Où commence le blasphème? Une frontière difficile à évaluer. Photo: statue de saint Bernard de Menthon, frontière italo-suisse | © Nicolas Hug
Suisse

«Le délit de blasphème est d'un autre temps», estiment les Jeunes Vert'libéraux

Dans un communiqué daté du 6 février 2026, titré Abolissons le délit du blasphème!, les Jeunes Vert’libéraux réclament la suppression de l’article 261 du Code pénal suisse. «Dans une démocratie libérale, il doit être possible de se moquer des religions», affirment-ils.

Cette position fait suite à la condamnation, le 28 janvier 2026 de Sanija Ameti, ex-membre des Vert’libéraux du canton de Zurich, pour «atteinte à la liberté de croyance et des cultes». La jeune politicienne avait tiré en 2024 sur une image pieuse représentant Jésus et Marie et publié des photos de sa séance de tir sur Instagram.

Le Tribunal de district de Zurich a appuyé sa décision sur l’article 261 du Code pénal (CP) suisse qui vise à protéger le sentiment religieux. Il punit «quiconque, publiquement et de façon vile, offense ou bafoue les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu ou profane les objets de la vénération religieuse». Sont aussi punies les personnes qui empêchent «méchamment» de célébrer un culte, troublent un acte cultuel ou profanent un lieu ou un objet destiné à un culte ou à un acte cultuel «garantis par la Constitution».

Le délit d’incitation à la haine doit être maintenu

Les Jeunes Vert’libéraux affirment par contre que les incitations à la haine contre des groupes religieux doivent rester punissables. Or ceux-ci sont «clairement réprimées par d’autres dispositions du code pénal». L’article 261 du CP serait donc inutile.

Co-président du mouvement, Gwenaël Richard précise encore ne pas se prononcer sur le jugement à l’encontre de Sanija Ameti en tant que tel. Il estime toutefois que «le procès, le jugement et le battage médiatique» autour de cette affaire «démontrent que le délit de blasphème est d’un autre temps et instrumentalisé à des fins politiques par des extrémistes».

Un flou facilement instrumentalisé

Pour rappel, parmi les plaignants contre Sanija Ameti figuraient Nicolas Rimoldi, président du mouvement antivax Mass-Voll, ainsi que le président des Jeunes UDC, Nils Fiechter, et son épouse qui voyaient dans les tirs de la prévenue «un appel à la violence contre les chrétiens».

Interrogé par Protestinfo en juillet 2025, David Zandirad, juriste lausannois et auteur d’une thèse sur l’expression de la religion au travail, concédait que le caractère «flou» de l’article 261 ne permet pas aux éventuels auteurs de délits de savoir clairement quel comportement est interdit. D’où de possibles instrumentalisations politiques des cas présentés à la justice. Il précisait néanmoins que la jurisprudence suisse l’interprète habituellement de manière assez stricte. N’est pas punissable n’importe quelle critique, même provocante ou moqueuse, mais uniquement celle qui vise le mépris et qui porte atteinte à l’exigence de tolérance.

Les Vert’libéraux ont déjà tenté de faire abolir cet article, rappelle Le Temps. Mais la motion déposée en ce sens par le conseiller national Beat Flach avait été massivement rejetée en 2020 par le Conseil national, par 115 voix contre 48 et 12 abstentions. (cath.ch/com/arch/lb)

Où commence le blasphème? Une frontière difficile à évaluer. Photo: statue de saint Bernard de Menthon, frontière italo-suisse | © Nicolas Hug
11 février 2026 | 11:10
par Lucienne Bittar
Temps de lecture : env. 2  min.
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