Cameroun: La mendicité au nom d’Allah et de Jésus a envahi les métropoles

APIC Reportage

Le Cameroun a aussi ses «intouchables»

Martin Luther Mbita, pour l’agence APIC

Douala, 23 février 2001 (APIC) Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui investissent tous les jours les carrefours et les rues des grandes métropoles du Cameroun que sont Douala, Yaoundé et Garoua, à la recherche de leur pain quotidien. Valides comme invalides, Camerounais comme étrangers – Nigérians, Maliens, Nigériens, Tchadiens en particulier – jeunes, femmes, enfants, vieillards, ils mendient au nom d’Allah et de Jésus Christ. Voyage au cœur de l’univers difficile de ceux que la société camerounaise surnomme parfois «les intouchables.»

La mendicité a atteint des proportions indescriptibles au Cameroun. Ce phénomène, qui sévissait beaucoup plus en Afrique de l’Ouest, est entré dans le pays par le Nord, habité par une population à 90% musulmane. La crise économique aidant, la mendicité est descendue dans la partie Sud du Cameroun en passant par la côte. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les musulmans qui la pratiquent. Chréétien et adeptes d’autres religions s’y adonnent également, bravant toutes les intempéries afin de «survivre».

La mendicité comme un métier

Nous sommes à Douala, la capitale économique du Cameroun. Aminatou, musulmane pratiquante, est originaire du Nord-Cameroun, province musulmane. Aminatou est handicapée physique. Elle ne peut marcher et compte sur ses deux petites filles, Mariétou et Fati, âgées de 6 et 8 ans pour gagner sa vie. Elle porte également un bébé de 2 ans dans ses bras.

Dès sept heures du matin, Aminatou et ses enfants investissent le carrefour dit «Ancien Dalip», équipées simplement de leurs nattes et deux petites assiettes. Pendant que la mère, assise, berce son enfant, les deux jeunes filles tendent leurs assiettes aux passants en criant «sadaka  » qui veut dire «un peu d’aumône» en arabe. Parfois, elles n’hésitent pas à retenir les gens par leur chemise ou leur robe, et même devenir agressives lorsque l’on ne manifeste aucune attention à leur égard. Lorsque la moisson est bonne, elles rentret avec environ trois mille francs CFA (env. 7 francs suisses). Et lorsqu’il y a des jours où rien ne leur sourit, Mariétou et Fati vont fouiller dans les poubelles, à la recherche d’un peu de nourriture ou d’objets à revendre.

Aminatou a élu domicile dans un bâtiment en ruines d’un quartier très pauvre de Douala. C’est ici qu’elle et ses enfants préparent à manger et dorment. Aminatou et ses enfants ne sont pas les seuls à se livrer à cette «sale besogne» comme pensent les populations de la ville. D’autres individus investissent également tous les dimanches l’espace de la cathédrale Saints-Pierre et Paul de Douala. Ils connaissent tous les programmes et horaires des célébrations eucharistiques. Avec leurs petites assiettes, ils s’installent à la sortie de l’église pour demander l’aumône. Le lieu étant bien indiqué pour les âmes charitables, ils trouveront ici des personnes susceptibles de leur donner un peu d’argent.

Une bonne comédienne

Une jeune fille est devenue célèbre à Douala pour avoir trompé son monde. Un bébé dans les bras, sagement recouvert d’un pagne, elle se plaçait dans un carrefour pour demander de l’argent afin d’amener son enfant à l’hôpital, disait-elle. Elle jouait parfaitement la comédie «dramatique». Visage crispé, larmes aux yeux, elle faisait tellement pitié que personne n’avait le courage de la laisser tomber. Il lui arrivait de récolter trente mille Francs CFA (env. 70 francs suisses) en une journée.

Le pot aux roses a été découvert le jour où les mêmes personnes qui lui avaient donné de l’argent pour soigner son enfant l’ont retrouvée dans un autre carrefour en train de quémander pour le même motif. Démasquée, elle a dû quitter la ville de Douala. D’autres hommes ont tenté de reprendre le relais, sans succès. La population locale avait été largement mise en garde par les médias sur ces pratiques douteuses. (apic/mbt/bb)

23 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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Coin de riviera au pays des sapins

APIC – Reportage

Entre traditions religieuses et fêtes populaires (301096)

Le Jura aussi produit son vin

Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

Il était le seul des cantons romands à ne pas produire son vin. Le Jura y a

remédié. Modestement, en Petit-Poucet du vignoble. Qu’importe la quantité.

Sa qualité est désormais reconnue. Nombres de prêtres l’utilisent aux grandes occasions comme vin de messe du reste. En Ajoie où on travaille une

parcelle de vigne, on est proche de la terre et des traditions. Aujourd’hui

on bénit le blé et la pomme-de-terre, mais aussi le vin et le kirsch. Sans

aprler de la damassine et de la mirabelle. Notre reportage.

«Mon vin de messe à moi? Aux grandes occasions c’est un «Clos des Cantons», produit à Buix. Le Jura, plébiscite oblige, a pour l’instant fait le

deuil des vins neuvevillois du lac de Bienne. Il a bien fallu y remédier en

plantant de la vigne dans la partie ’libérée’», confie sous forme de boutade un prêtre jurassien, interrogé à l’heure des vendanges sur les traditions religieuses encore bien ancrées en terre jurassienne.

Boutade? Sur la route cantonale ajoulote qui mène à Buix et à Boncourt,

puis à Delle, sur le trajet Porrentruy-Paris, les sarments de vignes accrochés aux échalas des côteaux qui dominent l’Allaine entre Grandgourt et

Buix semblent bien donner raison au prêtre. Et même d’en prouver ses propos. Pour la 6e fois depuis 1990, une messe bénira le produit de la récolte

jurassienne. Dont la vendange 96 vient à peine de s’achever.

Avec l’Alsace au nord-est, naguère grand fournisseur de pinard aux Princes-Evêques, avec à l’ouest la Bourgogne, dont histoire est étroitement

liée au Jura, le risque était assurément moindre. La République, tout nouveau canton suisse en 1974 – année du vote sur l’autodétermination -, était

de plus le seul canton romand à ne pouvoir s’enorgueillir de posséder son

propre vignoble. «Un état de fait qui avait le don de «vexer» Henri Cuttat,

alors chef de service de l’Economie rurale, lorsque ses collègues romands

le taquinaient sur le sujet», explique Bernard Varrin, directeur de la coopérative agricole Centre Ajoie, à Alle.

Le remède

Sûr que cela ne pouvait durer… D’autant qu’à table, la région jurassienne se tient plutôt bien. Et plutôt deux fois qu’une, autour de ses traditions, ses fêtes populaires et religieuses. Avec sa Saint-Martin, fête du

cochon s’il en est, son blé de première qualité, ses fromages et sa fameuse

Tête-de-Moine, ses alambics qui extraient des fruits à noyau et à pépins

des liqueurs réputées pour leur qualité, eaux de cerise ou de prune. Sans

parler de son kirsch ou de ses inégalables damassine et mirabelle. Et le

reste est à l’avenant, écrivait un jour Roger Schaffter, l’un des «pères»

du canton. «Car le paysan jurassien, qu’il soit céréalier, éleveur, fruiticulteur ou fromager, met son orgueil et son énergie à faire rendre au sol

le meilleur de lui-même».

Restait à relever le défi de la vigne. Ce qui fut fait en 1988 avec

l’achat de deux hectares par la coopérative agricole du Centre Ajoie, à Alle, propriétaire du terrain. Soit d’une trentaines de parcelles à Buix, sur

un côteau orienté plein sud à quelque 380 m d’altitude seulement. Deux ha

auxquels viendront s’en ajouter 3 autres en 1992, pris d’un pâturage remanié. Portant ainsi à 5 ha la surface des vignes cantonales, complantés en

risling/sylvaner, pinot noir et pinot gris, de l’ex-granoir enfin, rebaptisé depuis garanoir.

De la première bénédiction de la vigne à la première vinification

De la première récolte de raisin, l’abbé Ivan Sergy s’en souvient. Parce

que c’est lui que le vigneron du «Clos des Cantons», Didier Fleury, est allé chercher pour la bénir, au printemps 1989, soit 18 mois avant la première vinification. Un rituel qu’il recommence depuis à chaque nouveau printemps. «Pour que le vin soit bon, de qualité… et pas seulement en quantité».

Arrivé en 88 pour exercer son ministères dans les paroisses de Boncourt

et de Buix, le jeune prêtre vaudois n’avait pas caché son étonnement à la

découverte d’un côteau jurassien. Pas davantage qu’il n’avait réussi à dissimuler son plaisir lorsqu’on lui avait demandé de renouer avec les rogations dans ce coin d’Ajoie profondément catholique, attaché au terroir, à

l’agriculture et aux traditions.

«Elevé dans une région citadine, il fallait d’abord savoir ce que

c’était, les rogations. Je connaissais cela de la liturgie. Mais sans

plus», explique-t-il aujourd’hui. Il a donc dit oui à la demande, tout en

s’arrangeant pour reconvoquer ensuite les paysans. Pour leur dire: «Maintenant que nous avons eu de bonnes récoltes, c’est aussi le moment de dire

merci».

La formule? «On se retrouve dans un champ de blé, entre Buix et Montignez, sous deux vénérables cerisiers, avec un autel monté en plein air sur

une machine agricole, une moissonneuse-batteuse parfois». C’est maintenant

devenu la messe des gens de la terre, après la fête des paysans célébrée

chaque année à Alle depuis 73.

Cette messe, célébrée depuis lors, attire la foule des paysans chaque

année aux moissons achevées. Travailleurs de la terre et amis, gens du terroir identifiés à leur coin, à leur culture, à leur convictions religieuses, rassemblés autour de leurs produits bénis par l’abbé Sergy: fruits,

céréales, blé, «patates», betteraves, eaux de vie et pinards…. Bref tous

les produits. Y compris le marc tiré des raisins vinifiés des cépages ajoulots.

Lettres de noblesse

Ce clin d’oeil au ciel est à la hauteur des attentes, dans ce Jura qui

passe pour avoir un climat particulièrement rigoureux. «Ici, confie le vigneron Fleury deux dangers guettent la vigne, les gels tardifs du printemps

et précoces de l’automne. Entre ces deux maux, on peut mûrir le raisin,

faire évoluer un vignoble grâce à des cépages à courte durée végétative: le

risling-sylvaner et le pinot gris pour les blancs, le pinot noir et le garanoir pour les rouges…»

Résultat? Quelque 7’200 bouteilles en 1990, 12’800 deux années plus

tard, 32’000 en 1994, après le passage de 2 à 5 ha, et 35’000 bouteilles en

1995. Rien à voir avec le Valais, Vaud ou même Neuchâtel, Genève et Fribourg, certes. Une paille. Et pourtant…

Entre les blancs, les rouges et le rosé, le vignoble de Buix a d’ores et

déjà conquis ses lettres de noblesse, comme le confirme Marianne Romano,

oenologue reconnue, maîtresse de l’une des grandes tables du Jura, voire de

Suisse. «Rien ne se marie mieux aux spécialités régionales que le vin de la

région», confie-t-elle. Avant de se souvenir d’une dégustation à l’»aveugle», par des spécialistes professionnels, où le «Clos des Cantons» est

sorti premier. «On se regardait, en se disant si seulement celui-ci pouvait

être le nôtre».

La qualité plutôt que la quantité

Ceci explique cela: le vignoble de Buix aurait pu récolter 12’000 kg de

plus en 1995, mais le vigneron a pris sur lui de faire tomber les grappes

excédentaires. La qualité plutôt que la quantité. La vendange 96 qui

s’achève n’échappe pas à ce critère, à cette volonté. Et si moins de bouteilles seront mises en vente l’été prochain, en raison d’une grêle ce

printemps, celles-ci seront de meilleure qualité, prédisent les augures.

En réalité, explique Didier Fleury, nous avons beaucoup moins de problèmes que dans les régions où la vigne existe depuis 2, 3 ou 4 siècles et

plus. Là où des générations de parasites, d’insectes et de maladies ont eu

le temps de se développer. «Nous n’avons pas de problèmes d’insectes. Si je

vous dis que nous sommes devenus un cas qui intéresse les stations fédérales de recherche, et que des spécialistes vaudois, valaisans et neuchâtelois viennent aujourd’hui prendre du matériel pour greffer leurs plants.

C’est pas rare, au printemps, de les voir avec des fourgonnettes chargées

de sarments de Buix».

Heureux et unique vigneron. Agriculteur reconverti après une formation

dans une école supérieure de viticulture, à la demande du Centre Ajoie, Didier Fleury a pris sa tâche à coeur, pour satisfaire le palais des Jurassiens, principaux consommateurs, avec les Jurassiens de l’extérieur, d’une

cuvée qui s’écoule bon an mal an. Le 30% de la production est «réservée»

aux restaurants, le reste étant consommé par Monsieur-tout-le-monde. «Même

l’apéro servi à l’ordination de l’évêque portait l’étiquette du «Clos des

Cantons», assure-t-il. «Il ne se passe pas une fête des paysans, pas une

messe célébrée en patois par les abbés Oeuvray, Nicoulin ou Prongué, pas

une messe de la terre de l’abbé Sergy sans qu’il n’apparaisse dans les calices et sur les tables».

Une expérience pas née d’hier

L’expérience de la vigne dans le Jura – dont une est en cours à Soyhières, avec l’essai d’une culture biologique de la vigne sur une petite parcelle – ne date pas d’hier dans le Jura. A Grandgourt, à quelques centaines

de mètres du vignoble de Buix, se dressait au XVIIIe siècle un prieuré, où

des moines la cultivaient déjà. «Pour leurs besoins personnels», indique le

vigneron Fleury.

«En Ajoie, comme dans tout le Jura, on travaillait alors la vigne. Les

cadastres de pratiquement toutes les communes en attestent. Des lieux-dits

comme les Vignattes, la Rochatte ou plus simplement les Vignes donnent à

penser qu’une «multitude» de vignobles étaient dispersés aussi bien du côté

des communes ajoulotes de Porrentruy que de celles des vallées de Delémont…»

Parce que le nom «Clos des Cantons», contrairement à ce que cela laisse

supposer, n’a rien à voir avec la République. «Un lieu-dit, un de plus,

tout simplement, situé immédiatement après celui de Grandgourt», explique

Bernard Varrin, moteur du projet, de sa réalisation. «Foin d’un lyrisme de

pacotille, style «Vin de la liberté», «Du 23 Juin» , ou genre esprit de

clocher, «Côte de Buix», ou encore pompeux comme «Côte de Nuit»«.

La «patte» du peintre Comment

Vigne plantée, vendanges assurées, vin tiré, encore fallait-il habiller

les bouteilles. Autrement que par une étiquette qu’on aurait oublié de rendre belle, esthétique, et autrement parlante que par des grands mots. La

couleur était assurément la solution. La création aussi. «C’est pourquoi

nous nous sommes approchés du peintre jurassien Jean-François Comment, qui

s’est immédiatement mis au travail. Pour nous présenter une cinquantaine de

sujets». Dont trois ont particulièrement séduit, pour le rouge, le blanc et

le marc, avec ses grandes surfaces de débauche de couleurs, parfois tiraillées entre des formes vives rougeoyantes, bleues ou jaunes. Le plaisir du

palais. Et des yeux. (apic/pr)

ENCADRE

Un cas unique en Suisse

Didier Fleury n’a eu aucune peine pour se recycler. «Dans chaque Jurassien, un agriculteur sommeille. Dans chaque famille vibre une fibre paysanne. Le projet d’un vin jurassien a du reste recueilli l’assentiment de

l’ensemble de la population», assure-t-il. Cas unique sans doute en Suisse,

les agriculteurs, les coopérateurs du Centre Ajoie, une des plus grandes

coopératives de Suisse, sont propriétaires de cette vigne, créée pour diversifier la production locale, pour marquer la volonté du Centre de disposer d’une carte de visite pour l’agriculture ajoulote et jurassienne.

C’est vrai, la plupart des gens en Suisse ignorent l’existence de ce

vignoble, admet Bernard Varrin. «Lorsque je suis en communication avec Lausanne, par exemple, il n’est pas rare de m’entendre dire ’quel temps faitil, là-haut?’. Pour l’extérieur, le Jura, c’est un plateau à 1’000 mètres,

c’est les Franches-Montagnes, les sapins et la neige… Alors que BasseAjoie, vers Boncourt, est à 360 mètres seulement». Sans doute le secret de

la damassine. Et de la mirabelle.

Le vigneron du «Clos des Cantons» travaille son domaine annuellement durant environ 5’000 heures. «Nous sommes deux à plein temps, plus deux ou

trois auxiliaires durant les mois de mai et juin, et entre 20 et 25 personnes lors de la vendange». Reste la vinification, qui se fait à Aesch, près

de Laufon, dans le canton de Bâle-Campagne. (apic/pr)

Des photos de la messe des paysans, en automnne, ainsi que du vignoble

de Buix, peuvent être obtenues auprès de l’abbé Ivan Sergy, cure de Boncourt. Des reproductions des étiquettes des bouteilles sont à disposition

au Centre Ajoie, Alle.

30 octobre 1996 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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