Le Brésil va aux urnes en pleine déprime économique
APIC – Dossier
Selon les sondages, le président Cardoso sera réélu haut la main
Bernard Bavaud, avec Paulo Pereira Lima, correspondant de l’agence APIC à Sao Paulo
Sao Paulo, 28 septembre 1998 (APIC) Nombre de Brésiliens sont résignés. Les élections du 4 octobre prochain ne réserveront aucune surprise. Le prochain président de la République sera à nouveau Fernando Henrique Cardoso (FHC). Il a largement sa réélection en poche. Luiz Inacio da Silva, dit Lula, son plus sérieux adversaire, ne fait pas le poids, du moins si l’on en croit les derniers sondages.
Les Brésiliens ne vont pas seulement élire dimanche plus de 1’600 responsables politiques – parmi lesquels le président de la République et les gouverneurs de chacun des 27 Etats du Brésil – ils ont aussi le choix entre deux politiques économiques. Deux modèles qui s’affrontent chaque jour sur les écrans de la télévision: le projet socialiste de Lula, né en 1945, syndicaliste et fondateur du Parti des travailleurs (PT). Et celui de FHC, 67 ans, converti au néo-libéralisme, au grand dam de ses anciens admirateurs de gauche qui le citaient abondamment au temps de la dictature militaire.
Un des pays les plus inégalitaires du monde
Les deux principaux candidats, qu’ils le taisent ou non dans leurs discours, sont confrontés à un pays réel qui possède l’une des structures sociales les plus inégalitaires du monde. La réalité rurale du Brésil est caractéristique. 72% des paysans vivent sous le seuil de pauvreté et moins de 10% des propriétés rurales possèdent l’eau, l’électricité et des égouts. La situation est encore pire dans le Nordeste, la région la plus pauvre du Brésil, souvent en proie à la sécheresse dévastatrice.
Au niveau de l’éducation, 23 millions de Brésiliens âgés de plus de 7 ans, sont analphabètes, majoritairement à la campagne. Quant au marché du travail, on constate que 50% de la population active ne reste pas plus de deux ans dans le même emploi. Plus de la moitié travaille sans contrat. Ce qui signifie des places de travail instables et peu protégées. Une grande partie des Brésiliens survivent grâce au marché informel. Les travailleurs de ce secteur ont très difficilement accès au crédit et au progrès technologique, ce qui les marginalise dans une économie toujours davantage soumise aux règles de la compétitivité internationale.
Deux projets politiques antagonistes
La coalition conservatrice formée principalement du Parti du Front libéral (PFL) et du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), parti du président FHC, favorise ouvertement l’économie néo-libérale. Appliquant les recettes du Fond monétaire international (FMI), la coalition de droite veut à tout prix transférer aux privés nombre de tâches que l’Etat assumait jusqu’à présent. Sa priorité économique est d’attirer les investissements de grands groupes internationaux. Le meilleur atout électoral de FHC, répété tous les jours sur la TV Globo, la plus puissante chaîne de télévision au Brésil, est la stabilité de la monnaie nationale, le «réal», et la fin de l’inflation galopante. Cette victoire remportée sur l’inflation – un succès économique et politique indéniable pour FHC – a mis fin à l’érosion du pouvoir d’achat des plus démunis. Ce qui explique en partie son avance dans les sondages. Les partisans de «FHC» exploitent ce bon filon et font passer l’idée qu’il n’existe pas d’autres choix valables pour le pays. La propagande électorale le répète à satiété: «Soit vous réélisez Fernando Henrique Cardoso, soit vous allez tout droit vers le chaos!».
«Lula» porte à bouts de bras le projet politique de l’opposition. A la tête de «l’Union du Peuple en lutte pour le Brésil» (Uniao do Povo Luta Brasil), il mène au combat le Parti des travailleurs (PT), le Parti démocratique travailliste (PTB), le Parti socialiste brésilien (PSB), le Parti communiste du Brésil (PcdoB) et le Parti communiste brésilien (PCB).
Pour la troisième fois consécutive, cet ancien ouvrier d’une fabrique d’automobiles de la banlieue de Sao Paulo, actuellement député fédéral, vise la présidence de la République. Son programme économique propose la valorisation le marché intérieur en augmentant les bas salaires et la défense de la monnaie nationale. Au plan international, il se présente comme «leader tiers-mondiste» pour le développement et la paix dans les pays du Sud, pour une politique et des choix qui ne soient pas nécessairement calqués sur ceux des Etats-Unis.
Le candidat de gauche, appuyé par les secteurs progressistes de l’Eglise catholique (entre autres par les communautés ecclésiales de base et les évêques qui s’inspirent de la théologie de la libération) promet de réaliser enfin une véritable réforme agraire. Il rejoint ainsi les objectifs du Mouvement des paysans sans terre (MST), une des organisations les plus revendicatives dans les campagnes. Le MST n’a pas hésité cette année à organiser l’invasion des supermarchés pour distribuer des aliments aux personnes affamées, victimes de la sécheresse dans le Nordeste. Cardoso a condamné «les voleurs» et fait mettre en prison plusieurs dirigeants du MST pour «cette grave atteinte à la propriété privée».
Peu d’enthousiasme populaire
Alors que l’on est entré dans la dernière ligne droite de la campagne électorale, une certaine torpeur anesthésiante envahit les citoyens. Est-ce l’effet des derniers sondages, très favorables au président Cardoso, qui influence les électeurs? On est loin de l’enthousiasme populaire qui a avait jeté les Brésiliens dans les rues lors de la lutte pour l’amnistie des prisonniers politiques durant la dictature militaire. Rien ne rappelle les grandes foules qui exigeaient, en décembre 1992, la démission du président Fernando Collor, le corrompu.
Certes, surtout en milieu rural, la campagne électorale est une diversion bienvenue et l’occasion de faire une fois bombance. Le grand propriétaire terrien du coin a abattu quelques vaches et invité les paysans misérables des alentours à choisir gratuitement les bons morceaux. A condition qu’ils votent pour le bon candidat! Ce qui sera strictement contrôlé dimanche devant le bureau de vote. Cette corruption est moins fréquente qu’autrefois, – c’était alors la règle générale – mais existe toujours. Malgré les discours démagogiques de pratiquer «o voto limpo» (le vote propre).
La question angoissante
Depuis quelques semaines pourtant, une question nouvelle taraude les esprits. «Et si la crise économique mondiale, partie d’Asie et de Russie, débarquait au Brésil détruisant les espérances d’un véritable développement?» Que les plus pauvres, dans ce pays de contrastes, attendent depuis si longtemps.
Devant la brusque chute des cours de la bourse dans les grandes villes brésiliennes, riches et pauvres s’interrogent et prennent peur. Va-t-on retomber dans la récession et l’inflation? Cette question angoissante relègue au second plan les dernières promesses électorales. Au risque de relativiser les élections du 4 octobre.
«Le pire aveugle est celui qui ne veut pas voir». Ce dicton populaire est souvent cité par les opposants au président actuel. «FHC, accusent-ils, a complètement ignoré les avertissements que nous lui avons lancés depuis son accession au pouvoir en 1994. Il n’a pas prévu les dangers de soumettre le Brésil à une cure néo-libérale et d’exposer le pays à une dépendance excessive par rapport au capital étranger».
Le résultat de cette politique, poursuivent les partisans de Lula, a été la perte de plus de 17 milliards de dollars dans les réserves de change. Une chute spectaculaire, entre la fin août et le commencement de septembre, selon les propres statistiques officielles.
L’accroissement de la dette intérieure
Dépensant beaucoup plus que ce qu’il fait entrer dans les caisses de l’Etat, le gouvernement a accumulé un déficit équivalant à 7% du produit intérieur brut (PIB). En 1994, il avait obtenu pourtant un excédent équivalent à 1,5% du PIB. De 1995 à aujourd’hui, la dette intérieure a passé de 61 milliards de dollars à 255 milliards. Pour payer les intérêts de la dette, le gouvernement a dû débourser cette année 60 milliards de dollars.
«Quels que soient les vainqueurs des élections du 4 octobre, le gouvernement et le parlement devront créer les conditions pour sortir le pays de la grande crise qui s’approche», déclare Luciano Coutinho, professeur d’économie de l’Université de Campinas (UNICAMP). Il est vrai, ajoute-t-il, que la marge de manœuvre est très étroite et que les conditions internationales d’aujourd’hui ne sont en rien favorables, contrairement à celles qui prévalaient en 1994.
La plupart des candidats, désorientés, essayent d’esquiver la grande question qui est sur toutes les lèvres: «Après l’Asie et la Russie, est-ce le tour du Brésil?». Tirant leurs dernières cartouches, les politiciens s’accrochent à leur programme électoral. En dénigrant surtout leurs adversaires. Encore quelques votes à engranger. Le petit peuple, mi-désabusé , mi-optimiste, se met à douter : «Toute cette agitation, tout cet argent dépensé dans la campagne électorale, va-t-il vraiment nous apporter le paradis qu’on nous promet?» (apic/plp/ba)
APIC Dossier
Genève: Les «Actes d’AD 2000» dessinent une Eglise accueillante et solidaire
Des textes courageux qui ne resteront pas dans les tiroirs
Gladys Théodoloz, pour l’APIC
Genève, 20 mars 2001 (APIC) Neuf mois après la clôture officielle, par Mgr Bernard Genoud, des travaux d’AD 2000, la publication des Actes de l’Assemblée diocésaine marque le début d’une nouvelle étape. Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg, l’abbé Philippe Matthey, délégué épiscopal de Genève et Georges Albert, président du Conseil pastoral cantonal genevois, présentent à la presse, mercredi 21 mars, dans la cité de Calvin, les fruits de la démarche diocésaine. AD 2000 a pris des positions courageuses sur les questions de l’œcuménisme, des ministères et de l’accueil des divorcés remariés au sein de l’Eglise. Au point que le nonce a demandé une «clarification» de certains textes, qui a abouti à l’adjonction en note de textes officiels de l’Eglise catholique.
De janvier 1998 à juin 2000, le diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg a vécu une belle aventure intitulée «Assemblée Diocésaine 2000» ou «AD 2000». Resserrer les liens entre les régions, redonner du souffle à l’Eglise locale à la veille du jubilé de l’an 2000, tels étaient les buts des rencontres des catholiques des cantons de Vaud, de Genève, de Fribourg et de Neuchâtel. Cette démarche a mobilisé la communauté tout entière – évêques, prêtres et laïcs. Au sein de petits groupes sur le terrain ou de sessions plénières, la parole a circulé librement. Les réflexions, décisions, propositions et recommandations ont été résumées en neuf documents, intitulés «Vivre l’Eglise aujourd’hui»; «Les pauvres et les exclus»; «Pastorale de la santé»; «Gestion des biens en Eglise»; «Pour une Eglise qui persévère dans l’œcuménisme»; «Les divorcés et divorcés remariés dans l’Eglise»; «Forces pastorales et ministères»; «Formation des agents pastoraux» et «Après AD 2000.
Accueil des divorcés-remariés ou des requérants d’asile
En novembre 1997, Mgr Amédée Grab, alors évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a invité les catholiques du diocèse à s’exprimer en toute liberté. 120 délégués des quatre cantons représentant 670’000 catholiques ont ensuite planché sur les propositions de la base, en collaboration avec des membres d’autres Eglises chrétiennes. De mai 1998 à juin 2000, l’Assemblée Diocésaine s’est réunie sept fois dessinant, au fil des sessions, l’image d’une Eglise proche des gens, accueillante, crédible, solidaire avec les pauvres et les exclus. Où le dialogue œcuménique ne soit pas «une discipline à option mais un état d’esprit et un engagement inéluctable»; où la coresponsabilité soit effective, et la place des femmes reconnue.
Passons aux «Actes»!
L’Assemblée Diocésaine ne s’est pas contentée de dénoncer les dysfonctionnements et les injustices de la société actuelle, ni de prendre position, par exemple, en faveur de l’accueil des requérants d’asile ou de la remise de la dette des pays pauvres. Elle s’est interpellée elle-même quant à sa disposition à accueillir ses propres membres, notamment les personnes divorcées et remariées qui actuellement n’ont pas accès aux sacrements. De tous bords et de toutes tendances, les gens ont fait l’expérience d’appartenir au même peuple de Dieu. Bien des barrières sont tombées. Bien des «déçus de l’Eglise» ont repris espoir. Même si certains ont craint que les textes d’AD 2000 finissent dans un tiroir!
Rassemblant les principales décisions, propositions et recommandations adoptées par l’Assemblée, les «Actes» d’AD 2000 n’épuisent pas la totalité de ce qui a été dit et vécu. Ils vont provoquer des changements dans les communautés, inspirer de nouvelles orientations pastorales. Acceptés et présentés par Mgr Bernard Genoud en juin de l’année dernière, ils devaient en principe être publiés en novembre 2000, au début de l’Avent 2000, c’est-à-dire fin novembre. Il a fallu entre-temps répondre à la demande du nonce apostolique à Berne, qui réclamait «une clarification» des trois chapitres abordant les questions ecclésiales sensibles de l’œcuménisme, des ministères et des divorcés et divorcés remariés dans l’Eglise. Il a été décidé d’adjoindre des notes finales faisant référence à d’autres textes de l’Eglise et de préciser, dans la préface de Mgr Genoud, la portée strictement «diocésaine» et non pas «universelle» de ces Actes. (apic/gt/mjp)




