Bolivie: Rencontre avec Juan Carlos Alarcon Reyes, promoteur d’un projet de libération
Apic – Interview
Kawsay, une Université interculturelle des indigènes de Bolivie
Jacques Berset, agence Apic
Fribourg, 23 mai 2006 (Apic) Invité en Suède par les Saamis, un peuple indigène qui habite les régions septentrionales de la Scandinavie et de la presqu’île de Kola, Juan Carlos Alarcon Reyes y a partagé avec les Lapons les expériences des peuples indigènes de Bolivie. L’Indien quechua, philosophe et psychologue de formation, était de passage la semaine dernière à Fribourg à l’invitation de l’ONG E-Changer.
L’organisation suisse de volontaires pour la coopération E-Changer, à Fribourg, soutient le projet Kawsay, une Université interculturelle des indigènes de Bolivie (*). Pays composé en majorité de peuples indigènes amérindiens – le pays en compte 36, dont les principaux sont les Quechuas, les Aymaras, les Guaranis, les Mojenos et les Chimanes – mais également de métis et de Blancs (moins de 40%), la Bolivie est deux fois plus grande que l’Espagne ou la France, pour une population de près de 8 millions d’habitants.
Apic: Comme représentants des peuples indigènes de Bolivie, vous développez des liens de solidarité avec les derniers peuples autochtones d’Europe qui vivent au-delà du cercle polaire.
Juan Carlos: Nous avons des liens de solidarité naturels avec ces peuples minoritaires, qui luttent pour leur survie. Les Saamis, comme les peuples indigènes de Bolivie, ne sont plus les maîtres de leurs propres terres. Les peuples lapons, qui élèvent des rennes, font face aux projets des entreprises hydroélectriques qui menacent le système écologique.
Apic: Que représente pour la majorité indigène l’élection du président Evo Morales ?
Juan Carlos: C’est un fait que le pouvoir politique n’appartient pas encore aux peuples indigènes. Le pays est certes gouverné par Evo Morales, le 1er président indien de la Bolivie, mais nous pensons que nous n’avons de loin pas tout le pouvoir, surtout au plan économique. Et comme le pouvoir politique et le pouvoir économique vont de pair.
Le pouvoir réel est toujours aux mains de groupes privés puissants appartenant à la minorité blanche et métisse! Ce sont eux qui ont les contacts avec les pouvoirs d’Amérique du Nord et d’Europe. Souvent les millions de dollars d’aide étrangère destinés officiellement à lutter contre la pauvreté finissent dans les poches de l’élite. Ce n’est pas facile d’en finir avec cette structure de pouvoir héritée de la colonisation.
500 ans de pouvoir imposé, cela ne peut pas se changer du jour au lendemain, ce processus va être lent. Mais nous avons de l’espoir, car Evo Morales a gagné avec 54% des voix, ce qui signifie une large majorité. De plus, la nouvelle assemblée constituante est chargée de changer les règles du jeu du passé et de mettre sur pied un nouvel Etat au service du peuple bolivien. Certes, la Bolivie a beaucoup de ressources naturelles, mais le pays n’exploite que des matières premières, alors qu’il besoin d’industries de transformation, et pour cela de formation et d’équipements. C’est pourquoi nous voulons contribuer par notre Université indigène à cette formation, pour que les populations indiennes puissent développer leur communauté.
Apic: Qu’en est-il du projet d’Université interculturelle des indigènes, Kawsay/UNIK ?
Juan Carlos: C’est à Kawsay, dans cette «Université», que j’ai étudié les droits des Indiens. Il s’agit d’une ONG qui a pour but d’obtenir le statut légal d’Université publique indigène, en mains indiennes. Car s’il y a une majorité d’Indiens dans les Universités boliviennes, il faut reconnaître que ces institutions sont totalement «décontextualisées»: on y étudie pour faire carrière dans les villes, sortir du pays, émigrer vers les pays du Nord.
Le projet Kawsay a pour but de valoriser le savoir, la culture et la convivialité des Indiens de Bolivie. Nous voulons aider au développement à partir des communautés dans la campagne. Trop souvent le développement est vu par et depuis les villes, où se trouvent les grandes concentrations humaines. Nous souhaitons former des techniciens à la base, qui utilisent les ressources des communautés, comme l’écotourisme. A l’heure actuelle, le type de tourisme que nous avons dans le pays utilise plutôt les Indiens comme décor exotique, comme objets, pas comme sujets.
Apic: Vous voulez être les sujets de votre propre histoire.
Juan Carlos: Exactement. Car ce qui est arrivé jusqu’à maintenant, c’est que les peuples indigènes de Bolivie ont été l’objet d’enquêtes, de recherches, menées par des anthropologues du Nord. Nous aimerions pouvoir écrire à notre sujet, sur nous-mêmes. Nos peuples ont une autre culture, une autre idiosyncrasie, une autre cosmovision. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre les technologies nouvelles, mais nous devons nous les approprier.
La différence essentielle, c’est que le monde dominant est individualiste, tandis que nous sommes plus communautaires. Dans le domaine de l’éducation, on forme des spécialistes, détachés d’autres visions, tandis que les Indiens ont une éducation plus globale, plus holistique. Notre rapport aux biens matériels est tout à fait différent de celui des «blancs». Ce qui intéresse le système néo-libéral dominant, ce sont les ressources économiques, quitte à tout polluer. Quant à nous, nous sommes plus intéressés au maintien de l’écosystème. Car pour nous, la terre est sacrée, c’est une partie de notre vie. Nous avons une vision circulaire, qui comprend toute forme de vie. Nous ne sommes qu’un être de plus parmi d’autres. Les hommes sont en relation profonde avec les autres êtres vivants et la nature.
Apic: Même vos Dieux sont différents ?
Juan Carlos: Pour nous, il s’agit avant tout d’énergies qui se trouvent dans la nature elle-même. Notre spiritualité est différente, même si nous avons été baptisés. Il vaudrait mieux parler de syncrétisme entre le catholicisme et les religions ancestrales. Nous utilisons des formes catholiques, mais qui portent des sens différents. Il faudrait plutôt dire que les catholiques ont utilisé nos mythes et nos légendes pour nous christianiser.
Dans mon village, on célèbre saint Jacques l’Apôtre, Santiago Apostol, mais avant à cette date, on célébrait la fête du tonnerre, la fiesta del trueno. Les catholiques ont inventé la mythologie de saint Jacques passant avec son cheval, et ainsi le bruit du tonnerre est devenu celui de son cheval. Les gens continuent pourtant de vénérer le tonnerre, bien qu’on ait mis d’autres images pour tenter de récupérer les croyances populaires.
On croit toujours aux puissances de la nature, même si on a placé des statues de saints ou de vierges. Il faut respecter les diverses croyances, qui coexistent, et ne pas les considérer comme de la sorcellerie. Nous devons travailler à partir de ces croyances ancestrales.
Apic: Vous utilisez ces croyances dans vos luttes quotidiennes ?
Juan Carlos: La lutte pour la survie nous préoccupe davantage, c’est prioritaire, mais les traditions ne peuvent être négligées. Ainsi, avant de commencer une marche de revendication, le blocage d’une route, on fait les rituels ancestraux. On convoque à cette occasion les autres êtres, ceux de la montagne, des arbres. pour qu’ils augmentent l’énergie de ceux qui luttent. On ne peut séparer les luttes sociales du fond culturel du peuple.
Apic: Le projet d’Université interculturelle Kawsay va dans ce sens ?
Juan Carlos: Il s’agit par ce projet de renforcer l’identité culturelle des peuples indigènes et de sauver de la disparition les savoirs ancestraux. C’est une éducation alternative à laquelle peuvent participer tout le monde, sans exclusivité. Notre projet a été présenté au Parlement bolivien, et a reçu une approbation dans ses grandes lignes, pas encore dans le détail. Kawsay fonctionne comme ONG depuis 1999, mais nous aimerions une plus grande reconnaissance, celle d’une Université publique soutenue par l’Etat.
Pour le moment, nous avons entre 450 et 500 participants à nos cours et ateliers, et ce sont des Indiens délégués par leur communauté. Le but est qu’ils s’engagent ensuite dans un projet communautaire, mais le problème est de trouver le financement pour ces projets, qui sont majoritairement dans le secteur productif: céramiques artisanales, ateliers de musique populaire, sauvetage de la culture des anciens, mise sur pied d’organisations de femmes, etc.
L’obstacle vient du fait qu’il faudra partager les ressources avec les autres Universités publiques, et si nous obtenons ce statut d’Université interculturelle, elles perdront également beaucoup d’étudiants qui viendront chez nous. Leurs étudiants viennent en effet majoritairement des peuples indigènes. Nous espérons recevoir pour cette Université des soutiens extérieurs: d’Espagne, de Finlande, etc. Nous avons également besoin de la reconnaissance de nos titres par l’Etat, et nous mettons notre espoir dans le gouvernement d’Evo Morales. JB
(*) Un volontaire au service d’E-Changer, Jorge Mendoza, travaille depuis janvier 2006 à Cochabamba – également à Norte de Potosi, La Paz et Oruro, pour le Centre des cultures originaires Kawsay. Il a pour but d’appuyer la mise en place dans le secteur de l’éducation alternative communautaire (Education indigène interculturelle) du projet d’Education indigène supérieure.
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Rome : Le cardinal Lopez Trujillo espère 2 millions de personnes au Congrès pour la famille
Apic interview
Pour une présence plus engagée des familles dans la société
Propos recueillis par Ariane Rollier, agence I.MEDIA
Rome, 12 mai 2006 (apic) Le cardinal Alfonso Lopez Trujillo a présenté la version espagnole du Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques, des éditions Palabras, à l’Université pontificale de la Santa Croce (Opus Dei), dans la soirée du 10 mai.
A cette occasion, I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome, est revenu avec le président du Conseil pontifical pour la famille sur l’assemblée plénière de son dicastère tenue du 11 au 13 mai 2006, dans la salle du Synode au Vatican, ainsi que sur le voyage du pape à Valence les 8 et 9 juillet prochains.
Apic : Qu’attendez-vous de l’assemblée plénière de votre dicastère ?
Cardinal Lopez Trujillo : C’est une assemblée très significative, car il s’agit de nos 25 ans. En effet, Jean Paul II a créé le Conseil pontifical pour la famille le jour de son attentat place Saint-Pierre, (le 13 mai 1981). Ces années ont été un temps de développement avec de nombreuses expériences et beaucoup de travail dans la ligne du pape, avec son inspiration. Ce magistère qui nous a guidés a été très stimulant pour nous. Nous sommes contents d’examiner ce que nous avons fait et de nous interroger sur les défis actuels de la famille ainsi que sur nos nouveaux projets et orientations dans un monde difficile, sécularisé, parfois assez hostile à la famille. Même s’il existe encore de saintes familles qui sont dynamiques, fidèles et joyeuses dans la transmission de la foi. Nous expliquerons tout cela et nous l’exprimerons au pape le samedi 13 mai, lors de l’audience que nous aurons avec lui.
Apic : Parlerez-vous aussi du voyage du pape à l’occasion du congrès mondial pour la famille, à Valence, en juillet prochain ?
Cardinal Lopez Trujillo : Notre assemblée est en effet très proche (dans le temps) de la 5e rencontre de la famille à Valence. Et nous avons effectivement besoin de préparation pour ce moment très important pour l’Espagne, pour l’Europe et pour le monde. La visite de Benoît XVI au congrès mondial pour la famille sera un appui clair et stimulant, une invitation et un envoi des familles à oeuvrer pour une évangélisation renouvelée et encore plus profonde. Les fruits de ce congrès et de cette visite que nous espérons dans le domaine pastoral est la présence renouvelée, plus courageuse et plus engagée des familles dans la société ainsi que la prise en main de leur destin par les familles dans le monde, sous le regard de Dieu.
Apic : Attendez-vous beaucoup de monde à la rencontre à Valence? Avez-vous parlé de ce voyage avec le pape?
Cardinal Lopez Trujillo : Oui, nous attendons beaucoup de monde, peut-être deux millions de personnes. J’ai en effet récemment parlé de ce voyage avec Benoît XVI. Il m’a accordé une audience il y a dix jours, et à cette occasion de l’ai informé de tout. Il ira, avec beaucoup de joie, prêcher et donner une nouvelle impulsion à toute cette action pastorale. Cela sera sans aucun doute important, étant donnée la vision qu’a un pontife de l’Eglise universelle, avec les problèmes et les défis très importants du monde d’aujourd’hui.
Apic : Quelle est votre propre vision de ces défis?
Cardinal Lopez Trujillo : Cela fait seize ans que je travaille dans le domaine (de la pastorale de la famille), donc j’ai eu la grâce de connaître de très nombreuses nations, avec de très nombreux cas, et d’avoir beaucoup d’expériences (différentes). J’ai un sentiment de grande espérance, mais aussi celui que l’engagement et l’investissement pour les familles doit être plus fort, et ce de la part de toutes les familles, des gouvernements, des Etats et de toute la société. Il faut défendre l’identité des époux et la mission de la famille.
Apic : On parle de changements au sein de la curie, d’un rapprochement du Conseil pour la famille avec le Conseil pour les laïcs. Qu’en pensez-vous?
Cardinal Lopez Trujillo : Nous ne savons pas ce que le pape pense. Nous n’en avons aucune idée . (apic/imedia/ar/bb)




