93ème voyage de Jean Paul II hors d’Italie

APIC Reportage

Syrie: Dès son arrivée sur sol syrien, le pape confronté au conflit israélo-arabe

Accueil chaleureux de Bachar el-Assad, qui dénonce Israël

De notre envoyée spéciale à Damas Sophie de Ravinel

Damas, 6 mai 2001 (APIC) Poursuivant sa tournée pastorale «sur les pas de saint Paul», le pape Jean Paul II a été confronté, dès samedi, au conflit israélo-arabe. Chaleureusement accueilli à l’aéroport de Damas par le président syrien Bachar el-Assad, les dignitaires religieux chrétiens – orthodoxes et catholiques – et musulmans, le pape a été ovationné par 500 élèves des écoles chrétiennes vêtus de tee-shirts et de casquettes aux couleurs du Vatican. Jean Paul II a lancé un message de paix et de respect du droit international.

Le jeune président syrien, âgé de 35 ans, a d’emblée a placé son intervention sur le terrain politique, fustigeant sans ambages la «politique agressive» de l’Etat d’Israël, accusé d’opprimer les Arabes et de violer leurs droits. En appelant à la paix et à la justice au Moyen-Orient, le pape, venu «en pèlerin de la foi» pour continuer son pèlerinage jubilaire, lui a donné la réplique, dans un sens plutôt favorable à la Syrie.

Jean Paul II a en effet appelé au respect de la légalité internationale, qui interdit notamment l’acquisition de territoires par la force. Cette dimension du respect du droit international comme base de la paix dans la région sera encore renforcée par la visite qu’effectuera lundi le pape à la cité fantôme de Kuneitra, rasée par les Israéliens. Cette étape «politique» illustrera la caution du Saint-Siège à l’imprescriptible «syrianité» du Golan. Dès son arrivée sur sol syrien, le pape a plaidé pour une «paix juste et globale» et le «droit des peuples à l’autodétermination».

Après plus de deux heures de vol, Jean Paul II est arrivé à Damas, en provenance d’Athènes. Dès sa descente de l’avion, il a été accueilli par le président de la République syrienne, Bachar el-Assad. Après avoir salué les nombreux dignitaires chrétiens et musulmans présents à la descente de l’avion – parmi eux, les trois patriarches qui ont leur siège à Damas, Ignace IV Hazim, patriarche des grecs orthodoxes du patriarcat d’Antioche, Ignace Zakka Ier Ivas, patriarche des syriens orthodoxes, et Grégoire III Laham, patriarche des grecs catholiques melkites – Jean-Paul II s’est rendu dans un salon officiel de l’aéroport pour une cérémonie de bienvenue.

La justice est bafouée

Le président syrien lui a réservé un accueil chaleureux et très politique. Après avoir rendu hommage en arabe aux valeurs représentées par le Saint-Siège et présenté les vertus du peuple syrien, Bachar el-Assad a lancé: «Votre sainteté, nous constatons que la justice est bafouée: les territoires sont occupés au Liban, au Golan et en Palestine. Nous les entendons massacrer les principes de l’égalité lorsqu’ils disent que Dieu a créé un peuple meilleur que les autres». «Ils violent les lieux sacrés, a-t-il ajouté, ils tentent de tuer tous les principes des religions célestes avec la même mentalité par laquelle fut trahi puis torturé le Christ». L’assistance – une soixantaine de personnes composée essentiellement de religieux musulmans ou chrétiens ­ a écouté en silence ces propos, alors que le pape Jean Paul II a semblé se recueillir, une main sur la figure. Pour le président syrien, «la charité, c’est d’arrêter de tuer tout ce qui est arabe par la haine, nous tenons à la paix juste et globale, celle qui rend les territoires à leurs propriétaires en vertu des résolutions du Conseil de Sécurité, avec le retour des réfugiés dans leur pays et l’instauration d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale».

Le pape déplore la violence qui balaye les espoirs de paix

En conclusion, le président a demandé à Jean Paul II, en le remerciant chaleureusement de sa présence, d’être à leurs côtés «contre les oppresseurs, pour que les Arabes récupèrent ce qui leur a été volé sans aucun droit». Jean Paul II s’est alors levé de son fauteuil aidé de la traductrice officielle, et a répondu à Bachar el-Assad. «Si souvent les espoirs de paix se sont levés pour être ensuite balayés par de nouvelles vagues de violences», a-t-il regretté.

Jean Paul II après avoir affirmé que, «le nom de l’unique Dieu est un nom de paix et un impératif de paix», a rappelé, comme il l’avait affirmé aux membres du corps diplomatique auprès du Saint-Siège en janvier 2001, qu’»il est temps de retourner aux principes de la légalité internationale: interdiction de l’acquisition des territoires par la force, droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, respect des résolution de l’ONU et des conventions de Genève». Pour le pape, «les fidèles des trois religions liées à Abraham», doivent avoir une «attitude nouvelle de compréhension et de respect entre les peuples de cette région» et avancer avec «largeur de vue et courage». «En ce sens a-t-il conclu, mon pèlerinage est aussi une ardente prière d’espérance».

Sous une grande chaleur, Jean-Paul II est sorti à l’extérieur de l’aéroport et est monté dans une voiture fermé pour rejoindre la nonciature apostolique afin de prendre un peu de repos . En fin d’après-midi, avant de se rendre à la cathédrale grecque orthodoxe pour une cérémonie oecuménique, Jean Paul II est allé au palais présidentiel où il a rencontré, en privé cette fois, le président de la République. De nombreuses délégations d’enfants syriens

présents à l’aéroport ont continué à le saluer, alors que sa voiture était déjà loin, avec des bannières sur lesquelles on pouvait lire, «la justice est le contenu des messages célestes». (apic/imedia/orj/sdr/be)

6 mai 2001 | 00:00
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Handicapé... Et alors!

APIC – Reportage

Pro Infirmis Fribourg fête son 50e anniversaire

Travailler avec et non pour la personnes handicapée

Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

Pro Infirmis Fribourg fête cette année son 50e anniversaire. De fin avril à

mi-octobre, diverses manifestations, concerts, cycle de films, théâtres,

expositions et rencontres sportives souligneront l’événement. Pour dire à

la société que la personne handicapée ne veut pas que survivre. Mais vivre.

Avec ses droits. Et surtout celui de vivre… avec sa différence. Des choses doivent changer, être revues. A commencer par la notion qu’a la société

du mot invalide. Qui ne sied pas dans la plupart des cas touchant au handicap. Notre reportage.

Pour marquer ce demi-siècle, l’Institution fribourgeoise ne veut pas

d’un regard tourné vers le passé. D’un bilan où passif et actif d’une philosophie de vie au service des personnes handicapées s’opposent l’un à

l’autre. Entre une conception dépassée portée vers l’assistance, pour ne

pas dire l’»aumône» qui soulage les consciences. Et une autre, tournée vers

le droit à l’autodétermination de cette même personne handicapée. En un mot

son droit à dire et à décider de ce qui est bon ou non pour elle. Pour son

avenir.

Une conception que partage Adolphe Gremaud, directeur de Pro Infirmis

Fribourg: «Jusqu’à présent, notre société a plus ou moins répondu aux besoins matériels. Un lit, un toit, à manger… Les écoles spéciales et les

ateliers protégés ensuite, mais qui ne démarginalisaient cependant pas les

pensionnaires». Reste que cette même société ne s’est jamais vraiment souciée de favoriser leur accès à la culture et aux loisirs. D’écouter leurs

revendications à défaut de les susciter. «Même si les choses ont beaucoup

changé aujourd’hui, il n’en demeure pas moins qu’il est temps de travailler

avec et non pour la personne handicapée». De sensibiliser le public. Afin

de tenter de faire tomber les barrières. Les masques… et les préjugés,

tenaces et encore trop nombreux. Les discriminations surtout. Tout un programme. Et autant de buts que se propose d’atteindre ce cinquantième anniversaire.

L’enfant du péché

Discrimination? Née en 1953 dans un village de la campagne de Lucerne

sans bras ni jambes, Aiha Zemp la vivra très tôt, cette exclusion. Le curé

n’a pas voulu baptiser la petite fille. «Une enfant comme moi, avait-il

alors dit, ne pouvait être que le fruit du péché de la famille».

Douze ans après sa naissance, la direction du lycée dans lequel elle entendait poursuivre ses études lui interdira l’entrée de l’école. Le regard

de la société n’a pas changé depuis: «Il y a deux ans, raconte-t-elle, je

me trouvais dans un des restaurants de la gare de Zurich, lorsqu’un jeune

homme, la trentaine, dont l’allure vestimentaire aurait pu être celle d’un

employé de banque de la Bahnhofstrasse, m’a abordé pour me demander si je

ne préférerais pas me tirer une balle dans la tête. ’Cela fera toujours un

parasite en moins’», avait-il lâché.

Aînée de quatre soeurs, soutenue par une famille qui ne l’a jamais considérée comme «un cas spécial», et donc toujours refusé de la placer en

«maison spécialisée», Aiha Zemp, âgée aujourd’hui de 43 ans, exerce la profession de psychothérapeute dans un village proche de Zurich, où elle a ouvert son propre cabinet en 1982. En octobre dernier elle s’est présentée

sans succès pour le Conseil national. «J’ai fait des études à l’Institut de

journalisme de l’Université de Fribourg après avoir tâté de l’éducation, et

avant de bifurquer sur la psychologie à l’Université de Zurich». La thèse

qu’elle vient de soutenir avec succès sur «La violence sexuelle contre les

filles et les femmes handicapées» lui conférera prochainement le titre de

docteur en psychologie.

Dans le wagon-restaurant de l’Intercity Lausanne-Zurich où Aiha Zemp

nous a donné rendez-vous – «Je reviens de Paris, où j’ai donné une conférence» -, les regards insidieux plus ou moins bien dissimulés, gênés, étonnés sinon abasourdis se portent inlassablement sur notre table. Des regards

que notre interlocutrice connaît bien… Ils ont un jour provoqué sa révolte d’enfant, avant de nourrir sa lutte contre le mépris, l’exclusion, voire

l’élimination. «Une certaine agressivité à l’encontre des personnes handicapées est à nouveau perceptible aujourd’hui, tout comme le racisme et

l’intolérance, qui ressurgissent ces derniers temps».

Gamine, Aiha regarde les autres gosses dessiner, écrire. Elle n’a pas de

bras. Mais une bouche en revanche, avec laquelle elle tient crayon et pinceaux pour laisser courir mots et couleurs sur une feuille. Avec la perte

de ses dents de lait, c’est un autre apprentissage qui commence. Qu’à cela

ne tienne: elle câle son crayon sous l’aisselle. Stupéfiante habileté. «Il

n’y a que deux choses que je ne parviens pas à faire seule; me laver et les

nettoyages».

La guerre au test prénatal

Aux quatre coins de l’Europe, Aiha Zemp apporte aujourd’hui ses connaissances acquises en la matière. Avec un but: que la société reconnaisse la

personne handicapée et que ces mêmes personnes ne demeurent plus fondamentalement des objets, dont le destin resterait lié et conditionné par l’environnement. Avec l’appui de médecins, de psychologues et d’éducateurs,

qu’elle forme, elle entend briser un nouveau mur de silence. Un autre tabou

honteusement tu: «65% des filles et femmes handicapées sont sexuellement

abusées».

Le test prénatal est un autre de ses combats. «La génétique veut éliminer les handicapés». L’avortement, martelle-t-elle, est la première des exclusions. «C’est le premier rejet de la part de la société. La première sélection… Celle qui donne aux biens portants le droit de décider». Comment

la société peut-elle trouver une relation positive au problème du handicap,

si on en parle systématiquement de manière négative?, s’insurge A. Zemp.

«Il s’agit là de la plus horrible des exclusions. La pire. Parce qu’elle

vient de la science».

Dans une société où le handicap visible signifie que le modèle n’est pas

conforme à l’»idéal» de la femme fatale ou de l’homme viril et macho présents dans la plupart des spots publicitaires, comment faire évoluer les

mentalités! Et les regards! Pour qu’enfin soit admis que les handicapés

sont des êtres à part entière. «La société est un groupe composé de différentes personnes, où chacune est unique. Des noirs, des blancs… des handicapés, des non-handicapés…»

Aiha Zemp se sent profondément femme. «Adolescente, les garçons aimaient

m’emmener avec eux en disco. Par provocation. Et par défi aussi. Jusqu’au

jour où j’ai déclaré mon amour à l’un d’eux. Ils s’en sont étonnés. Mais

cela les a moins amusés: ’Quoi, cela t’arrive aussi’». La société pense

souvent que les personnes handicapées sont des êtres asexués. «Ni fille, ni

garçon. Ni homme ni femme. Mariée, puis divorcée dix ans plus tard, Aiha

Zemp a porté un enfant pendant neuf semaines. Qu’elle a perdu. «Il est parti seul. Sinon je l’aurais accepté, assumé».

Elle entend encore les murmures d’indignation, voilés ou non. Quoi, une

invalide? Le sang de la psychothérapeute ne fait qu’un tour à l’énoncé de

ce mot: «Nous ne sommes pas des invalides. Nous avons un handicap». A la

page 1’028 du «Petit Robert», cette définition à faire crier d’indignation

contre un amalgame, un raccourci nés de l’image voulue par la société, y

compris de «la mal nommée Assurance invalidité» (AI) créée en 1960: Invalide, du latin invalidus: «Qui n’est pas en état de mener une vie active. De

travailler, du fait de sa mauvaise santé, de ses infirmités…voir impotent, infirme».

La retraite de Pauline

Une définition que Pauline, 62 ans, secrétaire à Pro Infirmis Fribourg,

s’emploie elle aussi à détruire. Avec le sourire. Née avec un bras seulement et sans jambe, Pauline s’est occupée 36 ans durant d’une partie du secrétariat. Comme n’importe quelle employée. Le jour où nous l’avons rencontrée était le dernier de sa vie professionnelle. Vous avez dit invalide?

La retraite l’attendait le lendemain. Sans appréhension aucune: «Grâce à

mes activités annexes et à mes loisirs, je n’ai rien à craindre de ce passage. Pendant 36 ans, aux personnes qui me demandaient ce que je faisais,

j’ai inlassablement dit: je travaille. La réponse fusait invariablement:

’Ah… c’est bien ça. Vous vous occupez’. Vous savez, relève-t-elle quelque

peu amusée de ce bon tour, on a l’impression qu’une personne handicapée qui

travaille le fait pour s’occuper. Et non pour gagner sa vie. Sa croûte»,

comme n’importe qui.

Contrairement à Aiha Zemp, Pauline ne ressent pas ou moins le besoin de

lutter pour l’intégration des handicapés dans la société. «Cela voudrait

dire qu’on en a préalablement été exclu. Or je ne me sens pas exclue. Même

si je pense que la société est trop dure avec la personne handicapée, les

marginalisés. Surtout à une époque où tout doit aller très vite, où tout

est fonction de rentabilité, et ou l’individu n’existe qu’en termes de production, de consommation. Mon handicap? «Je n’y pense pas. Sauf lorsque je

suis devant un obstacle. Comme des escaliers par exemple. Alors je me dis:

le handicap n’est pas d’être privé de son bras et de ses jambes, c’est tout

ce qui entrave la vie quotidienne».

ENCADRE

Quand le handicap n’est pas forcément un handicap

Paraplégique à la suite d’un accident de ski en 1984, alors qu’il avait

un peu plus de 15 ans, Jean-Christophe Pilloud, de Fribourg, est demeuré le

sportif qu’il était avant son accident. Fier et volontaire, comme il aime à

le souligner, il a notamment choisi de faire de la compétition dans l’équipe de basket de la ville, en plus de ses nombreux loisirs. Et surtout de

son boulot dans une entreprise de la place. «C’est vrai, convient cet électronicien, j’ai offert mes services en ne mentionnant pas sur mon curriculum et mes références que je suis paraplégique. J’ai estimé que ma candidature devait être examinée sur la base de mes seules connaissances».

Son accident s’est produit en mars, six mois plus tard, en septembre, il

réintégrait l’école en chaise roulante. «J’ai tout de suite voulu me battre

dès que j’ai compris ce qui m’arrivait. Repartir à zéro, tout réapprendre,

et vite. Je ne dis pas que j’accepte mon état. Je vis avec. Mon handicap ne

me pose pas de problème existentiel». Volontaire, J.-Ch. Pilloud n’a jamais

fait grand cas des regards condescendants qui pèsent sur lui lorsqu’il se

promène en ville sur sa chaise. «Cela m’a frappé au début… mais je n’y

prends plus garde aujourd’hui. Je monte les escaliers, les descends… même

s’ils représentent le pire des obstacles selon leur importance. Je me débrouille seul et roule en voiture».

Lui non plus ne correspond en rien à la définition d»’invalide» que

pourrait lui coller une société empressée de poser des étiquettes. «Je fais

ce que j’ai envie de faire, vis tout ce qu’il y a de plus normalement. Que

je sois en chaise ou non ne change rien si l’envie me prend d’aller au restaurant, de boire un verre. De sortir». «Discrimination à mon égard? Il

faut parfois faire sa place, faire comprendre aux gens que le fait de ne

plus avoir l’usage de ses jambes n’empêche nullement d’avoir une tête et de

savoir s’en servir, que vous savez rigoler, plaisanter, ou être furieux».

L’oeil un brin amusé, J.-Ch Pilloud de lancer: «Il y a même des avantages à

être en chaise roulante: des places de parcs spécialement réservées à notre

usage, pas de zone bleue ni de disque à mettre… pas de queue à faire pour

aller voir Gottéron. Gratuitement qui plus est, et au bord de la glace».

(apic/pr)

ENCADRE

Des acteurs de la vie

Créé en 1946, Pro Infirmis Fribourg dépend juridiquement du siège général à Zurich. Mais contrairement à d’autres cantons comme Berne et Vaud,

Fribourg coordonne ses activités à partir de ses bureaux sis à l’avenue de

Pérolles, pour ensuite rayonner dans l’ensemble des districts. Avec 7,1

postes d’assistants sociaux, trois secrétaires et un directeur, explique ce

dernier, Adolphe Gremaud. Le tout appuyé par un Comité de 8 personnes bénévoles. L’AI assure le 80% des charges salariales, le canton 10% et les communes une partie du manquant. Le reste provenant de dons privés.

Comme dans la plupart des problèmes touchant au social, le manque de

statistiques fait cruellement défaut en Suisse. Un pays où il est plus facile d’obtenir le nombre de moutons ou de porcs que n’importe quels autres

chiffres liés à l’homme et à son existence. «Non, admet et déplore A. Gremaud, hormis le nombre de dossiers ouverts dont nous avons la charge, suis

incapable de vous dire combien le canton compte de personnes handicapées à

un titre ou à un autre».

L’introduction de l’AI, en 1960, estime A. Gremaud, a coïncidé avec un

formidable développement d’écoles spéciales, de foyers protégés pour personnes handicapées physiques ou mentales, d’institution d’accueil… pour

des personnes qu’on plaçait jusqu’alors souvent à l’hôpital psychiatrique

de Marsens. «Elles n’avaient bien entendu rien à y faire», s’insurge-t-il .

Mais les choses changent aujourd’hui. «Jusqu’à présent l’accent a été mis

sur le côté matériel. Il est désormais grand temps de se préoccuper de la

qualité de vie de la personne handicapée. Il ne faut pas seulement construire des murs. Consulter les personnes intéressées est maintenant une

priorité. C’est vrai, on ne les a jusqu’ici ni trop écoutées, ni trop consultées. On a pris en compte les besoins vitaux. Mais pas l’aspect activité. Nous n’avons pas davantage tenu compte de leur solitude, ni trop favorisé leur accès à la culture, aux loisirs, leur participation à la vie sociale et politique. Comme tout un chacun.

Certes, convient le directeur de l’institution fribourgeoise, dans chaque immeuble public rénové on tient maintenant compte de l’accessibilité

pour une personne en chaise roulante… y compris dans les gares et sur les

trottoirs. A l’Office des constructions et de l’aménagement du territoire

(OCAT), un poste est réservé et occupé par une personne paraplégique chargée d’examiner les plans des lieux d’accès et de donner son aval. «Mais cela ne saurait suffire. Parce que le besoin de vivre comme un autre est réel

chez la personne handicapée. Et ce cinquantième nous donnera l’occasion de

sensibiliser le public et la jeunesse au problème du handicap, physique ou

mental».

Des expositions d’oeuvres d’handicapés sillonneront le canton. Le puvlic

sera en outre convié du 27 avril au 2 mai à un cycle de huit films sur le

thème de «Handicapé… et alors». Des pièces de théâtre itinérantes, y compris en allemand, seront présentées dans des écoles. Point d’orgue, deux

pièces mises sur pied par le CREAHM, une institution belge, où les acteurs

ne sont autres que des handicapés mentaux. Une expériences théâtrale avait

déjà été tenté en 1993 par le Foyer «Les Fontenattes», à Boncourt, dans le

Jura. Avec succès, grâce au talent du metteur en scène Michel Demierre et

au pari des éducateurs, qui avaient tenu la gageure de monter «A chacun son

cinéma», avec des handicapés mentaux profonds pour acteurs. Le public était

accouru, curieux mais sans voyeurisme aucun. Il avait découvert des acteurs. Des acteurs de la vie. (apic/pr)

Le programme des manifestations sera publié ultérieurement. Toutes seront décentralisées afin de permettre à l’ensemble du public du canton d’y

avoir accès.

Des photographies de Aiha Zemp peuvent être obtenues auprès de Silvia

Voser, Eigenstrasse, 18, tél: 01/ 422 35 94

9 avril 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 10  min.
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