Berne: Simone Brodolliet, ethnologue à Caritas Suisse à propos de la santé des migrantes

APIC-Interview

Lorsque les conditions de vie et de travail rendent malades

Par Marie-José Portmann, de l’APIC

Berne,

(APIC) Les migrantes se portent moins bien que les Suissesses. Pour améliorer leur santé et leur donner accès à la prévention, la philosophe et ethnologue à Caritas suisse, Simone Prodolliet demande des changements structurels du monde du travail, une évolution des mentalités et la généralisation d’interprètes dans le domaine sanitaire.

La jeune ethnologue de Berne Simone Prodoillet a pris la parole vendredi à Berne devant une centaine de spécialistes de la santé, des migrations, du travail social et de représentantes d’organisations cantonales ou de l’administration fédérale. Placée sous l’égide de l’Aide suisse contre le Sida et de Caritas suisse, cette journée d’étude pluridisciplinaire a mis en lumière les projets existant en Suisse et à l’étranger dans le domaine de la prévention santé ainsi que la nécessité d’une collaboration nationale et internationale. Simone Prodolliet évoque pour l’APIC les conditions de vie des femmes venues en Suisse pour fuir la pauvreté, la violence, les mariages forcés, pour répondre à des offres de travail ou à des demandes en mariage ou encore embrigadées dans les filières de prostitution. Simone Prodolliet tord également le coup à quelques préjugés tenaces.

APIC: Selon les chiffres que vous citez, les femmes migreraient actuellement deux fois plus que les hommes et le nombre de celles qui travaillent progresserait massivement. Comment expliquez-vous une telle évolution?

Simone Prodolliet: Cette tendance est en premier lieu le reflet de la répartition du travail dans le monde. Comme tous les pays industrialisés et de services du Nord, la Suisse recherche une main d’œuvre à bon marché alors que les pays du Sud encouragent leurs ressortissants à quitter le pays natal pour diminuer le chômage. La Malaisie et les Philippines en sont de bons exemples. Les multinationales font miroiter aux gens des pays du sud des promesses de vie plus facile. Dans les familles, les femmes et les fils jouent souvent un rôle moteur dans la décision de partir parce qu’ils y gagnent en autonomie par rapport au mari et à la parenté. Lorsque l’argent manque cruellement, on passe outre à la coutume et il arrive que le ménage décide d’un commun accord que c’est la femme qui partira exercer un emploi rémunéré. En Afrique, où le travail agricole est aux mains des femmes, ce sont plutôt les hommes qui émigrent. En Amérique, aux Caraïbes, aux Philippines en revanche, les femmes partent plus souvent que leurs compagnons occupés aux champs. Le besoin croissant en personnel de maison dans les pays industrialisés et dans les grandes villes attire les femmes des pays asiatiques mais aussi du Pérou, du Mexique, d’Europe centrale ou de l’Est. Il en de même pour le travail lié au sexe.

APIC: Des emplois subalternes et mal payés, voire même la prostitution, est-ce vraiment ce qui attend les migrantes chez nous?

Simone Prodolliet: Oui, très souvent. Et c’est ce qui nous fait croire que toutes les migrantes sont pauvres et peu instruites. Premier préjugé car parmi les femmes qui nous arrivent de l’étranger, il y a deux fois plus de diplômées de hautes études que parmi les Suissesses. Mais leurs diplômes ne sont pas reconnus. Les académiciennes se retrouvent à nettoyer des bureaux, les infirmières comme filles de salle, les médecins comme infirmières.

On pense aussi que les étrangères sont dépendantes, incapables de prendre des décisions. Encore une contrevérité. Le plus souvent, ce sont elles qui sont à l’origine du départ de la famille du pays d’origine: elles en ont pris l’initiative. Ensuite, elles s’achoppent aux structures de notre société, à la ségrégation entre hommes et femmes, entre nationalités. Elles entrent dans un monde du travail qui les discrimine par rapport aux hommes d’abord, par rapport aux femmes suisses ensuite. Ce nouveau combat, où elles partent perdantes, les change et les use.

APIC: Le mot «discrimination» n’est-il pas un peu fort quand on parle de la Suisse, pays dont la prospérité profite à tous les habitants?

Simone Prodolliet: Je vous répondrai par quatre chiffres, tirés de la statistique des salaires. En 1998, les hommes suisses gagnaient en moyenne 66’000 frs, les femmes suisses, 54’000 frs, les étrangers, 58’000 frs et les migrantes, 46’000 frs. C’est éloquent. A cette discrimination salariale s’ajoutent de mauvaises conditions de travail: les étrangèères sont plus nombreuses à travailler de nuit, le dimanche ou avec des horaires irréguliers. Elles sont surmenées, souvent sans moyens de faire garder leurs enfants, confrontées aux frustrations de leurs conjoints qui s’adaptent encore moins bien qu’elles à leur situation de migrants. Sans contexte familial, isolée, elles portent tout le poids de la réussite de l’intégration de la famille et de la survie du couple. Cela se répercute immanquablement sur leur santé physique et psychique.

APIC: Les migrantes sont en moins bonne santé que les Suissesses?

Simone Prodolliet: Les statistiques de l’Office fédéral de la santé montrent en effet que les migrantes se sentent et vont moins bien que les habitants d’origine suisse. Elles souffrent plus souvent de troubles physiques graves et de solitude. Comme elles éprouvent des difficultés à se faire comprendre, elles ont tendance à se rendre aux urgences des hôpitaux, à un moment où quelqu’un peut les accompagner, pour servir de traducteur, c’est-à-dire souvent la nit. Le diagnostic prend souvent beaucoup de temps, les médecins recourant à de multiples examens en l’absence d’indications de la patience. On constate une méconnaissance du rôle du médecin de famille et une répétition des consultations. Pour détourner ces barrières de communication et avoir une meilleure perception des difficultés qui existent, nous proposons de faire appel aux migrantes elles-mêmes et à leur initiative personnelle. Reconnaître la fonction d’interprète et de médiateur en milieu hospitalier, informer les professionnels de la santé sont des chemins obligés si l’on veut diminuer les coûts des dysfonctionnements dû à une mauvaise communication. Pour assurer la pénétration des actions de prévention, il faut aller chercher les gens là où ils se trouvent, sur le lieu de travail, dans les Eglises, dans les associations. Les jeunes migrantes par exemple sont des relais précieux dans la diffusion et la propagation des informations sanitaires.

APIC: Femmes suisses et femmes migrantes, même combat?

Simone Prodolliet: Absolument. La santé et la prévention font partie de l’égalité des chances et je suis d’avis que lutter pour la reconnaissance des compétences et du statut des migrantes sur le marché du travail et dans la société revient à affermir en général la situation des femmes suisses. J’estime que le pays d’accueil est responsable des conditions de travail et de vie des femmes migrantes comme de celles du reste de la population. Je préconise d’envisager les immigrés dans leur ensemble, de ne pas limiter les mesures aux réfugiées ou aux candidates à l’asile. Je m’engage pour que les immigrées aient des lieux de rencontre, d’échange, de discussion, pour qu’elles renforcent leur confiance en elles mêmes et accroissent leur autonomie. La Suisse a tout à gagner à miser sur le potentiel énorme représenté par ces femmes venues d’ailleurs. A l’heure où son économie demande des compétences de plus en plus pointues, elle doit tout mettre en œuvre pour les former et les intégrer. (apic/mjp)

26 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Mgr Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, nouveau président du CELAM

APIC – Interview

«Inculturer l’Evangile dans la politique et l’économie»

Tegucigalapa, 19mai(APIC)

APIC: Quels sont vos plans en tant que nouveaux président du CELAM?

Mgr Maradiaga: Ces plans ne sont pas les miens, masis ceux que les évêques

latino-américains ont décidé ensemble lors de leur dernière assemblée

plénière à St-Domingue. Il s’agit de 75 propostions qui ont lété approuvées

par tous les participants. dans la dernière semaine de juillet, nous aurons

un rencontre des coordinateurs régionaux à Bogota afin de définir plus

exactement un nouveau plan global. Nous avons une priorité: l’inculturation

de l’Evangile dans la politique et l’économie des pays latino-américains.

APIC: Qu’est-ce que cela signifie concrètement?

Nous, les évêques nous voulons parler avec les responsables de gouvernements nationaux, des instituts economiques nationaux et des organismes de

crédit internationaux. La pauvreté massive de notre sous-continent ne peut

être combattue que par des changements politiques et économiques. Il s’agit

d’abord d’amenr les responsables à un prise de conscience afin qu’ils prennent la pauvreté au sérieux. les responsables doivent comprendrent que la

pauvrété n’est pas seulement un problème économique mais aussi humain et

que les problèmes ne peuvent pas tous être résolus par des analogies macroéconomiques.

Deuxièmement, nous, Eglise catholique, devont faire valoir notre influence au niveau politique, car dans ce milieu, l’Evangile est à peine présent. Certes, la majorité des politiciewns latino-américains se disent catholiques, mais ils ne portent aucune attention à l’enseignement social de

l’Eglise quand il s’agit de questions politiques. Les gouvernements changents, mais il n’ya jamais de changement social et économique.

APIC: Où se situe le principale problème?

R.M. les politiciens de tous les partis considèrent le gouvernement comme

une sorte de domaine personnel, dans lequel on peut s’enrichir afin de ne

plus avoir à travailler après la fin de son mandat. Ils n’ont absolument

aucun intérêt au bien commun. De là découle une corruption généralisée sur

laquelle le système est finalement fondé. De plus la jeunesse ne s’intéressent plus du tout à la politique. Ces éléments cuasent de graves dommages à

la démocratie. C’est pourquoi nous devons éduquer le peuple à la démocratie.

APIC: Que signifie la nomination d’un évêque du Honduras à la tête du CELAM?

RM: Pour moi, c’est un appel à une engagement énérgique en faveur de l’option pour les pauvres, car nous dommes l’un des pays les plus pauvres

d’Amérique latine. C’est un signe d’espoir, une stimulation pour le peuple.

Nous sommes habitués à ne recevoir que des mauvaises nouvelles. On nous dit

toujours «vous êtes sous-developpés, pauvres etc» . Cette nouvelle nous

donne quelque espoir.

APIC: Que mettez-vous plus précisément sous options pour les pauvres?

Le problème fondamental est que le peuple n’est pas éduqué à sortir de la

pauvreté. L’option pour les pauvres signifie donc pour moi éduquer le

peuple à sortir de la misère. Il ne s’agit pas de se limiter à l’éducation

scolaire, mais il faut s’engager dans la famille et l’ensemble des domaines

sociaux. Le travail pastoral est toujours un travail social qu’on ne peut

plus aujourd’hui traîter séparement. (apic/kna/mp)

19 mai 1995 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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