Apic Interview

Jean-Claude Noyé, correspondant de l’agence Apic à Paris

Ecologie: Devant l’état alarmant de la planète, redécouvrir la frugalité

Jean-Marie Pelt: il est très difficile de mobiliser l’Eglise catholique

Paris, 12 février 2004 (Apic) Jean-Marie Pelt, chrétien et scientifique, s’est penché sur l’état alarmant de la planète et sur sa relation au Christ dans son récent livre «Dieu et son jardin»(1). Les chrétiens, estiment-ils, devraient particulièrement se mobiliser pour la sauvegarde de la création. Hélas l’Eglise catholique rechigne à rejoindre ce combat pourtant crucial.

Le public francophone connaît Jean-Marie Pelt par ses nombreux livres, et chroniques dans les médias, en particulier sa célèbre série télévisée «L’aventure des plantes». Scientifique, président-fondateur de l’Institut européen d’écologie, professeur émérite de biologie végétale à l’université de Metz, il est aussi homme de foi.

Apic: Vous attirez l’attention du grand public sur les désastres qui nous menacent. Lesquels?

J-M. Pelt: Si l’on prend la forêt : 50 % des grandes forêts ont été détruites depuis 1945. Les conséquences sont lourdes sur le climat et l’érosion des sols, la désertification. Si l’on prend l’eau : 14 000 personnes meurent chaque jour, surtout dans les pays pauvres, en ayant bu une eau polluée. Le réchauffement de la planète ? Il s’accélère depuis une dizaine d’années et les catastrophes climatiques sont de plus en plus nombreuses.

Parlons des pesticides : non seulement ils appauvrissent les sols, mais ils ont souvent des effets cancérigènes : les cancers des testicules ont été multipliés par deux en vingt ans. On reconnaît leur rôle dans les cancers du sein. Sans parler de la puberté précoce chez les filles, des malformations congénitales chez les petits garçons, de la diminution de 50% des spermatozoïdes dans le sperme .

Or les OGM actuels contiennent des pesticides. Même conduite suicidaire à l’égard des ressources naturelles : dans 50 ans il n’y aura plus de pétrole. Notre mode de vie contribue à la dégradation accélérée des pays pauvres, de leurs ressources agricoles et forestières.

Apic: Quel rôle les Eglises peuvent-elles aussi jouer pour inverser le cours des choses ?

J-M. Pelt: Les Eglises ont un pouvoir d’influence sur les individus. Il est certes diminué en Occident, mais très vif dans les pays émergents. Si le Eglises enfourchaient vraiment le cheval de la bataille écologique, elles feraient évoluer les choses de manière significative. Je me réjouis que le magistère romain se soit prononcé avec les plus grandes réserves sur l’emploi des OGM.

Mais il faut constater qu’il est très difficile de mobiliser l’Eglise catholique. Elle n’a pas assez entendu la voix de saint François d’Assise! Les évêques de France sont de la plus grande discrétion sur les questions environnementales. Les protestants français eux-mêmes, après avoir contribué de manière significative au développement de l’écologie, avec un penseur de premier plan comme Jacques Ellul, l’ont reléguée au second plan.

Il faut dire que Descartes est l’un des principaux responsables, avec le philosophe Malebranche, du basculement intervenu en Occident lorsque théologie et philosophie ont considéré la personne humaine comme étant radicalement séparée de la nature. Pour Descartes, les animaux sont des machines ! La France est un pays technocratique. Elle est le premier pays au monde, après les USA, pour la production et la consommation de pesticides alors que les pays d’Europe du Nord ont diminué leur consommation de moitié en 10 ans !

Apic: Du côté orthodoxe, qu’en est-il ?

J-M. Pelt: Le patriarche de Constantinople, Bartholomée 1er, se dépense sans compter. Chaque année, il organise un événement phare, comme une croisière écologique sur la Mer noire. Il souhaite que les chrétiens du monde entier s’associent à la Journée de la création, inaugurée par lui en 1989 et célébrée liturgiquement. Il a raison. Les jeunes en particulier se préoccupent beaucoup des question environnementales. Les Eglises ont là une chance unique de les rejoindre. Et de tenir à nos contemporains un langage ad hoc, sans renier l’enseignement de l’Ancien et du Nouveau Testament.

J’ajoute que le dialogue interreligieux, en plein essor, est aussi l’occasion de souligner la valeur commune aux grandes traditions spirituelles de respect de la Création comme expression. Comme langage même du Créateur et comme lieu où on le contemple. J’en appelle, à ce sujet, au développement d’une véritable théologie chrétienne de la nature et du cosmos.

Apic: L’avenir de la planète passerait-il par un réenracinement de l’homme dans la vie spirituelle et la conscience de la vanité des biens matériels?

J-M. Pelt: Certainement, il nous faut redécouvrir la frugalité, au sens large du terme, comme manière d’être, et la solidarité comme primat. C’est là, précisément que les Eglises et les religions ont un enseignement à donner. Si chacun de nous décide de manger des produits bio, d’acheter des produits du commerce équitable, de se déplacer le plus possible à pied, en bicyclette ou en transports publics, de donner de son temps à la vie associative et militante, bref d’être un éco-citoyen et un consommateur responsable, alors les choses pourront changer. Si, en Europe, nous avons jusque là échappé à l’invasion des OGM, c’est justement parce que les consommateurs européens n’en ont pas voulu et se sont mobilisés.

Apic: Vous-même, comme élu municipal à Metz, qu’avez-vous fait sur le plan de l’environnement ?

J-M. Pelt: Si depuis 30 ans, le bilan écologique est plutôt négatif, l’urbanisme est en amélioration. Aujourd’hui c’en est à peu près fini des barres, cubes et autres tours qui ont défiguré les villes dans les années 60 et 70. A Metz, nous avons lancé le concept d’écologie urbaine dès 1971 en même temps que nous avons créé l’Institut européen d’écologie. Nous avons mis fin à tous les projets aberrants en vogue à l’époque et préservé le riche patrimoine architectural messin. Nous avons multiplié par cinq la superficie des espaces verts.

Un autre volet de notre action, c’est la sensibilisation des enfants à la protection de la nature, dès l’école maternelle. Nous avons créé à côté de chaque école des petits jardins que les enfants cultivent eux-mêmes, avec les conseils de moniteurs-jardiniers. Nous leur donnons également une BD spécialement conçue, une sensibilisation destinée à redonner aux jeunes le goût de la nature dans un contexte où la nature n’est plus naturelle. (apic/jcn/vb)

12 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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France: Le Père Lagoutte s’interroge sur les occupations d’églises et de la nonciature

APIC – Interview

Et pourquoi pas des mosquées… ou des synagogues?

Propos recueillis par notre correspondant à Paris, Jean-Claude Noyé

Paris, 20 août 1998 (APIC) Les occupations d’églises par des «sans-papiers», qui se sont multipliées ces derniers mois en France, ainsi que la récente intrusion, «par la force», d’un groupe de 13 personnes au siège de la nonciature apostolique de Paris n’a laissé ni le Vatican ni les milieux d’Eglise indifférents. Ni les pouvoirs politiques sans doute, qui viennent d’annoncer un assouplissement des critères pour régulariser la situation des «sans-papiers». Nombre de fidèles s’interrogent sur ces occupations. Et se demandent pourquoi on n’occupe pas aussi des mosquées ou des synagogues?

A terme, avec les nouveaux critères, entre 10’000 et 15’000 des 60’000 déboutés pourraient bénéficier des mesures d’assouplissement. Les réactions du Père Bernard Lagoutte, secrétaire général de la Conférence des évêques de France, dans une interview accordée à l’APIC.

P. Lagoutte: Je suis heureux de cette mesure d’assouplissement des critères, car on devrait aller vers davantage de paix et des critères plus précis, plus objectifs. Il était précédemment demandé aux préfets de régulariser la moitié des sans-papiers demandeurs. Ce critère purement politique a disparu et c’est tant mieux. Nous allons vers ce que réclamait le «Secours catholique»: un vrai examen au cas par cas et un accueil humain. Ce qu’a fait la nonciature pendant l’occupation de ses locaux et le gouvernement qui a accepté de dialoguer avec les personnes.

APIC: Comment réagissent les catholiques de base?

P. Lagoutte: Difficile de répondre. Pendant les occupations des églises, en mai-juin, il y a toujours eu des représentants des communautés ecclésiales concernées qui se sont montrés très présents, qui ont négocié avec les sans-papiers les modalités de leur occupation. Dans certains diocèses, ce ne fut pas facile. Beaucoup de fidèles renâclent, ne comprennent pas la politique de la main tendue de l’Eglise.

APIC: Les positions sans ambiguïté de l’épiscopat quant à l’accueil de l’étranger ont-elles amélioré l’image de l’Eglise auprès de l’opinion publique?

P. Lagoutte: Je ne sais pas. D’abord, il faut bien constater que cette question n’a pas suscité un grand retentissement national. Parmi le courrier que nous recevons, beaucoup de gens nous font savoir par lettre qu’ils ne comprennent pas et qu’ils s’offusquent de l’hospitalité faite aux sans-papiers dans nos lieux de culte. Ces personnes demandent pourquoi ce sont précisément ces lieux qui sont occupés et pas les mosquées ou les synagogues.

APIC: N’est-on pas en droit de se poser cette question?

P. Lagoutte: Ailleurs on les mettrait probablement dehors tout de suite. Alors que dans l’Eglise une tradition d’asile a toujours prévalu. Par ailleurs, les églises sont propriété des diocèses , et les forces de l’ordre ne peuvent y intervenir sans le consentement du clergé. Les sans-papiers le savent et ils ont tendance à intégrer cela froidement dans leur stratégie de combat, à nous instrumentaliser trop facilement. Ce que je déplore. Même si je n’ignore pas qu’à l’occasion de ces occupations, beaucoup de sans-papiers ont pu découvrir le message de fraternité de l’Eglise.

APIC: L’occupation de la nonciature a donné l’impression que le Vatican a fait un pas en avant, puis un pas en arrière. A-t-il subi des pressions du gouvernement français?

P. Lagoutte: Absolument pas. Le pape n’est pas intervenu personnellement dans cette affaire, contrairement à ce qu’a laissé entendre abusivement un journaliste de l’AFP. La salle de presse du Vatican a pris le soin ensuite de préciser les choses. (apic/jcn/pr)

20 août 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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