Apic Interview

Cuba: Rencontre avec Orlando Marquez Hidalgo, directeur de la revue «Palabra Nueva»

Pour le moment, la société cubaine ne s’est pas encore ouverte

Jacques Berset, agence Apic

Bangkok/La Havane, 8 novembre 2004 (Apic) Les autorités cubaines doivent accepter que des Cubains, à Cuba, puissent penser de manière différente, affirme le journaliste cubain Orlando Marquez Hidalgo. Ils devraient pouvoir participer à la société avec leurs critères propres, a déclaré à l’Apic le directeur de la revue «Palabra Nueva», éditée par l’archidiocèse de La Havane. Notre interview.

Orlando Marquez, qui refuse le qualificatif d’opposant, milite en faveur d’une parole libre à Cuba. Il a reçu une récompense internationale d’»excellence en journalisme» lors du Congrès mondial de l’Union catholique internationale de la presse (UCIP), en octobre dernier à Bangkok, en Thaïlande.

Porte-parole de la Conférence des évêques catholiques de Cuba, Orlando Marquez, 42 ans, est architecte de formation. Il a étudié et travaillé au Centre national de conservation et de restauration des monuments historiques, avant de se lancer dans le journalisme catholique dans son pays.

C’est en 1990 qu’il s’en est allé étudier la communication sociale à Mexico, grâce à une bourse du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM). «Quand je suis rentré fin décembre de cette année-là à La Havane, l’archevêché m’a proposé de travailler à temps complet pour l’Eglise», témoigne-t-il. C’est ainsi qu’est née l’idée de la revue «Palabra Nueva» éditée par l’archevêché de La Havane, parue pour la première fois en avril 1992.

Apic: La revue «Palabra Nueva» touche-t-elle l’ensemble de l’île ?

Orlando Marquez: Non, en principe elle n’est pas distribuée dans les onze diocèses de l’île, car d’autres diocèses ont leur propre publication. De plus, le tirage du mensuel – 11’000 exemplaires ! – ne suffit déjà pas pour La Havane. Par contre, la revue ne circule pas seulement dans les cercles religieux, elle touche aussi d’autres milieux.

Le prix de «Palabra Nueva» est symbolique – 80 centavos – et les curés vendent la revue à l’église. Mais on ne récupère jamais ce que la production coûte. Heureusement que nous bénéficions de l’aide financière de l’oeuvre d’entraide catholique allemande «Adveniat», comme une grande partie des projets de l’Eglise cubaine.

C’est par le circuit de distribution de l’Eglise que la revue circule d’abord, mais ensuite elle passe aux camarades de travail, aux voisins, à l’école. On l’envoie également à des milieux gouvernementaux, au Ministère de la Culture, à la Bibliothèque nationale, à la presse nationale et étrangère.

Apic: «Palabra Nueva» est-elle soumise à la censure gouvernementale?

Orlando Marquez: Non, «Palabra Nueva» n’est pas soumise à la censure préalable. Certes, les gens qui écrivent pour nous tiennent compte de cette particularité: à Cuba, la presse appartient à l’Etat, elle est officielle. Par conséquent, il n’y a pas de presse indépendante, à part la presse catholique.

On pourrait penser que cette dernière, n’étant pas officielle, serait d’opposition, mais là n’est pas notre tâche. Notre mission est d’être au service de l’Eglise, de l’évangélisation. Cela ne signifie pas que l’on ignore la réalité de la vie à Cuba. Nous connaissons des difficultés économiques, des tensions sociales à certaines périodes; cela est reflété d’une certaine manière dans notre publication. Nous offrons notre réflexion sur ce qui se passe, mais nous le faisons du point de vue de l’Eglise catholique, pas comme des opposants.

Apic: Il y a bien une opposition à Cuba ?

Orlando Marquez: Certes, mais elle n’est pas reconnue et n’est pas légale. Elle n’a pas de moyens de communications non plus. Notre revue «Palabra Nueva», comme elle est indépendante des autorités, doit dans une certaine mesure remplir le vide d’une presse d’opposition. Mais il ne faut pas confondre les termes: notre mission est d’évangéliser, ce qui signifie aussi être attentif à ce qui se passe dans la société.

Il arrive que nous écrivions sur des faits injustes dans la société cubaine. Nous avons publié par ex. la déclaration des évêques cubains sur les 75 détentions d’opposants l’an passé (»Groupe des 75», dont fait partie entre le poète et journaliste Raul Rivero, fondateur de l’agence de presse indépendante Cuba Press, lauréat du Prix mondial de liberté d’expression de l’UNESCO/Guillermo Cano 2004, nda) ou sur les 3 personnes qui ont été fusillées pour avoir pris en otage les passagers d’un bateau. Cette année, j’ai écrit une réflexion sur ce qui s’est passé l’an dernier à Cuba, sur la situation des prisonniers, la demande d’un geste de clémence du pape Jean Paul II à propos de sentences très dures. Je fais ces réflexions d’un point de vue chrétien, et non pas comme un opposant au gouvernement.

Apic: Le gouvernement ne considère-t-il pas votre travail comme celui d’un opposant?

Orlando Marquez: C’est au gouvernement d’y répondre, pas à moi. Mais ma réflexion se base sur une question éthique et sur le principe fondamental de la dignité de l’être humain. Dans une certaine mesure, il s’agit de continuer la réflexion du pape Jean Paul II. Normalement, les autorités cubaines tiennent compte des demandes de cette autorité morale.

Il faut que les autorités acceptent que des Cubains, à Cuba, puissent penser de manière différente, et participent tout de même à la société avec leurs critères propres. Nous pouvons demander, à partir d’une éthique chrétienne, le droit que tous puissent participer à un projet social. Nous ne représentons pas une opposition frontale, mais nous n’esquivons pas non plus la réalité dans notre façon de traiter l’information: l’Eglise n’est pas désincarnée!

Apic: Quels sont critiques que vous adressez au gouvernement ?

Orlando Marquez: Nous avons abordé le thème de la situation des prisonniers, les problèmes économiques, à la lumière de la pensée sociale de l’Eglise. Nous nous en nourrissons en cherchant à promouvoir la dignité de l’être humain, en mettant au centre la personne humaine. A Cuba, le gouvernement est marxiste, dans son fondement, et la propriété privée est limitée, comme l’est l’opposition.

Mais il y a des personnes qui pensent différemment, qui ont d’autres aspirations et ambitions comme des êtres humains normaux. Ces gens ont le droit de participer à la société cubaine; ils ne devraient pas forcément émigrer pour trouver ce à quoi ils aspirent. Souvent, ils obtiennent un visa pour l’étranger, mais ils devraient pouvoir bénéficier d’espace à Cuba même. Je pense qu’émigrer est un droit, mais cela ne devrait pas être une nécessité. Les gens devraient pouvoir trouver dans leur propre pays ce qu’ils vont chercher ailleurs!

Apic: Certaines fois, les gens ne trouvent que des chimères à l’étranger ?

Orlando Marquez: C’est vrai. Il faut reconnaître qu’à Cuba, il y a un projet social du gouvernement cubain qui inclut deux valeurs très importantes: le droit à l’éducation et le droit à la santé. C’est une réalité à Cuba, le système éducatif et le système de santé sont universels et tous les Cubains y ont accès. Cela doit être préservé, car les Cubains en bénéficient.

Il y a par contre d’autres droits de la personne qui font défaut: le droit à participer à la vie de la société, en s’associant librement. Pratiquement, la société civile, notamment les organisations de masse et les organisations politiques, sont entièrement contrôlées par l’Etat, en fonction de la société socialiste. Les organisations de masse sont en majorité dirigées par des membres du Parti communiste, l’unique parti existant légalement à Cuba. L’Eglise affirme que la société ne doit exclure personne, tous font partie de la société, pas seulement ceux qui se réclament du marxisme.

Apic: Votre point de vue est-il entendu ?

Orlando Marquez: Pour le moment, la société cubaine ne s’est pas encore ouverte de cette manière. Mais comme publication ecclésiale, chrétienne, «Palabra Nueva» ne peut cacher que ces dimensions manquent dans la société cubaine et que des personnes sont marginalisées de ce fait. Quand nous demandons l’ouverture, nous ne recevons aucune réponse. Normalement, l’Etat ne répond pas publiquement à ce que dit l’Eglise, les autorités ignorent ce qu’elle dit.

Il y a des fois quelques gestes. Ainsi, nous avons déploré que des prisonniers jugés sommairement l’an dernier soient incarcérés en dehors de leur province, à 6 ou 700 km de leur famille, avec des visites tous les trois mois. Ces personnes ont été sanctionnées par des peines allant de 15 à 28 ans. Certains étaient des opposants, d’autres des journalistes indépendants, mais aucun n’avait pris les armes!

Quelques uns d’entre eux, qui étaient très malades, ont cependant été renvoyés à la maison avec une «licencia extrapenal», ce qui n’est pas tout à fait une liberté conditionnelle. Mais ils n’ont pas reçu d’interdiction de parole. D’autres ont été transférés dans des lieux de détention plus proches, les visites sont permises tous les 45 jours! Cela vaut ainsi la peine de bouger. Si l’Eglise n’est ni une force politique ni une puissance militaire, elle est tout de même une force morale et spirituelle.

Apic: Si des choses doivent changer à Cuba, faut-il pour autant retourner en arrière ?

Orlando Marquez: Je crois que l’on ne peut pas retourner dans le passé, c’est absurde. Certains voient le passé avec une grande nostalgie, mais il faut rester logique: le processus révolutionnaire de Cuba fait partie de l’Histoire, on ne peut simplement l’effacer. La participation populaire dans la Révolution – ou contre elle! – a été très grande, et l’on ne peut simplement pas revenir à l’état antérieur. Il ne faut pas oublier que c’est ce passé – marqué par de nombreuses injustices – qui a provoqué la Révolution cubaine. Si le passé avait été un passé d’harmonie, de justice et de démocratie, il n’y aurait jamais eu de Révolution.

Outre ce passé de marginalisation et de pauvreté, il faut noter qu’en 500 ans d’Histoire, l’expérience démocratique de Cuba a été très brève et très fragile. Au sortir de la période coloniale, elle n’a pas eu le temps de mûrir que c’était déjà le temps de la dictature corrompue de Fulgencio Batista, suivie d’une dictature du prolétariat.

Apic: Comment voyez-vous le futur de Cuba?

Orlando Marquez: Notre pays est connu au plan international par la joie de vivre, la danse, la musique. Mais par ailleurs, nous avons été très intolérants et très violents à notre propre égard. La Révolution elle-même est une expression de violence assez grande. Il s’agit de regarder le futur de Cuba d’une autre manière, plus civilisée et plus tolérante à l’égard de l’être humain, en acceptant l’autre, qui peut être un ennemi politique, mais aussi un compagnon dans la vie.

Le péril du néo-libéralisme appuyé par l’étranger ou d’une capitalisme terrible existe déjà chez nous. Récemment les évêques cubains sont intervenus pour protester contre la volonté des Etats-Unis de renforcer le blocus contre Cuba suite au rapport «Assistance pour une Cuba Libre», approuvé par le président Bush. Ces mesures destinées à accélérer la transition démocratique à Cuba – ou plutôt le changement de gouvernement – affectent toute la famille cubaine et contribuent à la maintenir divisée. Le gouvernement américain a l’intention de nommer au Département d’Etat «un Coordinateur de la transition» pour diriger l’avenir de Cuba, ce qui est intolérable.

Apic: Que veut réellement l’Eglise cubaine ?

Orlando Marquez: Les évêques ont relevé qu’il est inacceptable que le futur de notre pays soit décidé par un gouvernement étranger. Nous refusons l’interventionnisme extérieur, car nous pouvons résoudre nos problèmes nous- mêmes, entre Cubains, et trouver des solutions qui permettent d’éviter ou d’amortir les impacts du néo-libéralisme. Ce n’est pas ce type de pressions extérieures américaines qui fera changer la réalité cubaine. Bien au contraire: le système en profite pour augmenter la solidarité interne et éluder sa responsabilité face à ses propres manquements.

A mes yeux, il ne faut pas changer radicalement, mais améliorer ce qui existe à Cuba, avec la participation de tous. Les Cubains, même la grande majorité des opposants, ne sont pas d’accord que le changement intervienne par le biais d’une intervention de Washington. Nous avons malheureusement l’expérience historique de ce type d’interventions, qui sont d’ailleurs en partie la cause de nos problèmes. JB

Des photos d’Orlando Marquez Hidalgo sont disponibles à l’agence Apic Tél. 026 426 48 11,

Fax 026 426 48 00 Courriel: apic@kipa-apic.ch (apic/be)

8 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 8  min.
Partagez!

Coire: Mgr Amédée Grab, de retour de Rome, d’accord avec le cardinal Martini

APIC – interview:

Il faut vivre la collégialité des évêques sur un thème ciblé

Bernard Bavaud, APIC

Coire, 26 octobre 1999 (APIC) La proposition du cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, de trouver une nouvelle forme pour vivre la collégialité de l’épiscopat catholique a trouvé des soutiens parmi ses confrères. Mgr Amédée Grab, évêque de Coire et président des évêques suisses, partage cette idée. A ses yeux, cette pratique nouvelle de la collégialité permettrait peut-être de réunir une assemblée ecclésiale représentative pour traiter une question urgente. Les thèmes abordés, trop nombreux, ne trouvent pas toujours une réponse au Synode tel qu’il est organisé maintenant. Interview d’APIC, 48 heures après le retour de Mgr Grab dans son diocèse après sa participation au Synode des évêques pour l’Europe à Rome.

APIC: Le cardinal Martini, même s’il n’a pas prononcé le mot de concile, a insisté sur l’importance de la colléégialité des évêques pour une meilleure prise en compte de questions précises à l’Eglise. Qu’en pensez-vous?

A.G.: Tout ce qui favorise la communion effective dans l’Eglise est important. L’on peut imaginer qu’il existe des formes de partage qui soient plus souples et plus facilement réalisables qu’un Concile œcuménique, bien que toujours possible s’il est convoqué par un pape. N’oublions pas que l’Eglise catholique compte plus de 4’000 évêques et 2’500 circonscriptions ecclésiastiques dans le monde. Sans compter les évêques auxiliaires et émérites. Il s’agit donc d’une «immense machine !» Le nombre des évêques est sept fois plus élevé que lors de Vatican I, il y a 130 ans. Il y aurait donc des difficultés concrètes de réalisation.

Outre le concile œcuménique qui est la forme plénière de la collégialité, «cum et sub Petro», il y a plusieurs solutions possibles. Le Synode en est une. Il fonctionne depuis une trentaine d’années. Mais il est parfois difficile de mener à terme le travail résultant de cacune de ces assemblées synodales. Il y a la préparation d’un document, le Synode lui-même, puis ensuite le document post-synodal. On vient de terminer le Synode sur l’Océanie, puis voici celui sur l’Europe. C’est un rythme extrêmement soutenu. Il y a beaucoup de travail à faire. A mon sens, cet effort de participation peut être repensé, en tenant compte des expériences positives et négatives durant ces trente dernières années.

Quant aux propos du cardinal Martini, je crois qu’il pense avec justesse à des Synodes ciblés sur des questions très précises. Comme les Conciles christologiques du 4e siècle par exemple.

APIC : L’archevêque d’Edimbourg, Mgr Michael Keith O’ Brien, a affirmé que la curie romaine bloque de fait la discussion au Synode des questions controversées, comme l’ordination d’hommes mariés, le célibat en général ou l’ordination de femmes diacres. Votre réaction?

A. G. : Dans le cadre du Synode, ces questions n’ont pas été soulevées. Elles n’étaient pas dans le document préparatoire et n’ont été évoquées que très partiellement lors d’interventions individuelles dans la première période du Synode. Elles n’ont pas été reprises comme telles dans les conclusions de cette première période. Donc je ne dirais pas que ces questions ont été «bloquées», mais elles n’ont pas «émergé».

APIC Certains Pères du Synode ont insinué en effet que certains chrétiens étaient un peu naïfs face à la croissance de l’islam dans le monde: Comment voyez-vous ce défi de l’islam ?

A.G. : Cette problématique a été bien présente au Synode, du moins dans le groupe où je me trouvais. Il y a d’une part la nécessité impérieuse du dialogue interreligieux. D’autre part l’Eglise ne peut pas renoncer à l’annonce de l’Evangile pour tous les hommes. Au-delà même du dialogue interreligieux, il y a l’exigence d’annoncer Jésus-Christ à toute l’humanité. Cela est d’ailleurs l’une des grandes lignes de force du pontificat de Jean Paul II.

APIC : Avez-vous abordé au Synode un point pastoral important concernant la Suisse et qui vous tient à cœur?

A. G. : Oui, j’ai demandé dans une intervention un encouragement déterminé aux collaborateurs et collaboratrices qui travaillent dans la pastorale de nos diocèses. J’ai abordé par ce biais la question très sensible, en Suisse alémanique notamment, de la collaboration entre théologiens-laïcs et prêtres. Ce problème n’a pas été repris par les conclusions du Synode, peut-être tout simplement parce qu’il n’est pas vécu avec la même intensité ailleurs. Ce Synode n’a pas répondu à cette problématique. Il y a d’autres questions importantes, très sensibles en Suisse comme ailleurs qui n’ont pas été développées. Je pense notamment à la pastorale des divorcés remariés. On peut le regretter, mais on ne peut malheureusement pas aborder toutes les questions qui se posent dans le cadre de l’Eglise qui est en Europe.

APIC : Vous avez publié trois lettres synodales sur Internet. Avec quel résultat?

A. G. : Effectivement mes trois lettres ont été diffusées sur Internet. J’ai eu des réponses et des mots d’encouragement et j’ai vu que des revues de presse ont repris des passages de mes lettres. Mais je n’ai pas eu encore le temps de tout lire. Il y a seulement 48 heures que je suis rentré de Rome.

APIC : Une satisfaction personnelle de votre présence au Synode?

A.G. J’ai eu la joie de faire de nouvelles connaissances et d’approfondir la fraternité entre évêques. Autour de Jean Paul II, notre pape, qui a fréquenté toutes nos assemblées. Il était extrêmement attentif et sensible à tout ce qui se disait. Je témoigne que sa présence a fait une très grande impression sur les Pères du Synode. Nous avons eu l’occasion de le fêter affectueusement le 16 octobre, lors de son anniversaire et lors de l’anniversaire de son entrée en ministère à la tête de l’Eglise le 22 octobre. Il a été fêté par des applaudissements et des «vivas». Mais aussi par notre prière fervente. On sent vraiment dans ces moments-là que «l’Eglise n’a qu’un cœur». (apic/ba)

26 octobre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!