Le ciel bleu de Paris (Photo: Flickr/Jean-Pierre Dalbéra/CC BY 2.0)
Blog
Le ciel bleu de Paris (Photo: Flickr/Jean-Pierre Dalbéra/CC BY 2.0)

L’engagement contre le désespoir


Vendredi soir dernier, je buvais tranquillement une bière dans un bar de Paris avec des copains, comme presque tous les vendredis soir, comme presque toute ma génération. À l’autre bout de Paris, il y en avait d’autres qui assistaient à un concert ou buvaient comme nous un verre, et qui sont morts fauchés par des balles.

Franchement, comment on fait pour résister au désespoir qui guette bon nombre d’entre nous cette semaine? Cette espèce de lassitude face à un monde qui s’embrase et devant lequel on se sent si impuissants.

Je scrute le ciel bleu de Paris, qui doit bien être le même aux Plans-sur-Bex et à Yola, qui s’en fout de nos guerres et de nos paix, et qui continue d’afficher son bleu provocateur, tout comme je vais continuer à vivre…

Continuer à vivre, d’abord dans ce sursaut d’emportement, qui me prend quand je vois l’odieux communiqué de l’UDC valaisan, utilisant les attentats de Paris pour essayer de refourguer son initiative contre le voile à l’école. Non, ce n’est pas comme ça que se construira la paix, pourtant si urgente!

Continuer à vivre, et dire ensuite aux pessimistes qui clament, qu’il ne faut pas trop s’étonner de ce qui arrive, puisque la France est bien mal en point, et n’a plus grand-chose à offrir aujourd’hui. Ou encore à ceux qui prônent le repli, qu’ils feraient mieux de lire le magnifique “Boussole” de Mathias Énard, qui vient d’obtenir le prix Goncourt. Ils auront déjà la preuve que rien que notre littérature a encore de beaux jours devant elle. Mais surtout, écouter le grand Énard ne peut que faire du bien à tous, lorsqu’il propose “de nous défaire de cette idée absurde de l’altérité absolue de l’islam” et de trouver “une nouvelle vision [de l’Orient et de l’Occident] qui inclut l’autre en soi. Des deux côtés”. Ce n’est pas un ambitieux programme à la hauteur de notre belle France de 2015 ça?

Continuer à vivre enfin, avec ces mots d’Emmanuel Mounier en tête, qui me sortent définitivement de ma torpeur: “une philosophie pour qui existent des valeurs absolues est tentée d’attendre, pour agir, des causes parfaites et des moyens irréprochables. Autant renoncer à agir. L’Absolu n’est pas de ce monde et n’est pas commensurable à ce monde. Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables sur des causes imparfaites. Refuser pour autant l’engagement, c’est refuser la condition humaine”.

Je crois, en effet, que c’est par notre engagement que nous témoignerons de notre espérance. Notre engagement pour le plus pauvre à côté de nous, pour cet ami en détresse, pour nos sœurs voilées, pour une fleur qui nous est confiée, pour un livre qu’on peine à terminer. Autant d’aspects de notre vie, les détails qui nous façonnent, les grandes causes qui nous meuvent, tous demandent notre plein engagement. Cet engagement qui rend le monde un peu meilleur, qui nous rend un peu meilleurs. Celui qui nous sort de nous-mêmes, pour accueillir ce qui est autre, seul chemin vers la paix.

Marie Larivé | 20.11.2015

Marie Leduc Larivé

Marie Leduc Larivé est une jeune femme active dans le monde de l’édition. Après un master de géographie et un détour au Bénin, elle entreprend des études de théologie à Fribourg puis à Strasbourg. Sa foi se nourrit de rencontres et se laisse bousculer par le monde tel qu’il est. Retrouvez les billets de la plus jeune chroniqueuse de cath.ch dans son blog «verso l’alto», une référence au bhx Pier Giorgio Frassati et à sa voie ascendante, celle qui monte vers le Ciel.

Auteur
Dernières publications
Les 300 jeunes participants au pré-synode ont publié un document "très précieux" pour le monde et pour l'Eglise | © Bernard Hallet
"Les femmes ne sont-elles pas capables de se lancer, elles aussi, dans une grande aventure, entraînant peut-être même à leur suite un amoureux transi?" | © Pixabay