104e voyage de Jean-Paul II
Apic Dossier
Jean Paul II se rend à Lourdes en pèlerin et en pape
De correspondant romain de l’Apic, Hervé Yannou.
Rome, 9 août 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II se rend à Lourdes pour célébrer le 150e anniversaire de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, les 14 et 15 août 2004.
Vingt et an ans après sa première visite à la grotte de Massabielle, ce 8e séjour du pape en France, sera le point d’orgue du 131e pèlerinage national à Lourdes, qui se déroule du 11 au 16 août. Ce n’est cependant pas un simple voyage, ni une visite officielle qu’effectuera Jean-Paul II, mais «un pèlerinage apostolique» sur les terres de la «fille aînée de l’Eglise».
«La visite a le caractère d’un pèlerinage. Le pape veut vénérer la Vierge Marie et réaliser les gestes propres aux pèlerins, mettant en pratique le message délivré par Notre-Dame de Lourdes: pénitence, conversion et prière», a expliqué Mgr Renato Boccardo, secrétaire du Conseil pontifical pour les communications sociales, et organisateur des voyages pontificaux, sur les ondes de Radio Vatican, le 26 juillet 2004.
Ainsi, Jean Paul se rendra dès son arrivée à la grotte où Marie serait apparue 18 fois à Bernadette Soubirous entre le 16 février et le 11 juillet 1858. Il y boira l’eau qui jaillit de la source et y priera. En fin d’après-midi, le 14 août, il participera à une prière du rosaire sur un parcours constitué de cinq stations qu’il suivra depuis sa papamobile. Puis le 15 août au matin, il présidera la messe dans la prairie des Sanctuaires.
Le cadeau
Ce sera le point d’orgue de ce pèlerinage auquel près de 300’000 pèlerins sont attendus. Enfin, avant de quitter Lourdes, souligne Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, «nous lui offrons un temps de prière seul dans la grotte. Il restera le temps qu’il voudra». «C’est le cadeau que nous faisons au pape», précise-t-il.
Le thème fortement médiatique d’un pape «malade, parmi les malades», se rendant chez Bernadette Soubirous est une «interprétation réductrice de cet événement important», souligne Mgr Boccardo. Si Jean Paul II, âgé et souffrant, est hébergé à l’Accueil Notre-Dame, résidence pour pèlerins malades construite en 1997, c’est parce que c’est «le lieu qui répond le mieux aux exigences de son accueil. Le pape n’a pas besoin de loger dans une maison pour malades pour exprimer sa proximité avec le monde de la souffrance», précise encore Mgr Boccardo.
«Celui qui vient à Lourdes comme pèlerin est Jean Paul II, pasteur de l’Eglise universelle, insiste l’organisateur des voyages pontificaux, pour la célébration de l’anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception. Il veut ainsi rappeler l’importance de ce dogme à toute l’Eglise».
«Evidemment, le pape qui a un sens profond des symboles n’a pas choisi Lourdes par hasard», souligne le père Raymond Zambelli, recteur du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes. «C’est dans ce lieu que la Vierge a d’une certaine façon ratifié ce dogme quand elle a dit à Bernadette Soubirous ’je suis l’Immaculée Conception’».
Jean Paul II a une dévotion particulière pour la Vierge et l’Immaculée Conception. «Depuis le début, j’ai voulu placer mon pontificat sous le signe de la protection spéciale de la Vierge», a-t-il rappelé dans son message pour la Journée mondiale de la mission, en 2003. Sa devise «Totus tuus» (Tout à toi), formule de consécration à la Vierge, empruntée au saint français Louis-Marie Grignon de Montfort, en est aussi la marque.
Le pays le plus visité par le pape, après la Pologne
Mais le pape a aussi une sollicitude particulière pour la France. Au cours de ses études, il a l’occasion de découvrir pour la première fois l’hexagone et Lourdes pendant l’été 1947. Très conscient de la place de la France dans l’histoire de l’Eglise, sensible au poids de cet héritage, Jean Paul II a marqué dès le début de son pontificat son intérêt pour un pays qu’il estime. Avec ce second pèlerinage à Lourdes, après celui de 1983, le pape aura visité huit fois la France, ce qui fait que ce pays est plus visité par le pape après sa Pologne natale, où il s’est rendu à neuf reprises.
Surtout, Jean Paul II a une certaine idée de la France et de sa vocation chrétienne. Il l’a souvent rappelé à la République laïque. En 1980, lors de sa première visite officielle dans l’hexagone, il l’interpelle fermement, «France, fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? France, fille aînée de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle pour le bien de l’homme à l’alliance avec la sagesse éternelle ?».
En 1983, lors de son premier pèlerinage apostolique à Lourdes, il lance, «ce grand pays à l’histoire prestigieuse doit assurer au mieux le grand destin qu’elle a hérité de l’histoire». Il vient ensuite célébrer le 1500e anniversaire du «baptême de la France par le roi Clovis», à Reims en 1996. Enfin, en 1997, durant sa dernière visite triomphale lors des JMJ de Paris, il lance devant près d’un million de fidèles, que la devise de la République, «liberté, égalité, fraternité», était une forme «d’avènement temporel de l’Evangile».
Le pape «a choisi la France et la fille aînée de l’Eglise pour confier à nouveau l’humanité à Dieu», a souligné Mgr Boccardo dans un quotidien français. «Il n’oublie pas qu’au 15 août est traditionnellement renouvelé le «voeu de Louis XIII» consacrant la France à la Vierge», alors que la «fille aînée de l’Eglise» s’est opposée à l’inscription de l’héritage chrétien de l’Europe dans la Constitution de l’Union.
Ainsi, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon et président du pèlerinage national, a déclaré dans la presse française, que «le pape vient en France dans un contexte nouveau. Il vient à Lourdes pour réveiller les consciences. Je crois que le pape pourrait nous appeler de nouveau à agir afin que l’Europe soit fidèle à ses propres racines. Son pèlerinage à Lourdes donnera à cet appel un retentissement universel».
Autorités présentes
Même s’il ne s’agit pas d’une visite officielle, les autorités françaises seront présentes lors du pèlerinage de Jean Paul II et pourraient entendre son message. Le pape sera reçu à son arrivée à Tarbes par le président Jacques Chirac. Le ministre de l’Intérieur et ancien ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, doit assister à la messe du 15 août ; Philippe Douste-Blazy, ancien maire de Lourdes et ministre de la Santé, saluera le pape à son départ.
«Une visite du pape en France n’est pas si fréquente et est l’occasion de faire le point sur certain sujet du moment», a expliqué à I’Apic Laurent Stefanini, numéro deux de l’ambassade de France près le Saint-Siège. «Des sujets ont été abordés avec le Vatican pour préparer ce voyage, la question européenne, les rapports entre l’Eglise et l’Etat. Les relations sont bonnes entre le Saint-Siège et la France. Nous avons une approche parallèle des questions proche-orientales et africaines. Il y a certes de petites divergences de vues, qu’il ne faut pas exagérer», estime cependant le diplomate.
«Même si certains milieux de la curie montrent une relative incompréhension face à la position laïque de la France, cette laïcité n’est plus l’anticléricalisme d’il y a un siècle», estime Laurent Stefanini, rappelant qu’il a tout juste cent ans la Troisième république rompaient ses relations diplomatiques avec le Saint-Siège et préparait la séparation des Eglises et de l’Etat. «Nous ne nions pas que l’Europe ait des racines chrétiennes. C’est plus qu’évident. Mais doit-on l’affirmer dans un texte constitutionnel, technique, et réduire l’héritage de l’Europe à la seule religion chrétienne ?».
«Le pape vient aussi en France pour contribuer à l’évangélisation du pays, dans les circonstances actuelles», poursuit le ministre-conseiller. «Sa présence doit être un choc. Les visites du pape ont toujours un immense succès en France. Elles déclenchent de grands mouvements de piété populaire», conclut le diplomate qui, en charge du protocole à Paris en 1997, a accompagné le pape lors de ses déplacements durant son dernier séjour en France. HY
Encadré
Quatre temps forts
Le pèlerinage de Jean Paul II à Lourdes se déroulera en quatre temps distincts et complémentaires, les 14 et 15 août 2004. Jean Paul II quittera Rome le 14 août à 9h00 à bord d’un avion de la compagnie italienne Alitalia, accompagné se sa suite composée d’environ 35 personnes, dont les cardinaux Jean-Louis Tauran, archiviste et bibliothécaire du Saint-Siège, Roger Etchegaray, président émérite des Conseils pontificaux Justice et Paix et Cor Unum et de 70 journalistes, dont 12 Français. A son arrivée à 11h00 à l’aéroport de Tarbes, il sera accueilli par le président de la République française, Jacques Chirac.
Puis son cortège traversera la vieille ville de Lourdes pour se rendre à la grotte de Massiabelle, première étape de ce pèlerinage. Jean Paul II boira alors l’eau de la source qui jaillit dans la grotte et remettra une Rose d’or au sanctuaire. A 13h00 le pape se rendra à l’Accueil Notre-Dame, résidence pour pèlerins malades construite en 1997 et d’une capacité de 904 lits. Il séjournera au cinquième étage du bâtiment, sa suite au quatrième et le reste de l’établissement restera occupé par les malades.
Le second grand moment de ce pèlerinage sera un temps de prière et de méditation autour des cinq mystères lumineux du rosaire, à 17h30 le 14 août. Jean Paul II participera à une procession de cinq stations à bord de sa papamobile.
Accompagné de personnes représentants les différentes catégories de pèlerins, le pape partira de la grotte et s’arrêtera une première fois aux piscines pour le premier mystère (celui du baptême de Jésus), puis à la tente de l’adoration (pour le mystère des noces de Cana). La procession fera ensuite un arrêt devant l’église Sainte-Bernadette (pour le troisième mystère, celui de l’annonce du royaume), un autre devant la chapelle de la réconciliation (pour le mystère de l’incarnation de Jésus) et prendra fin sur le parvis de la basilique, pour le cinquième et dernier mystère, celui de l’institution de l’Eucharistie.
Après un dîner privé à l’Accueil Notre-Dame, le pape assistera à 21h30 au départ de la procession aux flambeaux depuis la terrasse de sa résidence.
Le lendemain 15 août à 10h00, le pape présidera le troisième temps fort de ce pèlerinage, la messe de l’Assomption sur la prairie des Sanctuaires. A l’issue de celle-ci, il récitera la prière de l’Angélus. Puis il déjeunera en compagnie des membres du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France et six des sept cardinaux français, Jean- Marie Lustiger, archevêque de Paris, Bernard de Panafieux, archevêque de Marseille, Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et les cardinaux de curie Roger Etchegaray, Jean-Louis Tauran et Paul Poupard. Le cardinal Jean Honoré, archevêque émérite de Tours, âgé de 84 ans, ne participera pas à ce déjeuner.
Avant de regagner l’aéroport de Tarbes, Jean-Paul II se rendra une dernière fois à la grotte de Massabielle, pour le quatrième grand moment de ce pèlerinage à Lourdes. Il priera alors seul devant la grotte. A 18h00 son avion décollera de l’aéroport de Tarbes et atterrira à Rome à 18h45. HY
Encadré
Les voyages du pape en France
Jean Paul II s’est rendu à sept reprises en France depuis le début de son pontificat. Ce 8e voyage en France et ce second à Lourdes fait de l’hexagone le pays le plus visité par le pape après la Pologne, où il s’est rendu neuf fois.
Sa première visite officielle s’est faite à Paris et à Lisieux le 30 mai et le 1er juin 1980. Le pape est ensuite revenu en France, à Lourdes, les 14 et 15 août 1983. Son troisième voyage le conduit à Lyon, Taizé, Paray-le-Monial, Ars et Annecy, en octobre 1986. Deux ans plus tard, il réserve sa visite à Strasbourg et au Parlement européen, à Metz, Nancy, Mulhouse et au Mont Sainte-Odile.
Les 1er et 2 mai 1989, se rendant à Madagascar, il fait une escale à La Réunion. Du 19 au 22 septembre 1996, il visite l’ouest de l’hexagone, en se rendant à Tours, Saint-Laurent sur Sèvre et au sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray en Bretagne. Enfin, il se rend à Paris du 21 au 24 août 1997 pour les 12e Journées mondiales de la jeunesse.
Si Jean Paul II se rend à Lourdes pour la seconde fois, il s’est déjà rendu six fois à Czestochowa, le grand sanctuaire marial polonais, quatre fois à Notre-Dame de Guadalupe au Mexique, quatre fois à Lorette, en Italie, et enfin trois fois au sanctuaire de Fatima au Portugal. HY
Encadré
Un voyage sous haute surveillance.
Pour le second pèlerinage apostolique de Jean Paul II à Lourdes, les autorités françaises mettent en place un important dispositif de sécurité pour assurer le bon déroulement de ce rassemblement religieux où 300’000 personnes sont attendues. Pour garantir «la paix publique», «prévenir la délinquance» et assurer l’accueil des visiteurs, la direction départementale de la sécurité publique du département des Hautes-Pyrénées a mobilisé 1’500 militaires, 17 compagnies républicaines de sécurité, 9 escadrons de gendarmerie mobile, dont un de parachutistes, des équipes cynophiles et deux véhicules blindés et deux hélicoptères. Par ailleurs, les services français travailleront en partenariat avec les forces de l’ordre espagnoles, pour gérer le flux des pèlerins provenant d’Espagne.
En ce qui concerne la sécurité de Jean-Paul II, le «dispositif pape» mobilise les moyens pour «une prise en charge du pape, pour l’évacuer en cas de besoin vers un plateau technique adapté à son état de santé». Par ailleurs, les groupes d’intervention de la police nationale, unités d’élite de la sécurité publique, et les services de déminage seront chargés de la protection du pape et de sa suite.
Le gouvernement français a aussi décidé de faire appel à la réserve civile, récemment instituée et déjà mise en oeuvre pour la célébration du 60e anniversaire du débarquement allié en Normandie, en juin 2004. HY
Encadré
Le pape remettra une Rose d’or au sanctuaire de Lourdes
Jean Paul II offrira une Rose d’or au sanctuaire de Lourdes à son arrivée dans la grotte de Massabielle, le 14 août 2004. Vingt et un ans après sa première venue dans la cité mariale française, le souverain pontife marque ainsi son attachement à la ville de Lourdes et à son pèlerinage.
Cette pièce d’orfèvrerie en métal précieux est une marque d’honneur offerte par le pape. Elle représente un buisson de roses dont les boutons sont chargés de parfum. Cette tradition remonte au 11e siècle, le pape faisait alors remettre annuellement une Rose d’or à un roi ou à un prince. Depuis le 18e siècle, l’usage est de l’offrir à une souveraine catholique ou à un sanctuaire.
Aussi grande que soit la valeur artistique et monétaire de ce présent (au cours des siècles, la plupart des souverains qui l’ont reçu l’ont fait fondre pour en récupérer le métal précieux), il est traditionnellement un symbole spirituel. La rose étant perçue comme étant la plus belle fleur de la nature et la plus parfumée, on souhaite par là que le parfum divin de cette plante symbolique imprègne l’esprit de celui qui la reçoit, soit une assurance de félicité éternelle, une source de joie et de bonheur.
La réalisation de la rose est généralement confiée à un orfèvre de renom, le bijou est ensuite béni par le pape. Il y place alors un peu de baume du Pérou mélangé avec du musc dans une logette au centre d’un des boutons de rose.
La dernière souveraine à avoir reçu ce présent est la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg en 1956. Jean Paul II en a déjà honoré de la sorte les sanctuaires de Notre-Dame de Czestochowa, en Pologne et celui de Lorette, en Italie, en 1995. (apic/imedia/hy/pr)
APIC – DOSSIER
Guerre des Balkans: Quand la «guerre intelligente» tue des civils
«Kosovo: la dictature des droits de l’homme
Bruxelles, Fribourg, 16 avril 1999 (APIC) «Brandissez les droits de l’homme et vous serez sûr de faire taire quiconque. Comment croire à un monde meilleur quand des gouvernements s’autorisent de la compassion de leurs peuples pour, massivement, faire la guerre à un autre?, s’interroge Pierre d’Argent, assistant en droit international à l’Université catholique de Louvain (UCL), dans un commentaire paru sous la rubrique «Opinion» dans la «Libre Belgique». Un article publié sous le titre provocateur: «Kosovo: la dictature des droits de l’homme».
Dans ce dossier, l’APIC reprend in-extenso cet article, véritable réquisitoire contre une guerre menée en toute illégalité par l’OTAN.
Quant à «L’Osservatore Romano»«, il se montre particulièrement critique contre l’OTAN et sa «guerre intelligente qui tue des personnes sans défense». Le quotidien du Vatican dénonce en outre le mensonge de l’OTAN à propos du massacre de civils. «Les alliés présentent leurs excuses en expliquant qu’on n’est pas à l’abri d’une erreur pendant une guerre, mais ils oublient que lorsqu’ils ont commencé les attaques ils avaient prévenu qu’il ne s’agissait pas d’une guerre, mais d’une opération de paix».
En toute illégalité
«La guerre menée par l’OTAN en Yougoslavie est illégale et contre-productive. Elle est illégale à défaut d’autorisation explicite du Conseil de sécurité, seul organe collectif habilité à «faire la police» » dans les relations internationales. Aucun des arguments avancés pour justifier le fait que l’on a pu se passer d’une telle autorisation ne peut convaincre. Elle est contre-productive en ce qu’elle augmente les souffrances des populations que l’on prétend vouloir protéger. Le bon sens suffit à le constater. Le général en chef des forces de l’OTAN a admis, le premier jour des «frappes», qu’il était «hautement probable» que le régime serbe allait s’en prendre aux populations civiles à l’occasion des bombardements: ne pas le prévoir aurait été une faute politique grave; accepter d’en courir le risque est criminel. Les justifications morales dont procède l’opération de l’OTAN cachent donc mal ses objectifs stratégiques fondamentaux. Ceux-ci sont, au moins: d’assurer la viabilité des accords de Dayton pour la Bosnie: la destruction du potentiel militaire serbe vise à «égaliser» les forces locales en présence, afin que la Yougoslavie ne puisse pas remettre en question ces accords une fois la présence militaire internationale en Bosnie réduite. La liquidation du régime politique en place à Belgrade participe de la même logique;
De donner de nouvelles raisons d’être à l’Alliance atlantique, à une époque où ses finalités premières sont largement obsolètes. Pour les Etats-Unis, il importe de démontrer que la sécurité du continent ne peut se faire sans eux, et de discréditer ainsi toute velléité d’autonomie militaire européenne.
Aveuglement de l’opinion publique
L’opportunité de ces objectifs mérite d’être débattue. Il est par contre insupportable qu’on les poursuive secrètement, sous couvert de vouloir faire respecter des «valeurs» communes. L’aveuglement avec lequel les opinions publiques acceptent les justifications officielles, sans relever leur hypocrisie et l’inadéquation des moyens mis en œuvre, est affligeante. Brandissez les droits de l’homme, vous serez sûr de faire taire quiconque, et de pouvoir traiter d’immonde complice du barbare combattu celui qui oserait vous contredire!
Pourtant, quelques constats s’imposent: Manquant de fondement juridique, la légitimité de l’opération militaire de l’OTAN se réduit à son effectivité. Jouant son existence, l’OTAN doit «réussir». L’effrayante escalade guerrière est, pour cette raison, inévitable;
Il est faux de prétendre que tout a été tenté durant un an de négociations, et qu’aucune autre solution n’était possible. Le sérieux de négociations ne réside pas dans leur durée mais dans leur contenu. L’accord proposé à Rambouillet était, à dessein, inacceptable pour la partie serbe. De même, l’exigence de confier à la seule OTAN l’application de l’accord était une erreur diplomatique à ce point flagrante qu’on peut se demander si elle n’était pas volontaire. La frontière macédonienne a fait l’objet d’une surveillance onusienne. Pourquoi pas celle qui sépare l’Albanie du Kosovo? N’est-il pas contradictoire de clamer vouloir respecter l’intégrité territoriale de la Yougoslavie et exiger sa démocratisation, et, en même temps, de soutenir un mouvement de guérilla aux desseins clairement séparatistes dont la légitimité démocratique est sujette à caution?
Juridiquement nul
Les «règlements» obtenus par l’usage de la force sont par nature précaires. Si le recours aux armes est illégal, l’accord qu’il force à conclure est juridiquement nul. L’histoire des Balkans enseigne aussi que les règlements obtenus par l’usage des armes sont le plus souvent remis en question aussitôt que les conditions qui ont présidé à leur «succès» ont disparu.
En temps de guerre, la propagande remplace l’information. N’est-il pas insatisfaisant qu’une grande partie de la presse travaille dans l’urgence en se contentant d’informations prémâchées diffusées par des agences de presse alimentées par les gouvernements directement impliqués dans cette guerre? Et fasse trop souvent du «simple» avec du «compliqué»?
L’allégresse – qui, par simple décence, se drape d’une certaine gravité – avec laquelle on fait la guerre est désespérante. N’a-t-on vraiment rien compris? Pense-t-on vraiment qu’un peuple va courber l’échine quand on bombarde ses bâtiments officiels, ses ponts, ses usines, ses monuments, et que l’on tue par la même occasion quelques malheureux civils? Ne faut-il pas dénoncer l’inhumanité de ceux qui, sachant que leurs bombes ont des chances de ne pas atteindre leur objectif, décident néanmoins de les utiliser? On dira que l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, et que la fin justifie les moyens. Quelle est donc cette morale, tant proclamée?
Les guerres sont des bêtises… l’air est connu; il est profondément juste. Menée au nom des droits de l’homme, la guerre est aussi un horrible mensonge. Car tuant les hommes (1), elle méprise leurs droits et les utilise vilement comme prétexte. Dans un monde impatient où, pour être acceptables, les idées doivent être caricaturalement simples, la guerre au nom des droits de l’homme aveugle ceux qu’elle n’affecte guère et qui croient les promouvoir. Mais quels sont ces droits de l’homme, instrumentalisés, qui empêchent de réfléchir, étant devenus l’unique référent?
La pensée doit sans doute marquer un temps d’arrêt quand la souffrance d’autrui est indicible; mais comment croire à un monde meilleur quand des gouvernements s’autorisent de la compassion de leurs peuples pour, massivement, faire la guerre à un autre? Comment accepter que notre compassion soit ainsi détournée et aussi grossièrement galvaudée? Que nos esprits soient à ce point trompés? Le mépris pour les droits de l’homme, c’est aussi cela. (apic/pierre d’Argent/pr)




