Berne: La Maison des religions est rangée dans un hangar des ponts et chaussées
Apic dossier
Six communautés religieuses sous un même toit
Markus Dütschler, Apic / Traduction: Bernard Bovigny
Berne, 21 mars 2007 (Apic) En 2009, la construction de la Maison des religions» devrait être terminée à Berne. Six communautés religieuses devraient alors se rencontrer sous un même toit. Actuellement, le centre interreligieux est rangé dans un ancien hangar. Depuis la mi-février, il abrite l’exposition «Fêtes de lumière».
Ce projet de «Maison des religions» n’est pas toujours accueilli avec joie. Récemment, un professeur de droit allemand, de tendance conservatrice, affirmait dans un commentaire sur les ondes de Radio Vatican qu’il craignait un affadissement de la religion, mais visiblement sans connaître le projet dans les détails. Ces paroles démontrent en tous cas que la «Maison des religions» attire l’attention jusqu’à l’étranger. «Il y a des appels de gens qui aimeraient avoir quelque chose de semblable chez eux», confirme Hartmut Haas, président de l’association «Haus der Religionen». L’édition suisse du magazine «Geo» a même consacré un large compte-rendu sur cette initiative en mai 2005.
Hartmut Haas reçoit le visiteur dans un halle marqué par un froid hivernal, dans lequel le service des ponts et chaussée de la ville de Berne rangeait ses véhicules lourds. Il est pasteur dans la communauté «Herrnhuter Brüdergemeine». Cette Eglise libre piétiste, qui dans son histoire s’est occupée traditionnellement des migrants, finance son poste de travail depuis sept ans.
Dans cette halle de l’arrière-cour, située près d’un container pour verre et métaux usagés, Hartmut Haas affirme: «Nous sommes là où se trouvent aussi les migrants». En effet, les hindous n’ont pu s’installer que près d’une halle d’incinération des détritus, car seul un tel lieu désertique pour constitue une garantie contre les oppositions du voisinage. Pour les musulmans, il est presque de règle qu’ils doivent installer leur mosquée dans les sous-sols ou les quartiers industriels.
La «Maison des religions» est un dossier si particulier que beaucoup ne savent pas dans quel tiroir le ranger. Cela a été démontré lorsque le projet a été installé quelques temps dans l’ancien progymnase de la ville de Berne, le «Progr». Des artistes avaient leur atelier dans ce bâtiment, qui abritait également des événements culturels et un restaurant.
Lorsque la «Maison des religions» a demandé une prolongation de son installation au «Progr», la municipalité a répondu que ce projet «socio-culturel» n’avait pas sa place dans ce bâtiment à destination artistique. Hartmut Haas souligne tout de même que le chef de l’Office municipal de la culture, Christoph Reichenau, a ce projet très à coeur et son service constitue avec ses contributions financières le troisième partenaire le plus important de la «Maison des religions».
On ne donne pas à un projet religieux
Définir la maison est également devenu difficile pour d’autres donateurs potentiels. Beaucoup de fondations ont apposé un «non» à une demande de soutien. On ne donne pas d’argent à un projet religieux. Le canton, par exemple, s’est mis en retrait, au nom du principe de séparation entre Eglises et Etat. Hartmut Haas estime pour sa part qu’il revient à l’Etat de favoriser la paix religieuse. Et c’est justement ce à quoi s’attelle son projet. La ville de Berne, quant à elle, a provisoirement inscrit un montant de 200’000 francs en faveur de la Maison des religions au budget 2009.
Les principales Eglises hésitent sans cesse à soutenir financièrement les communautés non chrétiennes. Mais un tel point de vue n’est pas correct pour Hartmut Haas. Les Eglises ne voient pas que le projet n’est pas seulement religieux, mais comprend au moins une dimension sociale et intégrative.
Le prochain déménagement, «définitif», est prévu pour 2009 à l’Europaplatz. L’emplacement est délimité par l’autoroute, des voies de chemin de fer et des routes. Il se trouve à côté d’un quartier résidentiel à forte proportion d’étrangers et de l’immense bâtiment de la DDC, le Coopération au développement de la Confédération.
Intérêt d’une chaîne hôtelière française
Le célèbre bureau d’architectes bernois Bauart, dont les chefs soutiennent le projet au delà du cadre professionnel, ont mis au point un modèle de financement similaire à celui du Stade de Suisse. Des privés ont investi dans la construction du nouveau Wankdorf et l’ont financée dans le cadre d’un centre comprenant également des supermarché et autres locaux commerciaux. Selon Stefan Graf, de Bauart, les problèmes avec les opposants sont résolus: «Le permis de construire n’a plus qu’à être rédigé». Il confirme également que la chaîne hôtelière française Accor est prête à investir. Après l’hôtel qu’ils ont construit dans la périphérie nord-est de Berne, les Français souhaitent bâtir à l’Europaplatz, à l’ouest de la ville, une suite avec 100 appartements à une pièce. Cet appart-hôtel conviendrait parfaitement à des visiteurs présents plusieurs jours à la DDC, tous comme à ceux de la Maison des religions.
Selon Stefan Graf, il est également question d’introduire des espaces utilitaires dans la maison. Les résidents auraient accès à des salles d’eau, chambres à lessive et cuisines. Le chef de projet est confiant: les travaux de fondation pourront débuter au printemps 2008. La construction devrait se terminer en automne 2009 ou au printemps 2010.
Depuis le 14 février, et jusqu’au 28 juin, la Maison des religions accueille une série de manifestations intitulée «Fêtes du monde». La plus importante parmi elles est l’exposition «Fêtes de lumière», qui a connu un grand succès au Musée des cultures à Bâle. Que ce soit le Noël des chrétiens, la Hannukah juive ou Norouz, le Nouvel-an des zoroastriens perses, toutes ces fêtes sont en lien avec la lumière, tout en soulignant que le terme de «fête» a différentes significations. Du fait qu’à côté des chrétiens, juifs, musulmans, hindous et bouddhistes, la Maison des religions voit également la participation des bahaïs et des sikhs, très minoritaire en Suisse, l’exposition est complétée avec des textes et des images sur ces deux communautés.
Une «maquette» pour expérimenter le projet
Entre 200 et 300 personnes peuvent prendre place dans la halle de 500 m2, complétée par une pièce pour les séances du comité et un bureau. «C’est la maquette dans laquelle nous expérimentons le projet», sourit Hartmut Haas. Depuis 7 ans, ce dernier tente de donner une véritable vie à la Maison des religions. Déjà trois fois a eu lieu une fête «KultuRel», ainsi que d’autres manifestations à de nombreuses reprises, et maintenant l’exposition accompagnée par des rencontres.
Les moyens à disposition ne sont en tous cas pas aussi «exceptionnellement étendus» que le projet lui-même, écrit Hartmut Haas dans l’avant-propos du programme de l’exposition. Il laisse entendre dans la conversation que tout cela le découragerait moins s’il n’avait pas seulement un modeste montant de 10’000 francs à disposition au début de l’année, mais des moyens financiers qui correspondent à son budget théorique. Actuellement, la Maison des religions vit à l’énergie. «Nous devrions être trois pour le porter», souligne Hartmut Haas, seul en piste.
Il y aurait assez à faire. Mais dans quelques communautés religieuses qui soutiennent le projet jusqu’à maintenant, les personnes qui s’y sont investies ont changé. Et la personne responsable de l’intégration à la ville de Berne, Gerda Hauck, prend sa retraite. «Il serait maintenant important que ce projet soit porté par toujours plus de personnes dans chaque communauté religieuse», souligne Hartmut Haas. Davantage de soutien financier pourrait également contribuer à faire avancer le projet: «J’attends encore un véritable ’oui’ chez quelques-uns de nos partenaires».
Informations: site internet www.haus-der-religionen.ch. L’exposition «Fêtes de lumière» se déroule jusqu’au 28 juin.
Avis aux rédactions: Des photos payantes sont à disposition à kipa@kipa-apic.ch. Coût pour publication: 80 frs la première photo, 60 frs les suivantes.
(apic/mdü/bb)
Statut de Jérusalem: L’histoire en marche
APIC – Dossier
Patriarches chrétiens, ministres israéliens et palestiniens réunis
Jérusalem, 24 juillet 2000 (APIC) Les trois patriarches chrétiens de Jérusalem – catholique, grec-orthodoxe et arménien – rencontreront lundi et mardi des ministres palestiniens et israéliens pour discuter de l’avenir de Jérusalem, à l’heure où Palestiniens et Israéliens tentent de trouver une solution pour parvenir à la paix. Jérusalem est l’un des points d’achoppement entre les deux parties. Auxquelles il convient d’ajouter les chrétiens. Le pape demande notamment un statut spécial pour la ville. Quoi qu’il en soit, le dogme de l’indivisibilité de Jérusalem est désormais battu en brèche. Dossier.
Les trois patriarches vont s’entretenir lundi et mardi avec des ministres palestiniens et israéliens à la suite de la lettre ouverte envoyée la semaine dernière par les trois patriarches aux participants au sommet de Camp David, a confirmé le Père Rahed Abou Sahlia, secrétaire du patriarche latin Mgr Michel Sabbah. Le Père Sahlia n’a cependant pas précisé le nom des ministres et responsables officiels que les patriarches vont rencontrer.
Les chrétiens entendent obtenir un statut spécial avec des garanties internationales pour la Vieille ville de Jérusalem où se trouve notamment le Saint Sépulcre, où Jésus a été crucifié avant de ressusciter, a précisé le secrétaire du patriarche.
Mercredi dernier, Diodoros I, patriarche de l’Eglise orthodoxe grecque, Mgr Sabbah et Torkom II, patriarche de l’Eglise orthodoxe arménienne, ont signé une lettre ouverte demandant que des représentants des Eglises soient associés au sommet de Camp David et que les quartiers chrétiens de la Vieille ville ne soient pas séparés en cas d’accord de paix israélo-palestinien. Les trois patriarches, dans leur lettre commune adressée au président américain Bill Clinton, au Premier ministre israélien Ehud Barak et au président de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat, ont appelé les participants au sommet de Camp David à «s’assurer que les communautés chrétiennes à l’intérieur des remparts de la Vieille ville de Jérusalem ne soient pas séparées les unes des autres».
Les trois patriarches réagissaient à des informations parues dans la presse israélienne, selon lesquelles Barak serait prêt à transférer le contrôle des quartiers chrétien et musulman de la Vieille ville à la future entité palestinienne, alors que les quartiers arménien et juif resteraient sous contrôle israélien.
Un obstacle nommé Jérusalem
L’avenir de Jérusalem constitue l’un des principaux obstacles à la conclusion d’un accord israélo-palestinien à Camp David. Dimanche encore, le pape Jean Paul II a réaffirmé que Jérusalem doit bénéficier d’un «statut spécial avec des garanties internationales» en commentant la négociation de Camp David.
«Je voudrais inviter les parties en présence à ne pas négliger la dimension spirituelle de la ville de Jérusalem avec ses Lieux saints et la présence des communautés des trois religions monothéistes», a insisté Jean Paul II à l’issue de l’Angélus, Castelgandolfo, au sud de Rome. «Le Saint-Siège, a-t-il poursuivit, pense que seul un statut spécial avec des garanties internationales pourra effectivement préserver les parties les plus sacrées de la Ville Sainte et assurer la liberté de foi et de culte pour tous les fidèles qui, dans la région et le monde entier, regardent Jérusalem comme carrefour de paix et de vie en commun».
Le chef de la diplomatie du Vatican, Mgr Jean-Louis Tauran, avait déjà indiqué, lors d’une visite à Jérusalem en 1998, que cette ville «est une réalité unique qui exige un engagement unique, non seulement du Saint-Siège mais de toute la communauté internationale, comme cela s’est produit en 1947», lors de l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU d’une résolution proposant que Jérusalem soit placée sous un régime international spécial.
Un accord signé entre le Saint-Siège et les Palestiniens à la mi-février et qui mentionnait Jérusalem dans son préambule, affirmant que «des décisions et actions unilatérales modifiant le caractère spécifique et le statut de Jérusalem, sont moralement et juridiquement inacceptables», avait offert l’occasion au Vatican de clarifier davantage encore sa position.
Acceptable pour les trois religions monothéistes
«En ce qui concerne la ville de Jérusalem, l’accord n’entre pas dans les questions de souveraineté ou territoriales qui concernent les deux parties intéressées, Israéliens et Palestiniens», avait pour sa part déclaré Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Vatican, précisant que le texte «se réfère à la dimension religieuse et culturelle universelle» de la ville.
Le Père Angelo Macchi, expert de politique internationale pour la revue italienne «Civiltà Cattolica» a expliqué dimanche à Radio Vatican, que le pape demande que la question de la souveraineté de Jérusalem soit résolue «uniquement à travers des accords entre israéliens et palestiniens» avec l’aide de ceux qui se proposent comme intermédiaires (en ce moment les Etats-Unis). Cela dit, étant donnée l’importance des lieux saints pour les croyants des trois religions monothéistes, il demande de parvenir à un accord garanti de manière internationale, et que l’on tienne compte de la voix des chrétiens, des musulmans et des juifs dans cet accord. Des questions aussi délicates que le libre accès aux lieux de culte pour les pèlerins des trois religions, ou «la construction d’un immeuble de vingt étages devant l’église du Saint Sépulcre» en dépendent.
Pour aider à comprendre la complexité de la question de Jérusalem, le Père Macchi raconte que «lorsque les négociations de Madrid ont commencé, en 1991, le secrétaire d’Etat nord-américain de l’époque avait déclaré: «S’il vous plaît, supprimez le problème de Jérusalem de l’ordre du jour, traitez-le à la fin. Si vous commencez par cela, vous n’arriverez jamais, jamais, jamais à un accord. Lorsque vous aurez résolu les autres questions, vous pourrez passer à celle de Jérusalem et, puisque vous aurez résolu les autres questions, le processus sera alors irréversible. Il faudra du temps, mais on pourra résoudre la question de la souveraineté de Jérusalem».
Prochaines heures décisives
Selon des responsables israéliens, les prochaines heures devraient être décisives pour savoir si le sommet a désormais des chances d’aboutir à un accord, grâce à des propositions de compromis américaines notamment sur la question de Jérusalem-Est. Washington aurait proposé de diviser Jérusalem-Est, en zones de souveraineté israélienne et en quartiers contrôlés par les Palestiniens. Le degré de contrôle palestinien sur certains quartiers de la vieille ville se situe, selon ces responsables israéliens, entre «une pleine souveraineté et une autonomie très large».
L’Etat hébreu avait conquis Jérusalem-Est, où sont situés les hauts lieux des trois religions, chrétienne, juive et musulmane, lors de la guerre israélo-arabe de 1967. Il a fait unilatéralement de l’ensemble de la ville sa capitale éternelle. Les Palestiniens insistent pour obtenir la souveraineté sur la vieille ville où résident quelque 200’000 habitants arabes.
oDogme de l’indivisibilité de Jérusalem battu en brèche
Que le sommet de Camp David réussisse ou échoue, il a déjà ébranlé le dogme de l’indivisibilité de Jérusalem, la «capitale éternelle et réunifiée» d’Israël, sur lequel ont grandi deux générations d’Israéliens depuis 1967. Pour la première fois depuis la conquête de la partie orientale de Jérusalem, un gouvernement israélien discute d’un contrôle palestinien de secteurs entiers de la Ville Sainte, tout en évitant autant que possible de trancher sur la question de souveraineté. Fait sans précédent, indique de son côté l’AFP: le ministre israélien de la Justice Yossi Beilin, qui prône depuis longtemps un compromis avec les Palestiniens, a contesté publiquement, vendredi, «le mythe de l’unité de Jérusalem».
«Ceux qui croient que Jérusalem est unifiée et est reconnue comme la capitale d’Israël (par la communauté internationale) entretiennent un mythe et se nourrissent d’illusions», a déclaré ce haut responsable du parti travailliste du Premier ministre Ehud Barak au quotidien «Yédiot Aharonot». «Ce serait une erreur historique que de faire échouer le sommet de Camp David sur cette contre-vérité».
Légitimes revendications
De toutes les questions qu’Israéliens et Palestiniens tentent de régler à Camp David, Jérusalem a été considérée dès le départ comme la plus à même de provoquer l’échec du sommet, tant les positions des deux parties sont irréconciliables.
Le Premier ministre israélien Ehud Barak avait averti que toute remise en cause de la souveraineté d’Israël sur l’ensemble de la Ville Sainte – y compris la partie orientale (arabe), conquise et annexée en 1967 – était exclue, Jérusalem devant rester à jamais «la capitale unie et indivisible» de l’Etat juif. Mais le dirigeant palestinien Yasser Arafat est venu à Camp David avec une exigence tout aussi incontournable, à savoir qu’Israël doit évacuer les territoires occupés en juin 1967, à commencer par Jérusalem-est, dont les Palestiniens veulent faire la capitale de leur futur Etat. L’attachement viscéral d’Israël à la Ville Sainte tient au fait que Jérusalem est la capitale historique et «le cœur» du peuple juif, et que c’est là, dans la Vieille Ville (qui se trouve dans la partie orientale), que se trouve le lieu le plus sacré du judaïsme, le Mur des Lamentations.
Du côté palestinien, l’intransigeance est motivée par le fait que la Vieille ville renferme le troisième lieu saint de l’islam, l’Esplanade des Mosquées, où s’élève la mosquée al-Aqsa (la lointaine), le sanctuaire le plus éloigné où le prophète Mahomet se soit rendu.
Tous les experts palestiniens sont unanimes pour dire que Yasser Arafat ne veut pas entrer dans l’Histoire comme le dirigeant arabe ayant renoncé à Jérusalem et qu’une concession constituerait pour lui un véritable suicide politique. (apic/avec les agences/pr)




