Rwanda: plus de 7000 lieux de cultes fermés ces dernières semaines
Plus de 7000 lieux de culte chrétiens et musulmans ont été fermés au Rwanda cet été, pour cause de manquements à «certaines réglementations» du pays, ont rapporté début août 2024 Radio France internationale (RFI) et le journal rwandais en ligne New Times.
Conformément à une loi de 2018, les services de l’État mènent à nouveau cette année une vaste opération de contrôle des lieux de cultes, dont la durée n’a pas été précisée. La loi vise à «garantir un fonctionnement sûr, légal et éthique» au sein des organisations confessionnelles. Il s’agit, entre autres, de s’assurer de la conformité et de la sécurité des lieux de culte, et des compétences de leurs dirigeants.
L’opération est conduite par le Bureau rwandais de la gouvernance ou Rwanda Gouvernance Board (RGB). Créé en décembre 2016, le RGB est un organisme d’État chargé de promouvoir les principes de bonne gouvernance et de surveiller les prestations de services délivrées par des institutions publiques ainsi que par des organisations de la société civile. Il est indépendant et ne reçoit d’instructions, dans l’exercice de sa mission, d’aucune autre institution.
Cinq ans pour se mettre à niveau
Dès son entrée en vigueur en 2018, la loi a été appliquée avec rigueur. Elle accordait cependant une période de grâce de cinq ans pour être effective. Le RGB et les différents services de l’État en charge de la question ont poursuivi durant ce laps de temps leur travail de sensibilisation, par des rencontres avec les organisations confessionnelles, les incitant à se mettre aux normes en vigueur.
Selon les premières estimations, une majorité de petites églises pentecôtistes et de mosquées domine parmi les lieux de cultes fermés. L’État leur reproche un manque de sécurité, telle que l’absence d’extincteur et d’alarmes incendie, d’être installées illégalement dans des caves ou à proximité de cours d’eau, ou de ne pas respecter les conditions d’insonorisation nécessaires pour éviter les nuisances dans le voisinage pendant les prières.
Pour des dirigeants religieux formés
Le RGB souligne encore la non-qualification des responsables. La responsable de son Département en charge des organisations religieuses, Judith Kazaire, a en effet expliqué qu’il y a un niveau d’éducation requis pour les prêcheurs ou prédicateurs religieux. Les messages religieux doivent être délivrés de «manière professionnelle», a-t-elle souligné dans des propos rapportés par RFI. «Or nous avons des cas où les prêches sont trompeurs. C’est un droit d’avoir la foi, mais c’est aussi le devoir du gouvernement et des autres acteurs de protéger la population.»
«Avant l’adoption de la loi de 2018, des prédicateurs disaient que Dieu les avait envoyés. Certains d’entre eux délivraient des messages trompeurs, détournant ainsi les fidèles, des programmes constructifs et transformateurs. Il est donc important que le secteur religieux progresse au même rythme que les autres secteurs de développement du pays», a-t-elle encore fait remarquer dans le New Times. Les dirigeants paroissiaux des Églises doivent ainsi être titulaire d’un diplôme universitaire en théologie, afin de garantir qu’ils sont «qualifiés et capables d’interpréter et de transmettre des messages de la foi aux congrégations qu’ils dirigent», a-t-elle encore précisé. (cath.ch/ibc)





