Guy Musy

Année saint Joseph? Pourquoi pas!

Est-il besoin de rappeler les circonstances qui ont amené, le 8 décembre 1870, le pape Pie IX à déclarer l’époux de Marie «patron de l’Eglise universelle»? Circonstances pas très glorieuses, en vérité. Garibaldi et ses «chemises rouges» venaient de ravir au pape ce qui lui restait d’Etat pontifical et de pouvoir politique.

Saint Joseph, patron des causes désespérées, est appelé à la rescousse. Pour veiller sur les biens de l’évêque de Rome ou pour soutenir la dynamique spirituelle de toute l’Eglise? C’est, bien sûr, cette seconde option qu’a retenue le pape François en consacrant cette année 2021 à saint Joseph. Cent cinquante ans après la proclamation de son prédécesseur Pie IX.

Cette initiative a reçu, ci et là, un accueil condescendant, accompagné d’un sourire indulgent. Une concession à la «religion populaire» de notre pape argentin expliquerait cette proclamation surprenante. Il est vrai que dans ma jeunesse on n’invoquait Joseph que comme «patron de la bonne mort». Comme au Québec, il n’était pas rare dans ma région qu’en premier ou deuxième rang, son nom s’accolât au patronyme – c’est mon cas! – d’un petit baptisé catholique. A telle enseigne que nos voisins vaudois appelaient «dzodzets» les habitants de mon canton. Autrement dit, des benêts inoffensifs, un peu demeurés, qui ne pouvaient prendre une décision sans avoir préalablement consulté leur curé.

«(…) toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter.»

Jean-Paul Sartre

Pauvre Joseph! Il méritait une réhabilitation. Figurez-vous que le philosophe Jean-Paul Sartre, athée notoire, s’y est essayé. Après la déroute de l’armée française, en 1940, prisonnier militaire en Allemagne, Sartre ne refusa pas de s’associer à une célébration de Noël et révéler à cette occasion ce que la présence de Joseph à la crèche lui inspirait: «Je ne montrerai qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même: il adore et il est heureux d’adorer.»

Grand silence donc. Inutile de l’étoffer ou de l’étouffer par des propos pieux. Joseph absent demeure présent.

J’ajoute au personnage une note de tendresse, délicate et intérieure qui se moque des grandes démonstrations. Une tendresse si nécessaire en ces temps de confinement, quand les effusions et les caresses sont bannies. Restent le regard et le geste amical ou amoureux. Restent les mots qu’on se dit ou s’écrit. Mais aussi les mots venimeux que l’on tait parce qu’ils pourraient blesser et même tuer.

Demeurent surtout l’admiration et l’adoration!

Saint Joseph au chômage? Détrompez-vous. Il reprend du service. Plus que jamais.

Guy Musy

17 mars 2021

Saint Joseph a été déclaré patron de l’Église universelle en 1870 | Stas Sutulo sur Pixabay
17 mars 2021 | 07:32
par Guy Musy
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