dans l’avion qui le conduisait pour la seconde fois à Prague.

Par son troisième voyage en République Tchèque, le pape veut, à travers l’exemple de ce saint très «européen» pour l’époque, proposer à nouveau son projet à «une Europe désorientée et blessée qui semble vouloir oublier ses racines chrétiennes», commente mercredi «L’Osservatore Romano». «La conception qu’avait Adalbert d’une Europe chrétienne, spirituellement unie, n’est pas ni un rêve, ni un souvenir poussiéreux du Moyen-Age, ajoute-t-il. C’est une exigence. L’unité a son ciment dans un christianisme qui n’a pas été contaminé par les catégories positivistes et issues des lumières.»

Un contexte économique et social morose

Comment ce message sera-t-il reçu ? Pour le cardinal Miloslav Vlk, archevêque de Prague, cette troisième visite de Jean-Paul II se déroule dans un contexte de plus grande ouverture aux valeurs spirituelles. «Il y a deux ans, le mirage euphorique d’une économie qui serait l’unique moteur de notre renaissance et de notre bien être fonctionnait encore, a-t-il expliqué à «L’Osservatore Romano». Aujourd’hui nous sommes plus réalistes. Nous voyons en fait que l’économie n’apportera pas tout de suite le bien être. Il y a beaucoup de problèmes dans le domaine social et économique. (…) Je suis convaincu que cette conscience apportera une plus grande attention aux valeurs spirituelles. (…).»

Les Tchèques en sont en effet revenus du «miracle économique tchèque» cher à Vaclav Klaus, leur Premier ministre ultra-libéral, formé à Harvard. Si les augmentations de salaires (10 % en moyenne en 1995 et en 1996) ont permis un certain rattrapage, elles sont désormais stoppées, et avec elles la perspective d’une croissance continue. «Le rêve économique est brisé», résume un observateur à Prague.

Les difficultés de l’Eglise

La situation de l’Eglise catholique n’est guère plus brillante. Deux chiffres révélateurs: en 1993, selon l’annuaire statistique de l’Eglise de 1994 – le dernier disponible -, la République Tchèque comptait 70,9 % de catholiques; les dernières statistiques publiées par l’Eglise tchèque et par Radio Vatican donnent seulement 38,6 % de catholiques. Soit une chute de près de 50 % en trois ans. Quant à la pratique religieuse, estimée à 7% il y a deux ans, elle est retombée à 5%, et jusqu’à à 0,9% dans certains diocèses. A ce problème s’ajoute une division à l’intérieur du clergé, entre deux visions de l’évangélisation face à cette situation. L’une ne tient pas compte du concile Vatican II, qu’elle n’a pas quasiment pas connu, ce qui n’est pas le cas des générations nouvelles, qui sont encore très jeunes.

De même, la question des prêtres et évêques ordonnés clandestinement sous le pouvoir communiste, et pour certains mariés, n’est pas totalement réglée. Si dix sept d’entre eux ont accepté la proposition de l’Eglise d’entrer dans l’Eglise catholique de rite oriental, qui accepte le mariage des prêtres, plusieurs cas restent sans solution.

Relations tendues entre l’Eglise et l’Etat

Sur un plan extérieur l’Eglise connaît des difficultés institutionnelles avec l’Etat à propos de la question de la restitution des biens d’Eglise confisqués par le pouvoir communiste. Cela concerne la bagatelle de 600 bâtiments, et 200.000 hectares de terres et forêts. La négociation se double d’une révision du concordat régissant actuellement les relations Eglise-Etat.

Un accord est difficile à trouver sur l’ensemble de ces deux dossiers. Au point que l’Eglise a décidé de mettre une sourdine à ses requêtes sur les bâtiments et terrains pour mieux renégocier la question du concordat. Sur la question des bâtiments, le gouvernement est d’accord pour restituer 240 des 600 bâtiments en cause. 150 ne seront pas rendus et 250 autres font encore l’objet de négociations. Le cas le plus emblématique est celui de la cathédrale Saint Guy de Prague. L’Eglise a intenté un procès à l’Etat pour obtenir sa restitution. Mais sa situation, au cœur du complexe du château de Prague, résidence présidentielle, rend la question très délicate. Il semblerait qu’on s’achemine vers un accord où l’Etat en resterait propriétaire, l’Eglise en ayant en quelque sorte l’usufruit, dans des conditions que devraient fixer un contrat extrêmement précis. Le compromis n’est pas encore entériné. L’Eglise a maintenu sa plainte au tribunal pour maintenir la pression. Quant aux terrains et forêts, il semble que l’Eglise ait renoncé à réclamer leur restitution. Leur entretien apporteraient d’ailleurs plus d’ennuis que de revenus réels.

Le financement de l’Eglise

Les revenus pour l’Eglise sont justement au cœur de la négociation du concordat actuel. Jusqu’à présent, le clergé reçoit un financement direct de la part de l’Etat. Dans un premier temps, le Premier ministre Vaclav Klaus a voulu, supprimer ce financement – environ 108 millions de francs belges pour 15 évêques, 1.877 prêtres, 2.500 religieuses, 430 séminaristes, 3.200 paroisses, 70 écoles et universités, 200 institutions médicales ou d’assistance – pour le laisser à la charge des catholiques.

Les revenus des catholiques tchèques étant problématiques, la solution actuellement envisagée serait un financement direct de l’Eglise par les catholiques qui bénéficieraient, dans ce cas, d’une remise d’impôts, l’Etat intervenant pour compléter l’enveloppe actuelle au cas où les sommes récoltées ne permettraient pas d’atteindre le montant de cette enveloppe. «Nous cherchons l’indépendance vis-à-vis de l’Etat, confirme le cardinal Vlk, y compris l’indépendance économique.»

Le dialogue œcuménique progresse

Au plan des relations œcuméniques, la visite de Jean-Paul II s’annonce sous le signe de l’unité retrouvée. En 1995, Pavel Smetana, le président du Conseil des Eglises tchèques et membre du synodale de l’Eglise évangélique des frères de Bohème, avait refusé de se rendre à la rencontre œcuménique organisée à l’occasion de la visite de Jean-Paul II pour protester contre la canonisation de Jan Sarkander, grand artisan de la Contre-Réforme, canonisation qui était le point d’orgue du second voyage du pape.

Cette fois, Pavel Smetana sera présent à la cérémonie œcuménique dans la cathédrale St-Guy le dimanche 27 après-midi. «L’Osservatore Romano», qui évoque les «grands progrès» réalisés dans le dialogue œcuménique, donne la parole à Ondrej Halama, président du Conseil restreint de L’Unité des Frères de Bohème:

«Nous avons protesté, car nous avons reçu la canonisation de Jan Sarkander comme un acte d’indifférence à notre égard. Mais c’était une protestation symbolique, nous n’avions aucune rancœur.» «Saint Adalbert, poursuit P. Smetana, est pour nous un des fondateurs du christianisme sur nos terres, comme il l’est pour les catholiques. Il n’y a plus aujourd’hui de différend qui rendrait impossible notre rencontre.» Tous seront donc présents dans la cathédrale Saint-Guy pour le service œcuménique en l’honneur de saint Adalbert.

En République Tchèque, les membres de l’Eglise Evangélique des Frères de Bohème de l’antique tradition hussite forment 1,8 % de la population. Les fidèles de l’Eglise Hussite Tchèque, établie en 1920, sont 1,63 %, les orthodoxes 0,18 %. Sur 10,33 millions de Tchèques 56,7 % se disent athées. (apic/cip/imed/mp)

6 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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L’association AGAPA: Au service de ceux (271296)

APIC – Dossier

qui souffrent de séquelles d’avortement

Bernard Litzler, pour l’Agence APIC

Fribourg, 27décembre (APIC) Avorter est toujours un traumatisme, quoi

qu’en disent certains. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de prévenir, mais comment guérir des conséquences d’un avortement? Cinq lettres

pour parler aujourd’hui de la réalité d’une souffrance post-abortive longtemps occultée: AGAPA, pour «Association des groupes d’aide post-avortement», présente en Suisse romande depuis juin 1996.

Janvier 1997 marquera le début du premier groupe thérapeutique d’aide, à

Fribourg. Regard sur l’association à travers ses responsables et témoignage

d’un couple «survivant d’avortement».

Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 50 millions d’avortements chaque année

dans le monde. Cette tragique réalité a conduit les docteurs Philippe Ney,

pédo-psychiatre canadien, et Marie Peeters, pédiatre américaine, à ouvrir

des voies pour un soutien des femmes ayant avorté et des familles témoins

de l’avortement.

La naissance d’AGAPA en Suisse romande

Un médecin fribourgeois, Diane Savoy, a suivi un séminaire du docteur

Ney à l’intention des femmes ayant subi un avortement et des professionnels

de la santé sensibles au syndrome post-avortement. «Bouleversée par les témoignages des personnes qui ont avorté, leur grande souffrance, j’ai jugé

important de faire quelque chose pour les aider», confie-t-elle. Le mouvement «Oui à la vie» avait pour sa part également envie de faire quelque

chose dans le domaine de la souffrance post-avortement.

Après plusieurs mois de travail, l’association AGAPA Suisse romande voit

le jour, en juin 1996. Le médecin fribourgeois devient ainsi la présidente

d’AGAPA-Suisse romande. «’Oui à la vie’, c’est tout ce qu’on peut faire

avant, et AGAPA c’est tout ce qu’on peut faire après», lâche soeur Danièle

Perrier, secrétaire de l’association. Des antennes cantonales ont été ouvertes à Genève, Neuchâtel, en Valais, dans le Jura bernois et le canton de

Vaud. Condition: avoir suivi un séminaire du Dr Ney.

Les demandes affluent rapidement dans un double sens: des professionnels

désirant se renseigner d’une part, et des personnes directement concernées

par un avortement, d’autre part. Autre structure mise en place, les groupes

thérapeutiques d’accompagnement animés par Soeur Danièle et le Dr Savoy

pour les personnes blessées par l’avortement: une rencontre par semaine

pendant dix-huit semaines. Démarrage en janvier 97 à Fribourg.

La souffrance post-abortive

Pour Soeur Danièle, «la ligne de fond de l’association est de répondre à

la souffrance des gens blessés et de redonner l’espérance d’une guérison

possible». Des blessures du syndrome post-avortement et du syndrome de

«survivant d’avortement». Toutes les femmes ayant subi une interruption volontaire de grossesse souffrent-elles du syndrome post-abortif? De 30 à

60% des femmes sont concernées, d’après les études américaines. Certaines

femmes ne sont pas blessées pendant des années ou ne font pas de liens avec

leur avortement.

«Même s’il ne se manifeste pas au départ, le problème de l’avortement

peut surgir dans des moments de crise personnelle ou lors d’une nouvelle

grossesse, lors d’une maladie, d’un deuil ou d’un événement qui remet la

personne en cause», note Diane Savoy. Les jeunes filles qui recourent à

l’avortement comme contraception sont également marquées. «Au départ, elles

se sentent mieux, car cet enfant les dérangeait. Par après les crises sont

grandes», témoigne soeur Danièle.

Non à une nouvelle croisade

Le mouvement AGAPA est-il une nouvelle croisade contre la légalisation

de l’interruption volontaire de grossesse (IVG)? «Non, affirme le docteur

Savoy. La grosse difficulté, c’est de se démarquer de ces positions. Il est

établi maintenant que les séquelles sont importantes. Et le faire savoir

est beaucoup plus efficace que de simplement dire qu’on est contre l’avortement. Personne n’a fait la preuve thérapeutique des bienfaits de l’avortement. Mais la preuve des dégâts est évidente aujourd’hui».

«Notre enfant aurait 22 ans aujourd’hui»

«Survivants et complices» d’avortement, Michel et Catherine, 44 et 40

ans, ont avorté de leur premier enfant, arrivé trop tôt pour ce jeune couple non marié. Parents de cinq autres enfants âgés de 9 à 19 ans, ils témoignent aujourd’hui de leur travail de deuil et de réconciliation. Double

travail puisqu’ils sont auteurs, mais aussi «survivants d’avortement» dans

leurs familles respectives : l’un et l’autre ont subi la loi du silence sur

l’avortement réalisé par leurs propres parents. Ils parlent de leur cheminement dans la foi et de leur combat pour la vie.

«J’ai rencontré Catherine, ma future femme, à l’âge de 20 ans; elle en

avait 17, témoigne Michel. Deux ans plus tard, nous avons pu emménager dans

un petit studio. Elle est tombée enceinte de façon imprévue, remettant en

cause la fin de ses études d’infirmière. Je gagnais ma vie, chichement,

mais c’était jouable. Nos mères n’ont pas imaginé qu’on puisse garder cet

enfant: leur avis était catégorique. Catherine devait terminer ses études».

Sous la pression de sa mère, Catherine a finalement décidé d’avorter.

«Lâche et irresponsable»

«C’était en 1974, poursuit Michel… Cet enfant aurait 22 ans

aujourd’hui. J’ai accepté la décision de Catherine. Je l’ai même

accompagnée chez les deux médecins qui devaient donner un avis conforme. Or

j’étais mal venu de l’accompagner : un des médecins a même refusé de me

rencontrer. Je croyais assumer mes responsabilités et je me sentais gênant,

rejeté. Mais personne n’a plaidé pour cet enfant, sauf une amie. Si j’avais

dit une seule parole en sa faveur, il serait vivant aujourd’hui. Il m’a

fallu des années pour comprendre que j’avais été lâche et irresponsable».

Comment s’est fait cette prise de conscience? «Il y a eu plusieurs

étapes. Nous nous sommes mariés peu de temps après et notre premier enfant

est né. Il y a eu une complication à l’accouchement, car le placenta est

resté collé à l’utérus. Une intervention chirurgicale assez lourde avec

narcose, pertes de sang, a été nécessaire pour décoller le placenta. On a

commencé à se dire que cet avortement n’était pas aussi anodin que cela. La

deuxième naissance a été une répétition du problème».

«Dieu accorde son pardon»

«Pour la troisième naissance, grâce à l’ultrason on a constaté que la

situation s’était encore aggravée. Le médecin a annoncé qu’il fallait enlever la matrice. Peu de temps après notre mariage, nous avions fait une prise de conscience chrétienne et rencontré des témoins engagés dans la foi.

Nous avons prié et le placenta de notre troisième, Emilie, est venu naturellement, contrairement à l’avis médical. Pour nous, ce fut un clin d’oeil

du Ciel: Dieu nous accordait le pardon que nous lui avions demandé».

«Quand ai-je réellement commencé à regretter l’avortement? Après avoir

vu le film ’Le cri silencieux’, j’ai craqué. J’ai arrêté ma voiture au bord

de la route et j’ai pleuré, confessant à Dieu que j’étais complice de meurtre de mon propre enfant. J’ai mis plusieurs années pour passer de la fuite

de mes responsabilités à la reconnaissance de ma complicité».

«J’ai cru que Dieu pouvait me pardonner, mais je ne me suis pas pardonné

aussi facilement (…). Une personne ayant vécu la même démarche nous a

dit: ’Le pardon, c’est une chose, mais êtes-vous entré dans le deuil de votre enfant?’. Nous avons pu rejoindre le premier séminaire donné en Suisse

par Philippe Ney et Marie Peeters. J’ai dit à ma mère, l’an passé, à quel

point j’étais travaillé par notre avortement. Et j’ai découvert ce que je

pressentais, à savoir que ma mère avait aussi avorté».

Catherine a appris récemment que ses parents avaient avorté d’un enfant

hors mariage. «C’est sur son lit de mort que mon père l’avait avoué, quelques années auparavant, à ma belle-soeur: il n’avait pas osé le confier à

ses enfants. Et comme pour nous, sous la pression de parents dit-chrétiens:

’Pas d’enfants avant le mariage’.

Quel rôle ce double «héritage» a-t-il joué dans le parcours de deuil et

de réconciliation du couple ? Michel: «Nous avions les éléments pour comprendre que nous étions, tous les deux, des ’survivants d’avortement’. Durant le séminaire, nous voulions assumer la responsabilité de la mort de

notre enfant et sortir de la culpabilité par rapport à cet avortement. Or

nous nous sommes trouvés en face de la douleur ressentie pour l’absence de

nos frères et soeurs : ce fut une révélation totale et bouleversante sur la

profondeur de nos blessures. Nous avons compris pourquoi nous avions été

aussi lâches. Ce fut un soulagement énorme de réaliser que j’étais pénalisé

pour défendre ma vie, car on passe beaucoup d’énergie à justifier son existence. Les survivants d’avortement ont des problématiques complexes.Ils

sont pénalisés pour jouir de la vie et défendre celle des autres».

Le travail de deuil

Comment avez-vous pu passer du deuil de vos frères ou soeurs au deuil de

votre enfant? Michel: «Dans le deuil, il y a d’abord la dénégation: ce

n’était qu’un amas de cellules, un bout de tissus… Ensuite on se dit

qu’il est vraiment mort. Et là, il y a la colère et le ’pourquoi?’. J’ai

découvert à quel point j’étais fâché contre mes parents. Puis il y a la pitié de soi: comment vais-je pouvoir vivre, sans lui, tout ce temps perdu?

Finalement il y a le deuil».

Catherine: «Après le premier séminaire de janvier, j’ai profondément

’plongé’ dans la douleur au point de dire que je n’aurais jamais dû le faire. Désespérée, vivant un deuil qui a beaucoup inquiété Michel à certains

moments. Puis j’ai émergé car le travail de deuil a pu se faire. Ce furent

six mois très durs, mais aujourd’hui j’en suis transformée».

Comment avez-vous pu vous réconcilier avec votre enfant absent? Catherine: «Notre premier séminaire a porté sur une problématique morbide, car

nous étions focalisés sur les frères ou soeurs manquants. Ce fut comme une

’ré-humanisation’. Le second séminaire était plus centré sur le deuil de

notre propre enfant mais le poids de la culpabilité était parti. Nous lui

avons donné un prénom et étrangement, nous nous sommes trouvés synchrones,

Michel et moi, pour Sylvain-Philippe».

«En face de nous, nous avons cinq survivants. J’ai écrit à ma fille aînée pour lui annoncer qu’elle était la seconde dans la lignée. Elle nous a

immédiatement répondu: ’J’ai toujours su que je n’étais pas l’aînée’… On

commence à parler de Sylvain en famille. La perception est pourtant différente entre les enfants vu les écarts d’âge. La délivrance a commencé avec

la naissance de la troisième, Emilie, qui a un rayonnement que les deux

premières n’ont pas. Nos deux aînées sont des ’survivantes d’avortement’

caractérisées».

Vous osez témoigner librement de votre cheminement aujourd’hui? Catherine: «La première semaine de séminaire, j’allais surtout pour aider mes

enfants, pénalisés, et comprendre la problématique des survivants. Je n’ai

pas aimé mes enfants comme j’aurais pu et ce constat est paniquant pour une

mère. Après cette nouvelle semaine, j’ai l’impression de vivre un nouveau

départ. Après un gros travail de deuil, je vis comme une réconciliation:

des choses magnifiques se vivent en famille. J’ai même entrepris une démarche auprès de ma mère. J’attends une réconciliation. Mais c’est une attente

paisible… (apic/bl/be)

Encadré

AGAPA Suisse romande

AGAPA (Association des groupes d’aide post-avortement) est un mouvement aconfessionnel d’inspiration chrétienne. Elle rassemble des personnes à

l’écoute des problèmes des femmes ayant avorté ou subi dans leur enfance

des sévices. Elle est également ouverte à tous les «survivants d’avortement». Une association similaire est en projet en Suisse alémanique. AGAPA

est également présente en France et dans 12 pays européens. Ces associations sont rattachées à une instance supra-nationale dont le siège se trouve à Victoria, au Canada. Contact: AGAPA Suisse romande, Av. Jean-Paul II

9, 1752 Villars-sur-Glâne. Tél. 026/424.02.22. (apic/bl/be)

Encadré

Sont considérés par AGAPA comme «survivants d’avortement» la femme qui a

avorté, le conjoint, les parents, les frères et soeurs d’un enfant avorté

ou ceux qui ont survécu à un avortement manqué. Toutes ces personnes, estime AGAPA, souffrent d’un syndrome post-avortement ou syndrome de survivant

d’avortement.

Le syndrome post-avortement, relève AGAPA, consiste en des troubles

d’ordre physique, psychique ou social affectant directement les femmes

ayant subi une interruption volontaire de grossesse. Ces symptomes sont de

natures diverses. Les plus connus sont physiques: problèmes de matrice,

stérilité, naissances prématurées. Sur le plan psycho-somatique, on note

les insomnies, maux de tête, cauchemars, dépressions, etc.

La thérapie du Dr Ney comporte trois phases : une phase de ’ré-humanisation’; une phase de deuil; une phase de réconciliation. (apic/bl/be)

27 décembre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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