La Grand-Mère et la Petite Géante, des marionnettes de plus de cinq mètres, ont enchanté plus de 800'000 personnes à Genève (Photo: Bernard Litzler)
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La Grand-Mère et la Petite Géante, des marionnettes de plus de cinq mètres, ont enchanté plus de 800'000 personnes à Genève (Photo: Bernard Litzler)

A pas de Géantes


Rares sont, dans une ville, les moments de communion profonde. Les moments où un événement draine la foule, la conquiert, la soulève. Le football le fait, parfois, certaines courses comme Morat-Fribourg aussi. La Saga des Géantes y est parvenu à Genève, le temps d’un week-end. Une foule considérable, une ambiance joyeuse, un spectacle simple et poétique. La Grand-Mère et la Petite Géante, des marionnettes de plus de cinq mètres, ont déambulé, dormi, défilé et enchanté plus de 800’000 personnes.

Une communion réelle dans ce spectacle de rue aux détails soignés. Que de bambins juchés sur les épaules de leurs parents, de visages ravis, de sourires radieux à la découverte des gigantesques poupées, mues par des valets en livrée du XVIIIe siècle: Genève a servi de décor à une scénographie gargantuesque. Le but était simplement de voir passer ou d’assister aux mouvements des Géantes.

Sous l’individualisation de nos modes de vie, un désir d’unité, d’humanisation, de vibrations collectives reste tapi.

L’aventure était au coin de la rue, le contentement général, l’harmonie parfaite pour ce théâtre populaire à grande échelle. La compagnie nantaise Royal de Luxe a apporté à la métropole du bout du Lac la touche de folie que nos villes n’offrent que rarement. A l’instar de Bâle ou de Lucerne pour le carnaval, une ville entière a été prise de folie, captivée par un défilé de personnages sortis de l’ordinaire. Il y avait une sorte d’innocence gracieuse à voir la satisfaction de toutes les générations réunies en un même élan de ferveur.

L’esprit d’enfance a régné sur Genève. Comme un bain de fraîcheur, comme la prise de conscience que la fête populaire est encore possible. La Plaine de Plainpalais bondée rappelait les événements populaires du temps passé, ces foules immortalisées en noir-blanc. Avec ce sentiment diffus de proximité, de forte communion et de simplicité des rapports humains.

Les Géantes ont rappelé que, sous l’individualisation de nos modes de vie, un désir d’unité, d’humanisation, de vibrations collectives reste tapi. Curieusement, les concepteurs du spectacle genevois avaient prévu d’insuffler une âme dans le corps de la Grand-Mère, lorsqu’elle dormait. De fait, c’est l’âme des spectateurs qui a été rafraîchie. Et le public a retouché à son âme d’enfant.

Bernard Litzler | 02.10.2017

Bernard Litzler

Bernard Litzler, directeur de Cath-Info tient une chronique politico-religieuse baptisée: «Rue Brique». Elle devient de plus en plus «Rue Briques» !

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