Le professeur de l’université de Lucerne Markus Ries sur la béatification de Pie IX

APIC Interview

«Un geste aux conséquences néfastes»

Par Stephan Moser, de l’APIC

Fribourg,

(APIC) «La béatification du pape Pie IX aura des conséquences néfastes», avertit l’historien de l’Eglise Markus Ries. Ennemi des juifs, adversaire obstiné des droits de l’homme, dépourvu de toute finesse, ce pape dont le pontificat est le plus long de l’histoire «n’est pas digne de vénération». Le professeur ordinaire de l’université de Lucerne demande en outre que la procédure moyenâgeuse de la béatification soit complètement repensée.

Pie IX a été pape de 1846 à 1878. Il a promulgué en 1854 le dogme de l’immaculée conception de Marie et a condamné en 1864 dans le «Syllabus» les «erreurs du siècle» et le libéralisme. Il a convoqué le premier concile du Vatican, qui a érigé l’infaillibilité papale au rang de dogme.

En tant qu’historien de l’Eglise, Markus Ries est déconcerté par la béatification du pape Pie IX, par Jean-Paul II, le 3 septembre prochain. Il ne comprend pas que le Vatican soit pas conscient du problème de l’antisémitisme de Pie IX, attesté dans nombre de textes italiens sur l’histoire de l’Eglise.

APIC: L’opposition à la béatification du pape Pie IX grandit. Peut-elle encore empêcher quelque chose?

Markus Ries: Les spécialistes des procès en béatification que j’ai consultés sont formels: il n’y a plus rien à faire. Personnellement, j’espère toujours que l’on suspende ce geste qui ne peut qu’avoir des conséquences funestes: une béatification est un message de l’Eglise, un acte religieux qui étend ses effets jusque dans la liturgie. En déclarant Pie IX vénérable, l’Eglise touche à notre culture du débat et de la critique et jusqu’à la perception que nous avons d’elle.

APIC: Qu’est ce qui parle en défaveur de la béatification de Pie IX?

Markus Ries: Lorsque l’on béatifie un membre de l’Eglise, on l’érige en exemple pour les croyants. Pie IX ne remplit pas les critères pour être vénéré. Il était si réfractaire à la modernité et il la pourfendait avec tant de véhémence qu’il a rejeté dans le même mouvement les avancées sociales et chrétiennes. Il était résolument contre la liberté de croyance et de conscience.

A l’époque de Pie IX, ces droits de l’homme étaient déjà reconnus comme des valeurs chrétiennes par les catholiques. C’est ce refus d’idéaux pourtant largement soutenus qui est scandaleux. Le premier concile montre clairement que Pie IX vivait coupé des réalités ecclésiales et n’était plus en mesure de percevoir les signes des temps.

Pie IX est également controversé comme chef d’Etat, méprisant les minorités religieuses et doté d’une personnalité sans nuance et peu raffinée.

APIC: Le pape Pie IX passait pourtant au yeux de ses contemporains pour un modèle de piété et de dévotion mariale.

APIC: D’où vient cette défiance de Pie IX à l’égard des juifs?

Markus Ries: Au XIXème siècle, l’Europe entière a émancipé les juifs, leur reconnaissant les droits civiques et les mettant sur pied d’égalité avec les chrétiens. On leva les anciennes discriminations et on abattit les ghettos. Au départ, Pie IX et le Vatican ont emboîté le pas à l’évolution générale. Mais après 1848, déçu par l’anticléricalisme de la Révolution libérale, le pape a fait reconstruire les murs du ghetto et restreint les droits fondamentaux des juifs. Il a radicalisé les prescriptions de l’Eglise à l’égard des écrits juifs. La police vaticane a même opéré des razzias dans le ghetto et saisi des exemplaires du Talmud qui était à l’index. Il est impressionnant de voir que Pie IX a pris ces mesures discriminatoires alors que le reste de la société «civilisée» reconnaissait les juifs comme des citoyens àà part entière.

L’affaire du petit Edgaro Mortara né dans une famille juive de l’Etat du Vatican est révélatrice. La jeune fille de la famille, catholique, avait baptisé l’enfant gravement malade. La loi vaticane interdisant formellement qu’un enfant chrétien grandisse dans une famille juive, la police du Saint Siège enleva le garçonnet et l’amena à Rome. Pie IX le prie sous son aile et devint une sorte de parrain pour l’enfant juif. En dépit des protestations du monde occidental contre ce rapt, Pie IX s’en tint à sa ligne de conduite.

APIC: Jean-Paul II s’est fortement engagé en faveur du dialogue entre juifs et chrétiens et il envisage à présent de béatifier un de leurs ennemis. Comment expliquez-vous cela?

Markus Ries: Les partisans de cette béatification révèrent dans Pie IX un homme fidèle à ses principes, à temps et à contretemps. Pour ces croyants, Pie IX symbolise la pérennité d’un message qui résiste à toutes les forces contraires du monde. Il passe pour un homme qui ne dévie pas de sa ligne et efuse l’esprit du siècle. Cette volonté de garder le cap contre vents et marée peut être un argument pour la béatification de Pie IX. Mais on a peut-être négligé au Vatican de considérer la portée de cette attitude rigide dans un contexte historique complexe et délicat.

APIC: Selon quelle logique le Vatican a-t-il prévu de béatifier le même jour deux papes aussi antinomiques que Pie IX et Jean XXIII?

Markus Ries: Jean XXIII incarne le changement appelé par les membres de l’Eglise tournés vers l’avenir de l’Eglise et le progrès. Pie IX en revanche rallie sous son blason ceux qui sont convaincus que l’Eglise ne doit pas automatiquement danser ce que chante l’esprit du temps. On soupçonne ainsi que cette double béatification vise l’équilibre entre deux pôles opposés. Mais l’idée même «d’arrangement» serait blasphématoire: la béatification n’a rien à voir avec une distinction honorifique: il en va de la vénération religieuse. On peut s’interroger sur le caractère collectif de la béatification du 3 septembre et la perte de substance qui en découle.

APIC: Quelles sont les forces qui défendent la béatification de Pie IX?

Markus Ries: Impossible de le dire. Cette absence de transparence constitue d’ailleurs l’un des défauts de la procédure.

APIC: Vous avez parlé de conséquences funeste pour cette béatification. Quelles seront-elles?

Markus Ries: Une perte de crédibilité auprès des gens plutôt éloignés de l’Eglise qui ont tendance à la réduire aux déclarations du Vatican et à négliger ce qui se passe au sein de la communauté. Jean-Paul II risque en outre de discréditer sa confession des erreurs de l’Eglise. C’est grave: on ne devrait pas mettre en cause à la légère un geste aussi lourd de sens que le mea culpa d’une Eglise qui reconnaît avoir commis des fautes.

Notamment grâce à cette demande de pardon, le dialogue entre Juifs et chrétiens a progressé de façon impressionnante ces dernières années. Il reste cependant fragile et la béatification de Pie IX peut gravement y nuire.

APIC: Les catholiques chrétiens regrettent la béatification de Pie IX.

Markus Ries: Sans doute cette béatification n’encouragera-t-elle pas les échanges œcuméniques. Mais le pape n’a pas pris seul les décisions du premier concile qui ont conduit à la scission de l’Eglise. Ce serait faux de focaliser l’opposition aux «vieux-catholiques» sur la seule personne de Pie IX.

APIC: Vous déplorez le manque de transparence des procès en béatification. Est-ce la seule carence de cette procédure?

Markus Ries: La béatification était très progressiste au moment où elle a été développée. Le problème, c’est qu’elle fait référence aujourd’hui encore à la vision de la sainteté que l’on avait au moyen âge. La réflexion théologique a évolué et la sainteté se définit dans un cadre différent. Il en est de même pour les miracles. Ces changements devront être pris en compte dans une éventuelle révision de la procédure. Je serais favorable à un moratoire en ce qui concerne les béatifications, afin de revoir ce que signifient aujourd’hui la sainteté et la vénération de membres de l’Eglise. (apic/mos/job/mjp)

1 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Soeur Lydie Huynh Khac Rivière

APIC – Interview

Traductrice de la Bible en français fondamental

Fribourg, 7novembre(APIC) «Comme jeune religieuse, rien ne me destinait à

l’Afrique ni à la traduction de la Bible» avoue Soeur Lydie. Après des études de philosophie et de lettres modernes, la religieuse de la communauté

des Xavières enseigne durant dix ans dans ubn lycée d’Etat en France. En

1972 un appel la propulse à Abidjan, en Côte d’Ivoire dans un institut de

développement fondé par les jésuites dans les années 60. On lui demande

alors d’adapter pour les Africains des traités d’agriculture et des ouvrages pédagogiques en français fondamental. «J’ai du me mettre à l’école moimême – je suis dans ce domaine tout à fait autodidacte. J’ai pris un dictionnaire et je me suis mise au travail 8 heures par jours. Un travail de

première importance pour le développement puisque dans une grande partie de

l’Afrique le français sert à la fois de langue véhiculaire et de langue de

formation face aux quelque 1’400 idiomes locaux ou régionaux. «Au bout de

quatre ans je débroullais assez bien» Des prêtres connaissent son travail

et lui demandent d’adapter des textes liturgiques en français fondamental.

«Cette idée là ne m’étais pas venue à l’esprit. ce fut vraiment une demande

de la base». En 1978, la Commission épiscopale de catéchèse et de liturgie

d’Afrique de l’ouest lui demande officiellement de traduire la Bible en

français fondamental. La publication avec le soutien de l’Alliance biblique

universelle (ABU) des divers livres d’abord du Nouveau Testament s’échelonne durant 15 ans. En 1991 les Evangiles et les Actes des apôtres ont pu

être offerts au pape et au COE, en 1993 le NT complet est édité en France,

la Bible complète est en voie d’achèvement. Il reste encore à faire les

divers contrôles par les conseillers en traduction de l’ABU, exégètes,

bibliste et linguistes.

J’ai quitté l’institut de développement après 14 ans et je suis rentré à

l’ABU en 1987

En Afrique la Bible est non seulement un instrument d’évangélisation,

mais aussi de lecture. Une fois que les adultes sont alphabétisés ils

n’ont plus rien à lire. Il y a très peu de littérature dans le niveau de

langue qu’ils possèdent. De plus les Africains sont très religieux il

sont très attirés par la Bible. Au départ j’ai été très étonnée, je me

disais aussi la Bible n’est pas un moyen, c’est une fin. Pour l’Afrique le

livre religieux peut à la fois leur permettre de lire avec une motivation

spirituelle et de façon progressive. En Afrique comme en Amérique

latine les gens apprenent souvent à lire pour pouvoir lire à l’église.

La culture étant traditionnellement orale l’écriture n’est venu

qu’avec la civilisation. La littérature africaine existe, elle est même

copieuse mais le niveau de langue reste très élevé. Un autre raison est le

prix, les livres sont chers alors que les ouvrages de la société bibliques

sont vendu très bon marchés à partir de 50 à 100 francs CFA. Enfin dernière

raison, les livres en français fondamental sont toujours écrits assez

gros ce qui permet de lire sans lunettes.

Les Xavières communautés à laquelle j’appartiens se rattache à la famille

Igacienne dont la spiritualité est basé sur la Bible et l’écriture. C’est à

travers les exercices spirituels que j’ai pris goût à la lecture de la

Bible.

Pourquoi le français fondamental?

7 novembre 1994 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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